‹ Leçons cliniques de chirurgie infantileChapitre 45 sur 317 · PARAPLÉGIE FLASQUE ET PARAPLÉGIE SPASMODIQUE · texte numérisé non relu

PARAPLÉGIE FLASQUE ET PARAPLÉGIE SPASMODIQUE

13 décembre 1898, bien longtemps par conséquent avant le début de la parésie, nous avons constaté une légère exagération des réflexes. Est-il exact que celte exagération ait, comme le disent Delbet et son élève Giacometti, une valeur considérable pour le diagnostic du mal de Pott au début? Quoique Giacometti ait recueilli dans mon service un bon nombre de ses observations, je n'irai peut-être pas jusque-là, et je crois que la rigidité rachidienne précède habituellement l'exagération des réflexes. Mais le fait certain est que la plupart du temps, — je ne dis pas toujours, — ce signe d'irritation médullaire est précoce et peut nous mettre en défiance contre la future paraplégie, dont il est parfois l'avant-coureur éloigné. Il est en outre à retenir que, si on le recherche avec soin, il est de règle qu'on le trouve lorsque le sujet est paralysé, même lorsque la paralysie est flasque. J'aurai à vous expliquer plus tard quelle est la cause anatomique habituelle de ce symptôme ; en ce moment je ne vous parle que de clinique, et à ce propos une courte digression me paraît utile.

Il y a deux types de paralysie, c'est incontestable : la paralysie flasque et la paralysie spasmodique. Parmi les malades que vous observez couramment dans mon service, vous trouvez dans la paralysie infantile le type habituel de la première ; dans le syndrome de Little, celui de la seconde. A la paraplégie flasque appartiennent ces membres mous, à jointures^mobiles, à réflexes tendineux aboliS; que le malade traîne lourdement en frottant les pieds sur le sol, quand il marche avec des béquilles. L'aspect est tout différent, de ces membres raidis en extension, où les muscles, constamment en état de tonus exagéré, vous résistent dès que vous voulez mobiliser les articulations; cette raideur persiste pendant la marche : pour avancer, le patient traîne légèrement le pied et sautille un peu à chaque appui de la plante sur le sol. Ces petites secousses sont l'indice de l'exagération des réflexes tendineux, sous forme d'un degré variable de trépidation épileptoïde du pied.

Ces deux types doivent certainement, dans un ouvrage didactique, être opposés l'un à l'autre dans leurs deux degrés extrêmes. Mais dans une leçon qu'il a consacrée à des cas de paraplégie

PRÉCOGITÉ POSSIBLE DE LA PARAPLEGIE POTTIQUE 9b

pottique flasque, un neurologiste éminent, Grasset, de Montpellier, semble attribuer aux paralysies ordinaires du mal de Pott la forme spasmodique extrême que je viens d'esquisser. C'est, je l'accorde, une manière de frapper par contraste l'esprit des élèves, pour leur faire comprendre ce qu'a d'anormal la paraplégie flasque; mais c'est aussi les exposer à une erreur de clinique. Dans le mal de Pott, en eff'et, les cas de beaucoup les plus habituels sont semblables à celui que nous avons examiné ensemble; au premier abord la paralysie parait flasque, et pour constater l'exagération des réflexes tendineux il faut la chercher. L'état de contracture constituée, qui vous saute aux yeux sur le sujet couché ou debout, est inconstant, et quand il existe il est relativement tardif.

Je vous apprends, pour mémoire, que la sensibilité des membres parésiés est normale, que les réservoirs fonctionnent bien, que les altérations trophiques sont nulles : ces caractères sont habituels dans la paralysie pottique, même quand elle est plus accentuée que dans notre premier cas. Vous les retrouvez, par exemple, sur la fillette atteinte de paraplégie complète dont le moment est venu de vous parler.

Ce cas se sépare du précédent par la différence considérable de rapidité avec laquelle la lésion vertébrale s'est compliquée de paraplégie. Chez notre premier malade, le mal de Pott était vieux de cinq ans et demi quand les jambes commencèrent à devenir faibles et maladroites. Chez la seconde, les choses ont été bien plus vite.

Elevée à la campagne jusqu'à l'année dernière, l'enfant, aujourd'hui âgée de sept ans, commença dès novembre dernier à payer son tribut aux contagions urbaines, sous forme d'une bronchite grave, qui fut bien probablement une manifestation tuberculeuse : le rétablissement, sans doute, parut complet, mais dès le mois de mars survinrent des douleurs légères, des sensations de lassitude fréquentes; l'enfant se plaignait des jambes après toute course un peu longue, mais sans qu'avec cela il y eut des symptômes de parésie musculaire, car en dehors des fatigues, marche et station restaient faciles. Un mois plus tard environ, on s'aperçut d'une

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