SIXIÈME LEÇON
I. — L'abcès, même quand il paraît précoce, est toujours assez tardif. Sa fréquence apparente aux régions superficielles tient à la plus grande facilité d'accès.
II. — La raideur du rachis est le vrai signe de début. Manière de le rechercher aux régions lombaire et cervicale; sa netteté moins grande à la région dorsale.
III. — Symptômes nerveux précoces, importants surtout à la région dorsale. Parésie, pseudo-névralgies, paralysies radiculaires.
A sa période d'état, le mal de Pott est caractérisé par trois grands symptômes, capables de se trouver diversement associés : la gibbosité, l'abcès par congestion, la paraplégie. De ces symptômes, les deux premiers sont, clans leur essence, identiques à ce que nous observons pour toutes les ostéo-arthrites tuberculeuses; quant à la paralysie, ou plutôt aux troubles nerveux d'une manière plus générale, ils résultent des relations spéciales et étroites entre le squelette malade et le système nerveux.
Mais lorsque nous traitons un mal de Pott, notre but doit être d'éviter que les lésions ne parviennent à ce degré, oii le malade est rendu infirme de façon plus ou moins grave par la bosse et la paralysie, oii sa vie même peut être compromise par la septicémie chronique due à l'abcès devenu fistuleux. Aussi n'est-ce point de ces trois grands symptômes que je veux vous parler aujourd'hui, des considérations diagnostiques, pronostiques et thérapeutiques
auxquelles ils peuvent prêter; je veux vous apprendre à les empêcher de se constituer, ce à quoi vous arriverez dans bon nombre de cas — je ne dis pas toujours — si après diagnostic précoce vous instituez un traitement immédiat rigoureux.
Or, à notre consultation du 21 janvier, se sont trouvés réunis par hasard plusieurs malades grâce auxquels je crois pouvoir vous instruire sur ce point, en développant un peu les quelques mots que je vous en ai dits sur place, au moment même où nous les examinions ensemble.
Sur l'abcès, à peu près rien : ce n'est pas, ce ne peut pas être un signe de début; ici, comme pour toute ostéo-arthrite tuberculeuse, il correspond à un stade déjà avancé d'évolution. Assez souvent, je le sais, nous voyons des malades que la famille prétend atteints depuis peu et chez lesquels nous trouvons un abcès par congestion, parfois énorme, de la fosse iliaque.
Mais alors — et c'est précisément ainsi que nous rattachons l'abcès à une origine vertébrale — nous remontons à peu près toujours, par un interrogatoire bien dirigé, à un passé symptomatique plus ou moins ancien et plus ou moins caractéristique. Un clinicien avisé, s'il est consulté à temps, doit dépister l'abcès avant qu'il ne soit volumineux, à l'aide de symptômes rationnels qui en font prévoir la formation probable dans les régions accessibles à la palpation. Je vous parlerai un autre jour de ce que vous devez savoir sur ce sujet pour les régions lombaire et dorsale.
En ces régions, en effet, la profondeur des corps vertébraux est telle que vous ne pouvez songer à sentir de bonne heure l'amas de fongosités, douloureux à la pression localisée, d'oii naîtra plus tard l'abcès si on les abandonne à elles-mêmes ; et vous comprenez qu'à la région cervicale il n'en sera pas tout à fait de même, car les masses latérales et même les corps vertébraux peuvent être palpés à la nuque, dans le creux sus-clavi-