‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 35 sur 317 · LESIONS DU VOILE DU PALAIS · texte numérisé non relu

LESIONS DU VOILE DU PALAIS

resta une plaie atone, d'aspect bizarre, qui me fit songer à la syphilis, et je recherchai les antécédents héréditaires : 11 grossesses à terme, 2 fausses couches, tel fut le bilan. Mais on me raconta que la septième fille, alors âgée de vingt ans, avait souffert dans sa première enfance d'accidents éruptifs, de maux de gorge; qu'à seize ans cette enfant avait été guérie par le traitement spécifique d'une gomme du voile du palais. L'infection était attribuée par la mère à la vaccination faite avec les pustules d'une enfant, vite mort, qui avait des éruptions analogues. L'hypothèse est admissible, quoique la syphilis de ma malade — la onzième et dernière, après une fausse couche — rende presque certaine l'infection héréditaire.

Quoi qu'il en soit, j'instituai le traitement et bientôt le creux poplité se cicatrisa ; et le diagnostic fut vérifié par ce fait que le 28 octobre 189-5 l'enfant se présentait à nous avec une grosse gomme jaune, prête à se rompre, occupant le centre à peu près du voile du palais, un peu à droite de la ligne médiane. Depuis trois jours seulement la lésion était connue, révélée par une gêne de la déglutition, celle des solides étant douloureuses, celle des liquides s'accompagnant de passage par le nez ; en outre, la voix était fortement nasillarde.

Malgré la médication immédiate, la gomme se rompit et il en résulta une perforation du voile ; mais en six semaines la cicatrisation fut obtenue, e' vous en voyez aujourd'hui la trace. Vous avez à retenir surtout la rapidité de la formation de la gomme et la facile cure de la perforation. Facilité due à ce qu^il s'est agi d'une vraie perforation respectant le bord libre du voile ; car lorsque celui-ci est intéressé, la contraction des muscles fait écarter les deux lèvres de cette « division en rideaux », qu'il est indispensable de suturer ultérieurement.

Cette forme de gomme circonscrile paraît moins fréquente que la gomme diffuse, dont cette même fille m'a offert un exemple en 1898. Elle venait me montrer son cubitus, récemment réulcéré, et je remarquai le son nasillard de sa voix ; je lui fis ouvrir la bouche et vis tout le pilier antérieur droit, du côté qui déjà avait été malade, épaissi, dur, rigide, d'une rougeur framboisée et vernissée.

C'est l'aspect classique de la gomme diffuse qui, malgré cette intensité de l'infiltration, est au moins aussi insidieuse, aussi indolente que la gomme circonscrite. Et l'on en voit qui fondent, détruisant le voile, quelques heures après l'apparition de la dysphagie révélatrice. Le premier symptôme est le nasillement léger, qui exige de notre part un examen immédiat de la gorge.

La gomme diffuse du voile est d'une sensibilité extrême à la thérapeutique ; en quelques jours, si l'on arrive à temps, les tissus redeviennent normaux. Heureusement, car si on se laisse surprendre par la fonte ulcérease, il en résulte des destructions, des adhérences, puis des rétrécissements cicatriciels d'une restauration tout à fait difficile et aléatoire. Chez notre malade, au contraire, vous trouvez un voile souple, sur lequel seule la première gomme, celle qui a été ulcérée, marque sa trace cicatricielle, blanche et puctiforme.

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