AGE. CAUSES. SYMPTOMES
devenir souffrant en accusant des douleurs dans le côté droit du cou, en sorte qu'il inclina la tête à droite ; et le torticolis, persistant à un degré très net au moment de mon examen, fut ce qui attira d'abord leur atlention. En même temps, l'enfant refusa peu à peu de manger, et la dysphagie progressive aboutit à la suppression de tout aliment solide. Quant aux signes de d'obstruction nasale, ils furent toujours nuls, et ils l'étaient encore le jour où j'ai opéré. A ce moment existait une dyspnée notable, avec tirage et cornage : mais la bouche n'était pas encore ouverte, et cela se conçoit car, ainsi que je vais vous le dire, l'obstacle au passage de l'air siégeait dans le pharynx buccal et non dans le pharynx nasal.
Les troubles respiratoires étaient donc sérieux, mais de toute évidence ils étaient postérieurs à la douleur cervicale avec torticolis et à la dysphagie : cette histoire n'est pas celle d'un coryza compliqué d'adénoïdite et d'adéno-phlegmon, mais d'une angine avec adéno-phlegmon carotidien supérieur et contracture du muscle sterno-cléido-mastoïdien. Et le passé amygdalien fut très net chez le vieillard de soixante-quinze ans, d'ailleurs très vert, que je vis le 20 février avec mon ami le D'' Simart et que j'opérai le 21 : six semaines auparavant avait éclaté, à gauche, une amygdalite aiguë avec son cortège habituel, mais suivie d'accidents anormalement persistants pendant trois semaines, avec fièvre vive et dysphagie. Puis, à ce moment, du pus fut brusquement craché en abondance; il est certain qu'alors s'est ouvert spontanément un abcès de la région amygdalienne gauche et, à dater de là, l'amélioration fut grande.
Mais jamais elle ne fut tout à fait franche ; un léger état fébrile continua, avec température entre 37 degrés et 38 degrés le soir; l'appétit ne revint pas, le malade se mit à maigrir et M. Simart constata que, derrière le pilier postérieur gauche, la paroi latérale du pharynx restait volumineuse et rouge; de temps à autre un peu de pus était craché. Puis la région cervicale latérale se tuméha peu à peu, entre l'angle de la mâchoire et le bord antérieur du sterno-mastoïdien, et c'est dans ces conditions que je fus convoqué, six semaines, je vous le répète, après le début du mal.
510 ABCES LATERO-PHARYNGIENS
Le jour où je vins, Fabcès jiixta-pharyngien se vidait mal depuis quelque temps, en sorte que je pus voir, derrière le pilier postérieur, une tumeur rouge, verticalement allongée et, quand je l'explorai pour la palper, elle me parut souple; elle faisait corps avec la masse saillante à la région angulo -maxillaire, masse indurée, empâtée, phlegmoneuse, mais peu douloureuse à la pression. Depuis quelques jours la voix s'était voilée, par compression sans doute du nerf laryngé supérieur.
Cet état local de la région cervicale devait donner, jusqu'à un certain point, à réfléchir, car je n'ai pas besoin de vous rappeler que, parfois, un tout petit épithélioma pharyngien, caché derrière lamygdale, se complique de cette adénopathie mi-cancéreuse, miinflammatoire dont sont coutumiers les épithéliomas de la bouche, de la gorge, et l'aspect ressemble alors beaucoup à celui des j)hlegmons chroniques, très indurés, comme cartonnés, que l'on observe quelquefois, de préférence chez les vieillards.
Dans l'espèce, les arguments ne manquaient pas contre ce diagnostic : le début aigu et fébrile, l'évacuation évidente d'une collection purulente ; la tumeur pharyngée était empâtée, mais relativement molle, et surtout, lorsque je la regardai de nouveau après l'exploration digitale, je vis couler une goutte de pus par un petit orifice. L'idée d'épithélioma se trouvait ainsi définitivement écartée et, sous réserve d'une opération notable à pratiquer chez un vieillard, le pronostic était bon. Si, au contraire, on n'intervenait pas, l'envahissement phlegmoneux lent, mais progressif, de la région carotidienne rendait l'avenir fort sombre. Je vous dirai tout de suite que j'ai pratiqué une incision le long du bord antérieur du muscle sterno-cléido-mastoïdien et, après avoir traversé des tissus lardacés, épais et durs, je suis arrivé, sous le muscle, dans une poche contenant peu de pus, mais surtout des fongosités saignantes : j'y ai installé un gros drain bien déclive, long d'une dizaine de centimètres, qui remontait jusqu'à la région amygdalienne ; presque immédiatemeut la voix est redevenue normale, l'appétit a repris, l'état général s'est relevé et, en trois semaines, tout était terminé.
Chez ce malade l'état local n'était pas celui que vous rencon-