PRONOSTIC. IMPORTANCE DE LA CYSTITE
l'état de la sensibilité avait une haute valeur pronostique : l'anesthésie révélerait alors des lésions profondes, incurables ; la conservation de la sensibilité serait l'indice de lésions superficielles, curables. Peut-être est-ce vrai en moyenne, et cela cadre, en somme, avec la classification de van Gehuchten : mais voici Grasset qui nous fait assister à la guérison progressive et au retour des réflexes dans un cas de paralysie flasque, avec anesthésie et eschare, consécutive à un mal de Pott dorsal supérieur. Pour expliquer la chose, Grasset admet une suppression fonctionnelle fie l'extrémité inférieure de la moelle, par action inhibitoire. Ailleurs, à côté de dégénérations secondaires, on constate dans la moelle, au-dessous de la compression, des troubles vasculaires, œdème, stase, congestion, qui peuvent rendre compte de certains symptômes surajoutés, graves, mais susceptibles de rétrocession. Nous allons retrouver cela à propos du processus de guérison.
La paralysie pottique est certainement grave ; et même on peut en rencontrer, par exception, dont l'évolution est très rapide, avec eschares au sacrum et cystite purulente vite mortelle. Mais — je reviens exprès sur ce point très important de pratique — c'est aujourd'hui beaucoup plus rare qu'autrefois. Car la gravité à brève échéance de ces paraplégies tient avant tout à l'infection vésicale, dont l'antisepsie nous met, dans une large mesure, à l'abri. L'absolu n'est pas de ce monde, et il est difficile que le cathétérisme, quand il faut le répéter plusieurs fois par jour soit, dans le sexe masculin surtout, parfaitement et toujours aseptique : mais si vous redoublez de précautions, les accidents vésicaux seront relativement rares et peu intenses, malgré le terrain propice offert aux cultures microbiennes par une urine stagnante dans une vessie mal nourrie. En fait, je me souviens de deux malades chez lesquels il y a eu au début de la paraplégie une rétention d'urine qui pendant deux à trois semaines a nécessité le cathé-
110 CURABILITÉ HABITUELLE DE LA PARALYSIE POÏTIQUE
térisme, et la guérison est survenue sans cystite. C'est ainsi que l'antisepsie a amélioré, quood vifam, le pronostic immédiat de la paralysie pottique.
Quant au pronostic éloigné, c'est-à-dire quant à la fréquence relative, soit du retour plus ou moins complet des mouvements, soit au contraire de l'incurabilité, nous en sommes restés, à peu de chose près, à ce qu'ont observé les chirurgiens du siècle dernier et nous sommes forcés de convenir que la thérapeutique chirurgicale moderne ne nous a pas permis de réaliser, à cet égard, de bien importants progrès.
Dès le premier travail sur ce sujet, car son mémoire concerne spécialement les paraplégies des bossus, Percival Pott a dit qu'il avait vu des malades se rétablir, grâce au repos, au temps et aux cautères; et son assertion — cautères à part — a été vérifiée par tous ses successeurs, depuis Boyer, Bouvier, Charcot, jusqu'aux chirurgiens les plus modernes. Peut-être Calot et Pierre ont-ils été servi par un hasard heureux avec leur série de 19 guérisons sur 20, avec une seule mort par ouverture d'un abcès par congestion dans la vessie ; mais au total on peut dire, sans prétention à donner une statistique précise, que dans au moins les deux tiers des cas, ia paraplégie guérit sans intervention chirurgicale. Et les choses se passent d'ordinaire comme chez un des malades de notre salle Dolbeau.
Au 11° 1 de cette salle j'ai reçu, le 19 mars dernier, un garçon de quinze ans, — sixième de 13 enfants, dont 6 morts de méningite, — dont la région cervicale était raidie par un mal de Pott ancien. L'évolution en présentait quelques particularités dignes de vous être signalées. D'abord, à l'âge de cinq ans, l'enfant avait eu une crise de rhumatisme articulaire aigu polyarticulaire, et jusqu'à l'âge de dix ans des accidents analogues, quoique moins sérieux d'année en année, avaient marqué le début de chaque hiver. En sorte que nous pouvons nous demander s'il s'est agi de rhumatismes vrais, ou de poussées successives de ces rhumatismes tuberculeux, sur lesquels Poucet (de Lyon) a récemment insisté *.