CONFUSION POSSIBLE AVEC UNE PARALYSIE
d'une région épiphysaire. Avec tous mes collègues des hôpitaux d'enfants, j'ai vérifié l'exactitude anatomique et clinique de la conception de Parrot. xVussi ne vous cacherai-je point ma surprise quand, en 1900, j'ai appris par la Revue de médecine que M. de Peters croyait « présenter à ses collègues une entité morbide qui, jusqu'à présent, n'avait attiré l'attention ni des cliniciens, ni des neurologistes, ni des médecins spécialistes en maladies vénériennes ». Il s'agit de ces phénomènes paralytiques d'une ou de plusieurs extrémités « survenant chez les enfants dans les premiers mois de la vie et relevant d'une affection de la moelle épinière ». Certes, M. de Peters parle de Parrot, mais pour dire que cet auteur « ne donne pas d'explication précise de cette maladie ; il semble voir en elle une affection grave des os et des articulations. Après Parrot, d'aulres auteurs mentionnent ces pseudo-paralysies, mais il paraît qu'ils s'appuient moins sur leurs propres appréciations qu'ils ne suivent Parrot. »
En cela, il est certain, d'après l'historique que j'ai développé devant vous, que M. de Peters se trompe. Il se trompe encore quand il affirme que « la possibilité d'attribuer des symptômes paralytiques des extrémités supérieures à des modifications pathologiques du système nerveux n'a encore été entrevue par aucun auteur ». Oublions, si cela lui agrée, que précisément les recherches entreprises à la suite de celles de Wegner, de Ranvier, de Parrot ont eu pour résultat de dépouiller le système nerveux d'accidents qu'autrefois on lui attribuait à tort; mais je dois vous rappeler qu'en 1895 M. Bézy (de Toulouse) a cru pouvoir interpréter ainsi certains faits, pour lesquels les autres membres du Congrès de pédiatrie ont admis, au contraire, que l'opinion de Parrot continuait, même alors, à leur paraître préférable.
J'aurais mauvaise grâce, il est vrai, à trop railler mes confrères de cette erreur, car, au début de ma pratique, je l'ai commise, et mon seul avantage sur M. de Peters est peut-être d'en avoir été averti à temps pour ne point publier sur ce sujet un mémoire. Mais, comme je l'ai dit à M. Bézy en discutant sa communication, mon histoire personnelle est peut-être instructive.
Quand, au mois d'octobre 1892, je suis arrivé à l'hôpital Trousseau, je connaissais bien, d'après le mémoire de Parrot, et d'après quelques malades typiques, la forme accentuée de la pseudoparalysie, avec manifestations cutanées plus ou moins vives, avec lésions osseuses volontiers multiples, constituées par un volumineux gonflement dia-épiphysaire, quelquefois avec décollement épiphysaire démontré par la mobilité anormale et la grosse crépitation. Mais, tout en sachant que AA^egner, puis Parrot avaient décrit anatomiquement les lésions au début dont je vous ai entietenus tout à l'heure, j'ignorais la valeur clinique de ces altérations, la manière de les mettre en évidence, et pendant plusieurs mois je me suis trouvé parfois embarrassé en présence d'impotences fonctionnelles qui ressemblaient bien à des paralysies. Peu à peu mon éducation s'est faite, par les cas oii les commémoratifs et les éruptions concomitantes étaient nets, par ceux où j'ai constaté des hyperostoses de moins en moins volumineuses et cependant caractéristiques, par ceux enfin oii, guidé par M. Lannelongue, j'ai appris qu'à la première étape anatomique du mal, une douleur à la pression sur une ligne épiphysaire du membre impotent est une raison suffisante pour instituer, même en l'absence d'un gonflement appréciable, un traitement mercuriel, dont l'efficacité est vite démonstrative.
La nouveauté de la Conception de M. de Peters est donc plus que contestable, malgré l'assertion si catégorique de l'auteur. Au fond, c'est le retour à l'ancienne doctrine, démontrée fausse par Parrot. M. de Peters y revient même pour un cas où il note un gonflement de l'humérus en bas ; et il est probable que c'était assez gros, pour avoir frappé un observateur qui, disant cependant connaître les recherches de Parrot, passe sous silence, dans 4 observations sur 5, l'examen local du squelette et ne croit, d'ailleurs, utile de relater avec quelques détails que 5 observations sur 11, les 6 autres ne servant qu'à la statistique. Ab uno disce omnes : et tant qu'on nous opposera seulement des observations comme celles-là, nous serons obligés de leur refuser toute valeur.
Car non seulement il n'y a pas dans ces cas la preuve que le squelette soit indemne, mais encore on n'y trouve pas celle que le