‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 31 sur 317 · SYPHILIS HÉRÉDITAIRE OU ACQUISE · texte numérisé non relu

SYPHILIS HÉRÉDITAIRE OU ACQUISE

De tout cet exposé, il résulte que la vérole ne saurait guère être contestée. Mais est-elle héréditaire? Aucune preuve ne peut vous en être fournie. Rien de suspect n'est relevé du côté du père et de la mère. Les frères et sœurs de notre malade sont au nombre de six dont trois vivants et trois morts, deux en bas-âge (à la naissance et à trente-deux jours) et un à sept mois, de bronchite; il n'y a pas eu de fausses couches, pas d'accouchements prématurés. Notre malade, qui est le septième et dernier né, est venu à terme, après une grossesse normale. Elevé au sein, il a percé sa première dent à onze mois, a été sevré à vingt-cinq mois, n'a jamais eu aucune maladie. Chez aucun des enfants, on n'a vu d'éruption douteuse jusqu'à celle qui vient d'atteindre notre sujet actuel. D'autre part, sur ce sujet lui-même, on n'observe aucun des stigmates — infantilisme, kératite, lésions dentaires, etc., — par lesquels la syphilis héréditaire imprime volontiers à l'organisme, quand elle est de quelque intensité, sa marque dystrophiante. Et par contre, l'aspect des lésions, aussi bien de l'éruption que de l'arthropathie ou de l'orchite, est identique à celui que nous rencontrons au cours de la syphilis tertiaire de l'adulte.

Aussi est-il possible que, l'hérédité étant nulle, nous soyons en présence d'une syphilis acquise en bas âge et parvenue à la période tertiaire. Rien de l'interrogatoire ne vient appuyer cette hypothèse, mais rien non plus ne l'infirme, et je crois qu'à cet égard, il est sage de rester dans le douLe sur l'étiologie. Je m'en tiens à celte simple mention, n'ayant pas l'intention d'insister aujourd'hui sur le parallèle entre la syphilis héréditaire et la syphilis acquise de l'enfant : il me suffit de vous avoir signalé ce fait qui, dans l'espèce, est d'importance mineure, puisqu'en tout cas le traitement est le même. Je vais associer aux frictions mercurielles l'administration de l'iodure de potassium, à dose de 2 grammes par jour, et je crois que l'enfant guérira sans qu'il soit utile d'agir localement sur son genou par l'immobilisation, la

compression, la révulsion. Le repos au lit sans appareil suffira. 11 est d'ailleurs probable que le traitement devra être prolongé, car si les lésions de la peau et du testicule sont en général vite sensibles à son action, la synovite chronique avec épaississement est entretenue par une ostéomyélite épiphysaire gommeuse probablement diffuse, dont je vous ai déjà dit la ténacité et la tendance aux récidives'.

1. Les éléments d'eclhyma à la cuisse se sont vite cicatrisés, en effet, et la pigmentation des cicatrices dorsales a pâli. En un mois environ le testicule droit a repris son volume à peu près normal, tout en restant cependant un peu jîlus dur que le gauche. Les deux testicules, d'ailleurs, sont restés durs, ligneux, indolores à la pression. Quant au genou, il y a persisté pendant plusieurs mois un peu d'hj'darthrose, allant et venant, et la diminution de volume de l'épiphyse fémorale a été très lente. C'est le 23 novembre seulement que l'enfant a quitté nos salles guéri. La cure se maintient depuis.

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