‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 268 sur 317 · CONFUSIONS AVEC DES GANGRENES DIVERSES · texte numérisé non relu

CONFUSIONS AVEC DES GANGRENES DIVERSES

fut présenté à la Société, « une tache sombre sur le nez », mais les gangrènes sèches du pied gauche et des deux membres supérieurs détachèrent en masse ces extrémités; peu de temps après la cicatrisation, la gangrène reprit sur les moignons des membres, et le sujet succomba. A l'autopsie, le grand sympathique et les artères apparurent normales; mais nous devons nous souvenir qu'en 1840 l'anatomie pathologique à l'œil nu était bien peu précise, et l'histologie pathologie n'existait pas du tout. Rien ne prouve que cette observation si intéressante doive rentrer en série avec la maladie de Raynaud, malgré la multiplicité des sphacèles.

Voilà donc encore un cas mortel sur le diagnostic duquel je reste dans le doute, et pour d'autres enfants qui ont succombé on n'a peut-être pas^ non plus, évité quelques confusions. Je mettrai à part, malgré son titre, une observation de Bellamy*, oii le malade, âgé de quatre ans, est mort en quatre jours; la gangrène, remarquable par la multiplicité de ses foyers, avait débuté audessous du genou droit et, de là, était descendue jusqu'au pied; en outre, elle était consécutive à la varicelle, et doit entrer en série avec les gangrènes par artérite des maladies infectieuses.

Je suis loin de nier la possibilité de la maladie de Raynaud à évolution grave, à mutilations multiples et profondes. Mais je crois que parmi les observations ainsi étiquetées, on a réuni des faits assez disparates ^

Ai-je raison de chercher à séparer ainsi de la vraie « maladie de Raynaud », chronique, relativement bénigne, à plaques gangreneuses peu profondes, à la fois certaines affections gangré-

1. Bella.my. — (< Case of symmetrical gangrené, Raynaud's disease (following varicella in a child of four, causing deaLh on its fourth day) ». Lancet, London, 1881, T. I, p. 730.

2. Bexgues. — « Formes graves de la maladie de Raynaud ». Thèse, Pans, 1893-96, n" 438. Pour les formes atténuées, au contraire, voy. Dominguez. Th^se, Paris, 1888-89, n" 302.

neiises rapidement mortelles, et les gangrènes en masse consécutives aux maladies aiguës? Peut-être ai-je tort, s'il est exact, par exemple, que Recklinghansen, chez une femme morle après des poussées successives de gangrène, ait trouvé de l'endartérite des petites artères. En sorte que, d'un côté comme de l'autre, nous serions en présence de gangrènes par artérite, la cause première de cette artérite étant variée. Or, je ne crois pas que cette assimilation soit soutenable.

D'abord, pour établir avec certitude cette théorie, il faudrait prouver que les lésions d'artérite sont constantes, ce qui est loin d'être démontré. Car si l'on peut révoquer en doute les observations anciennes, ou celles dont l'auteur n'est pas d'une haute compétence, au moins doit-on accorder quelque valeur à un fait observé par S. West' sur une fille de dix-sept ans, sujette depuis douze années à des crises d'asphyxie locale revenant à peu près deux fois par jour. Elle mourut de pneumonie, et, à l'autopsie, vaisseaux, nerfs, centres nerveux furent trouvés sains.

En second lieu, même pour les cas positifs comme celui de Recklinghansen, il me semble qu'un examen histologique semblable ne peut fournir à une doctrine pathogénique qu'une base instable. Car, dans le cas de Recklinghausen, les artères visibles à l'œil nu étaient normales; seules étaient atteintes les artérioles microscopiques, et, dès lors, rien ne démontre que ces lésions, tout à fait périphériques, ne soient pas la conséquence du sphacèle au lieu d'en être la cause. Les tissus qui se réparent avec suppuration plus ou moins prolongée, subissent des réactions inflammatoires plus ou moins profondes et persislantes, qui ont surtout été étudiées au niveau des nerfs, qui existent aussi, quoique bien moins ascendantes, au niveau des vaisseaux.

Les lésions nerveuses que je viens de mentionner sont possibles après n'importe quelle suppuration étendue et prolongée, mais elles acquièrent incontestablement une fréquence toute spéciale à la suite des gelures. Quand un sujet perd un pied, par exemple, après un écrasement, ou, ce qui est plus rare, après une brûlure

1. S. West. — « Raynaud's disease ». Brit. mecl. Joiirn., London, 1889, T. I, p. 359.

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