‹ Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotismeChapitre 121 sur 175 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Si ces procédés restent inefficaces, on devra essayer les applications métalliques qui ont donné à Burq de nombreux succès, ou l'aimantation, en suivant les indications données sur ce mode de traitement par M. Vigouroux. Chez les hystériques hypnotisables, on pourra tenter d'agir par voie de suggestion.

Enfin, quand tous les moyens précédents auront été épuisés sans résultats, on sera autorisé à recourir aux expédients de la thérapeutique d'imagination. Il ne faut pas oublier que toute émotion morale vive peut modifier brusquement le dynamisme du système nerveux central et dissiper des troubles fonctionnels persistant depuis longtemps. Une malade de M. Charcot vit disparaître tout à coup une contracture datant de quatre ans, à la suite d'une réprimande; une autre guérit soudainement après une vive contrariété; une troisième, qui n'avait pu sortir du lit depuis deux ans, se mit à marcher après avoir été accusée d'un vol. Une quatrième guérit brusquement dans les circonstances racontées par M. Regnard dans les termes suivants :

« Il s'agissait d'une fille d'une quarantaine d'années, couchée dans un lit de l'infirmerie depuis neuf ans; elle avait le bras gauche et la jambe gauche violemment contractures; pour un observateur superficiel, elle présentait donc ce qu'on aurait appelé autrefois une ankylose du coude, une coxalgie et un pied-bot. De plus, elle avait une contracture de la langue qui ne lui laissait articuler aucun son; elle était donc muette. A peine si de son œil gauche elle apercevait la lumière.

» Pour compléter un état aussi lamentable, la malheureuse avait une contracture de l'œsophage qui ne lui permettait de rien manger : on lui faisait chaque jour avaler un œuf et un peu de vin par la sonde. Bien plus, elle avait une contracture du col vésical, une ischiirie si complète qu'en trois mois elle urina deux fois seulement. Elle vomissait, et dans ses vomissements nous trouvions de l'urée.

» En 1872, M. Charcot, la montrant publiquement à son cours, disait que tout traitement avait échoué sur cette maladie si compliquée, mais qu'un jour peut-être tel événement pourrait survenir qui produirait la guérison de tout cela, subitement et d'un seul coup. Cette prédiction, recueillie par un journal de médecine, était imprimée à ce moment même.

» Or, trois ans plus tard, la malade, désespérant de la médecine et cédant aux suggestions de son entourage, demandait que le Saint Sacrement fût placé sur sa tête au moment où passerait devant son lit la procession de la Fête-Dieu. La pauvre femme attendait avec impatience le jour de sa délivrance, aussi était-elle fort émue quand le cortège pénétra dans la salle et s'arrêta auprès d'elle.

» Elle fut prise d'un grand tremblement, perdit connaissance, entra en convulsion hystérique, et quand, cinq minutes après, elle reprit ses sens,

elle était guérie : contractures, pied-bot, coxalgie, amaurose, mutisme, tout avait disparu. Elle put tout de suite se rendre à la chapelle pour rendre grâces à Dieu. Et comme il faut que le comique se mêle aux choses les plus solennelles, cette femme, qui n'avait pas uriné depuis trois semaines, remplit trois grands bocaux dans sa soirée. L'aventure fit du bruit, mais la prudence de l'archevêque de Paris empêcha qu'elle ne fût exploitée autrement qu'il ne convenait et tout rentra dans le silence. L'ancienne hystérique se fit infirmière et remplit ses fonctions à la satisfaction générale. Supposez que l'affaire ait eu plus de retentissement et que la Salpêtrière fût devenue un lieu de pèlerinage, il est fort probable que beaucoup d'autres miracles s'y seraient produits ^ »

MM. Ballet et Landouzy ont traité avec succès une contracture hystérique des membres inférieurs durant depuis huit mois, par les pilules de mica panis ^ La crainte, la colère, la douleur, la joie, la foi ardente dans un résultat prévu et fortement désiré sont, à n'en pas douter, des agents curateurs puissants que le médecin pourra quelquefois utiliser ^ Mais ce sont là des agents difficiles à manier. Il faut beaucoup de tact et d'habileté pour en tirer parti sans compromettre sa dignité ou sans s'exposer à perdre son autorité morale vis-à-vis des malades et de leur entourage. A mon avis, on ne doit y avoir recours que tout à fait exceptionnellement, lorsque des indications précises en légitiment l'emploi.

^ Paul Regnard, Les maladies épidémiqaes de l'esprU, sorcellerie, 'niagnélismê, morphinisme, délire des grandeurs. Pai'is, 1887, p. 108-109.

2 Ballet et Landouzy, iVoie sur un cas de contracture hystérique ancienne guérie subitement par l'administration d'une pilule fulminante de mica panis {Revue de médecine, 1882, p. 775).

3 Les planches IV et V placées à la fin du présent volume représentent en fac-slmllc des figures du livre de Carré de Montgeron relatives à deux cas de guérisons dites miraculeuses de contractures hystériques.

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