VII. — Critique du mot : « rhumatisme » tuberculeux
L'hydarthrose, ou, en langage vulgaire, répanchement de synovie, est une conséquence banale d'une inflammation articulaire, la plupart du temps chronique ou subaiguë. Son siège à peu près exclusif — en partie sans doute parce que c'est celui où on la reconnaît facilement — est l'articulation du genou.
Lorsque vous avez constaté son existence, vous n'avez fait qu'une partie, la moins importante, du diagnostic : il vous reste à déterminer la nature de l'arthrite causale, ce qui est indispensable à l'institution d'un traitement rationnel. Et l'on vous enseigne, à
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bon droit, qu'une fois éliminée la fréquente blennorragie, la plus rare syphilis, une hydarthrose non traumatique est presque toujours, chez l'adulte, le résultat d'une arthrite rhumatismale.
A transporter cette donnée en clinique infantile, vous risquez une erreur de diagnostic fort préjudiciable au malade : car, la cause habituelle de cette hydarthrose du genou est l'arthrite tuberculeuse, quelquefois destinée à revêtir plus tard sa forme habituelle, quelquefois au contraire assez spéciale dans son évolution ultérieure. Jusqu'au bout, en effet, malgré la nature tuberculeuse du mal, la marche peut ressembler de fort près à celle des manifestations que nous appelons rhumatismales : et j'aurai à vous expliquer, à ce propos, ce que Poucet (de Lyon) a dénommé d'abord pseudo-rhumatisme, puis rhumatisme tuberculeux.
L'examen physique des genoux, chez le garçon de quatorze ans et demi dont je vais vous entretenir en premier, peut être mené très rapidement, car il ne présente aucune difficulté.
A gauche, par les manœuvres classiques, vous percevez d'abord le choc rotulien révélateur d'un épanchement liquide peu abondant. La palpation du cul-de-sac sous-tricipital n'y fait sentir qu'un épanchement médiocre, mais de chaque côté du tendon rotulien les méplats normaux sont effacés par une saillie, peu accentuée il est vrai, molle, de consistance fongueuse. Sous les pressions localisées, exercées méthodiquement avec la pulpe de l'index, l'interligne est, je ne dirai pas douloureux, mais sensible; le reste de la jointure, os, synoviale, ligaments, est indolent. Le quadriceps fémoral est mou et atrophié, comme dans toutes les arthrites du genou. Les mouvements de flexion et d'extension sont fort peu limités, mais le sont un peu. Rien aux ganglions de l'aine.
A droite, l'état est le même, à cela près qu'il n'y a plus d'hydarthrose : mais, pour vous le dire tout de suite, il y en a eu.
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L'état général est bon, quoique le garçon soit assez pâle; aucune lésion tuberculeuse guérie ou en activité n'est appréciable ailleurs; tous les viscères paraissent sains.
Actuellement, donc, l'examen physique ne laisse guère place au doute : à gauche avec un peu de liquide, comme à droite sans liquide, les fongosités sont légères, mais évidentes aux côtés du tendon rotulien et je ne vois guère comment les expliquer autrement que par la tuberculose de la synoviale. Mais quand le garçon nous fut présenté pour la première fois à l'hôpital, beaucoup de médecins, en l'absence de fongosités, auraient probablement cru à une banale hydarthrose, et je désire vous mettre en garde contre cette erreur, dont les conséquences pronostiques et thérapeutiques peuvent être fort sérieuses.
Le genou droit, à cette date, le 30 septembre 1903, était fortement tuméfié, avec choc rotulien perceptible d'emblée, avec collection fluctuante sous-tricipitale, avec légère douleur à la pression au niveau de l'interligne, sans rien au niveau des os. La première impression, au milieu des phrases obscures que baragouinait en français ce jeune Italien, fut qu'il s'agissait d'une lésion traumatique récente, et en voie de décroissance; et le renseignement était nettement donné, d'une chute de 2 mètres de haut, dans une maison en construction.
Aucune tiace de contusion, aucune ecchymose visible extérieurement : mais l'argument était de faible valeur, car ces signes, démonstratifs d'une contusion, n'eussent pas accompagné une entorse du genou, même si elle avait eu pour résultat une hémarthrose franche et rapide.
Là ne fut donc point le motif de mes doutes immédiats, mais plutôt dans les dates que nous parvînmes à préciser. La chute avait été nette, avait provoqué une douleur vive dans le genou ; mais la jointure n'avait gouQé que six jours plus tard, l'enfant ayant jusque-là continué son métier d'apprenti maçon. Vous trouverez peut-être qu'un délai de six jours est assez court pour vous permettre d'établir un lieu de cause à effet entre un trauma et une arthrite; dans une jointui'e parfaitement saine avant et après le trauma, je ne le pense pas, et tout récemment vous avez observé