ENGELURES GRAVES DES ENFANTS
une vraie erreur de diagnostic, et c'est ce que va vous faire comprendre une courte digression sur les froidures.
Quand un sujet d'un âge quelconque est exposé, mal couvert, à un froid intense, il doit craindre la congélation, naturellement plus à redouter aux extrémités. Tous les ans, dans les campagnes isolées, quelques miséreux perdent ainsi leurs pieds pour avoir couché dans la neige, et à la belle étoile, sans sabots confortables ; et cela s'observe fréquemment, en cas de guerre, pendant les expéditions d'hiver. Sans compter l'histoire de « l'homme à l'oreille cassée », les faits de ce genre fourmillent dans les relations militaires, dans celles de Larrey pour la retraite de Russie, de Legouest pour la campagne de Crimée. Certainement, l'accident est d'autant plus à craindre que l'hygiène est plus défectueuse, que l'homme est plus débilité, plus affamé, plus alcoolique ; mais ces facteurs individuels ne viennent qu'en deuxième rang, l'intensité du froid et de la bise venant au premier.
Pour les engelures ordinaires, dans nos climais tempérés, il n'en est pas tout à fait ainsi. Elles sont, d'abord, bien plus fréquentes chez les enfants que chez les adultes, et, d'autre part, tous les enfants sont loin d'être égaux devant elles. Cela est vrai pour les vulgaires engelures au stade érythémateux ; ce l'est plus encore pour les engelures ulcérées. Est-ce la scrofule ou le lymphatisme, ou, au contraire, le rhumatisme qui crée la prédisposition? On a soutenu ces opinions, dans lesquelles il y a une part de vérité. Ce qui, en tout cas, est évident, c'est que les enfants atteints d'engelures sont de préférence ceux chez lesquels le refroidissement trouble la circulation des extrémités, qui prennent une teinte cyanique en plaquettes violettes sur un fond rouge, chez lesquels, par conséquent, le froid provoque, après vaso-constriction, une réaction vaso-dilatatrice exagérée.
Au degré près, cela rappelle ce que je vous ai décrit, d'après Maurice Raynaud, sous les noms de syncope locale et d'asphyxie locale. Ces réactions, nous y sommes tous soumis, mais avec une intensité variable. Ceux d'entre vous qui ont, en hiver, monté à cheval ou conduit une voiture, savent sûrement ce que c'est que d'avoir les doigts morts, puis la douloureuse onglée quand revient