DIAGNOSTIC AVEC LA CONTUSION DU GENOU
dans mon service une fille qui vous apprend comment les choses se passent en pareil cas.
Je mets à part riiémarthrose, par entorse ou par contusion : vous la diagnostiquez par sa formation à peu près immédiate. Mais elle n'est pas seule possible, et d'un trauma articulaire peut résulter soit une hémo-hydarthrose, soit une hydarthrose proprement dite. Or, même dans ce dernier cas, la rapidité de sécrétion est grande : la brusquerie n'est pas la même que pour l'épancliement sanguin, mais en vingt-quatre heures la lésion est constituée.
C'est ce qui eut lieu chez notre fille. Le 14 novembre, poussée en arrière par une camarade, elle tomba sur le genou droit, se releva et marcha sans gêne, sans douleur même : mais le soir, en se couchant, elle remarqua que le genou était volumineux. Dès le 15 novembre la lésion était au maximum, identique à ce qu'elle était le 16 novembre lorsque l'enfant nous fut amenée avec une hydarthrose ordinaire, distendant assez la capsule pour que des mouvements de latéralité fussent possibles. Je fis faire la ponction — je vous dirai tout à l'heure pourquoi — et malgré cette rapidité de formation le liquide épanché était clair, citrin, visqueux, celui de la classique hydarthrose, sans teinte hémorragique. C'était bien traumatique, puisque après ponction le liquide ne se reproduisit pas et qu'au bout de dix jours la malade nous quittait guérie.
Donc, six jours d'écart, avec fonctionnement normal de la jointure, doivent nous faire soupçonner que, si le trauma est pour quelque chose dans la genèse de i'hydarthrose, c'est à titre d'adjuyant, en aggravant une lésion latente déjà formée, et non à titre de créateur. Cette opinion fut vérifiée chez notre patient par l'évo-lution du mal.
D'abord, en effet, si, au bout de dix à douze jours, la compression du genou droit a fait diminuer l'épancliement, celui-ci persiste,, avec des hauts et des bas, depuis deux mois. Puis, le sujet étant à l'hôpital, maintenu au lit, vers la fin d'octobre, soit au bout d'un mois de repos, le genou gauche fut à son tour atteint d' hydarthrose : donc, il fallait bien admettre, même pour le côté droit, une influence autre que celle de la violence extérieure, ainsi que
142 HYDARTHROSES TUBERCULEUSES DU GENOU
je l'avais annoncé dès le premier jour aux élèves du service.
Et qu avais-je dit alors? Que chez l'enfant au-dessous de quinze ans une hydarthrose survenu sans cause connue, ou provoquée par un traiima douteux, est toujours une manifestation tuberculeuse. Aphorisme scienlifiquement faux, comme tous les aphorismes cliniques : ici même, l'an dernier, je vous ai fait examiner un cas d'hydarthrose du genou par syphilis héréditaire'; d'autres irritations osseuses peuvent par exception agir sur la synoviale voisine. Mais n'admettez ces hypothèses que si elles sont évidentes et dans le doute concluez à la tuberculose, sans vous arrêter à l'idée d'une lésion rhumatismale.
Sans contredit, chez un adulte, vous attribueriez presque de parti pris au rhumatisme chronique, à une poussée dans de l'arthrite sèche, ces hydarthroses lentes ou subaiguës, qui pendant des années vont et viennent, alternant avec des craquemenls. Ce diagnostic est à peu près hors de contestation lorsque l' hydarthrose devient bilatérale. Je sais que le rhumatisme chronique noueux, que l'arthrite sèche existent chez l'enfant : mais c'est exceptionnel, et surtout cela n'affecte pas habituellement l'allure que je viens de vous décrire.
Il faut maintenant que je vous donne la preuve de la nature tuberculeuse de la lésion : nous pouvons tirer argument soit de la clinique, soit de certains procédés de laboratoire.
La clinique est démonstrative, lorsque peu à peu, le liquide se résorbant, on voit évoluer une arthrite fongueuse de type ordinaire. C'est l'observation de faits semblables qui, avant l'intervention du laboratoire, a conduit les cliniciens à la suspicion grave oi^i je vous conseille de tenir l'hydarthrose du genou chez l'enfant. Quant au laboratoire, en dehors de la constatation directe du bacille, au microscope ou par inoculation au cobaye, il nous fournit deux ordres de renseignements : l'examen cytologique du liquide épanché, les réactions générale ou locale du sujet après injection exploratrice de tuberculine. Le moment est venu de vous exposer ce que sont ces méthodes.