‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 266 sur 317 · LA VHAIE MALADIE DE MAURICE RAYNAUD · texte numérisé non relu

LA VHAIE MALADIE DE MAURICE RAYNAUD

un léger degré d'asphyxie locale : il y a symétrie de lésions, parvenues à une phase différente; quant aux autres extrémités, je n'ai rien vu de suspect aux mains et au nez, mais l'oreille gauche a été sphacélée et est encore un peu cyanique. Yous noterez au passage cette gangrène de l'oreille; elle est assez rare pour que, dans les vingt-cinq observations de sa thèse, M. Raynaud n'en ait pas trouvé une seule où l'asphyxie, quelquefois intense, de l'oreille ou du nez, ait fmi par la mortification; mais, depuis, diverses observations probantes ont été recueillies.

L'explication qui précède, nous fait comprendre dans quel sens il faut employer le mot « gangrène symétrique des extrémités », comme synonyme de « maladie de Raynaud »; ces termes doivent éveiller, tout de suite, dans notre esprit, l'idée d'une filiation entre des états locaux successifs : syncope, asphyxie, gangrène. Et c'est pour cela que certains auteurs me paraissent avoir commis des confusions, avoir eu tort, par conséquent, lorsqu'ils ont décrit sous le nom de gangrène symétrique des extrémités, des cas où il y a eu, pour un motif quelconque, une gangrène sèche simultanée des deux mains et des deux pieds. 11 y a eu gangrène des extrémités, elle a été symétrique : et, cependant, ce n'est pas la « maladie de Raynaud. » ^

Cette objection me paraît valable, par exemple, pour une observation récente oii Busacca * a décrit, comme « gangrène symétrique des extrémités », une gangrène sèche des deux pieds et de la moitié inférieure des deux jambes, survenue quinze jours après la rougeole chez un enfant de quatre ans. J'en dirai autant pour une des observations que M. Raynaud, lui-même, a rapprochée des siennes : une fille, examinée à vingt et un ans, au siècle dernier, par l'Académie des sciences, avait perdu à l'âge de sept ans, les deux avant-bras, frappés de gangrène sèche au-des-

1. De Rouville et P. Soubeyran (« Gangrène massive et spontanée des deux membres inférieurs ». Arch. prov. de dur., Paris, 1902, n" 1, p. 35), insistent de même sur la nécessité de ne pas employer le mot gangrène symétrique dans lescas de ce genre, pour bien montrer qu'il n'y a là rien d'analogue à la « maladie de Raj^naud ».

2. Busacca. — « Gangrène symétrique des extrémités consécutive à la rougeole ». BuV. de l'Iiôp. français de Tunis, 1901, T. IV. p. 103.

SOUS du coude, et elle étonnait ses contemporains en extrayant de sa poche, devant eux, à l'aide de ses moignons dont elle se servait avec grande dextérité, ses mains momifiées que toujours elle portait sur elle. Mais la mortification était survenue à la suite d'une fièvre, et dès lors M. Raynaud, tout en citant le fait, met en note, au bas de la page, s'il s'agit peut-être d'une gangrène consécutive à la fièvre typhoïde.

Ces gangrènes existent, en effet : j'en ai observé un exemple, il y a quelques années, à l'hôpital Trousseau, chez une fille de •douze ans environ, qui, en outre, avait été prise, en même temps, d'hémiplégie brusque, suivie de contracture. Le pied, momifié, s'est détaché spontanément dans l'articulation de Chopart, après quoi j'ai régularisé le moignon. Ces gangrènes posttyphiques, liées à un processus d'artérite ou d'embolie après endocardite, sont rares, mais aujourd'hui bien connues, et l'on sait, en outre, qu'il peut, quoique plus rarement encore, s'en produire d'analogues après n'importe quelle maladie infectieuse aiguë. Remarquez bien qu'en ce moment, je vous parle des seules gangrènes sèches, aseptiques, qui ne sont en rien comparables aux gangrènes septiques qui compliquent parfois les diverses pyrexies : gangrène de la vulve, noma n'ont aucun rapport avec la chute d'une extrémité momifiée. J'en dirai autant pour les gangrènes palustres '.

Ces gangrènes sèches, consécutives aux maladies infectieuses en général et à la fièvre typhoïde en particulier, sont-elles toujours dues à une obstruction artérielle par thrombose, ou par embolie? Ce n'est pas certain, et quelques-unes, peut-être, doivent entrer en série avec la maladie de Raynaud.

Yoici, par exemple, une observation de Richard ^ oij sont en cause deux frères de vingt-deux et de dix-sept ans, et une sœur de quatorze ans : par elle, nous revenons à l'enfance; chez tous

1. Sur les gangrènes consécutives aux diverses maladies infectieuses et à la scarlatine en particulier, voyez un mémoire récent de Eichhorst. Deut. Arch ^. klin. Med., Leipzig, 1901, T. LXX, fasc. 5, 6, p. S19.

2. Richard. — « De la gangrène symétrique des extrémités dans la fièvre typhoïde ». Bull, de la Soc. méd. des hop., 1880, p. 106.

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