‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 101 sur 263 · TREIZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TREIZIÈME LEÇON

ALOPÉCIE. — OXYXIS. — PÉRIOXYXIS. •

Sommaire. — I. Alopécie. — Alopécie crânienne. — A quelle époque se manifeste-telle dans l'évolution normale de la diathèse ? — Préjugé répandu à ce sujet. — L'alopécie, loin d'être tardive, constitue un accident de vérole jeune, de vérole essentiellement secondaire. — Quelles conditions pathologiques préparent et entretiennent l'alopécie ? — 1° Alopécie provoquée par des syphilides disséminées du cuir chevelu. — Formes les plus comnmnes de ces syphilides : syphilide acnéiforme, roséole furfuracée, etc. — 2° Alopécie sans raison locale apparente.

Siège. — Pas de siège précis. — L'alopécie syphilitique est essentiellement irrégulière, asymétrique et capricieuse.

Formes. — Alopécie par éclaircissement général et régulier de la chevelure. — Alopécie en clairières.

Degrés. — Alopécie légère, intense, excessive, totale. — Parfois encore à l'alopécie s'ajoute une modification d'aspect des cheveux persistants.

Durée. — L'alopécie syphilitique n'est jamais que temporaire, — Préjugé relatif aux calvities persistantes réputées syphilitiques. — Jamais la vérole n'a fait de cliauves. — Poussée réparatrice de la chevelure, se produisant parfois avant même que la diathèse soit atténuée dans son principe ou enrayée dans son évolution. — Conséquence : pas de gravité réelle de cet accident, toujours essentiellement transitoire.

Traitement. — Inutilité de toute médication topique. — Simples soins d'hygiène. — Le temps et le traitement général, notamment le traitement mercuriel, suffisent à faire justice de cet accident. — Prévention ridicule des gens du monde contre le mercure au sujet de son action meurtrière sur les cheveux. — Réfutation.

Autres alopécies de sièges divers. — Alopécie sourcilière; formes, degrés. — Alopécie ciliaire. — Alopécie génitale. — Alopécie axillaire. — Par l'ensemble de leurs caractères , ces dépilations se rapprochent absolument de l'alopécie crânienne.

II. — Onyxis et PÉRiONYXis. — Nécessité d'une distinction à établir entre les lésions n'intéressant ou ne paraissant intéresser que l'ongle {onyxis), etcelles qui, se produisant an voisinage de l'ongle, ne l'alTectent que plus tard, d'une façon consécutive (périonyxis).

ALOPÉCIE.

Onyxis. — Quatre variétés : I» Friabilité, ébrècliement de l'ongle (onyxis cra. quelé). — 2° Décollement partiel de l'ongle. — 3° Décollement total et chute de l'ongle (alopécie mxjuéale de qnelqucs auteurs). — Indolence remarquable de cette lésion, qui se produit parfois à l'insu des malades. — Travail de réparation consécutive ; ongle nouveau. — 4° Onyxis hypertrophique . — Forme plus rare. — Ses caractères.

Périonyxis. — Trois types : l" Périonyxis sec. — Deux formes : forme squameuse; forme cornée {cor ou durillon syphililique péri-unguéal). — 2» Périonyxis inflammatoire (toiirniole syphilitique). — Comment ce périonyxis aboutit souvent soit aux lésions communes de l'ongle incarné, soit au périonyxis ulcéreux. — 3° Périonyxis ulcéreux. — Forme a plus sérieuse. — Elle est ou primitive ou consécutive. — Symptômes. — Siège plus liabituel au gros orteil. — Évolution lente, chronique même le plus souvent. — Complications inflammatoires et même gangreneuses. — Exemple clinique. — Gravité locale d'une telle lésion. — Chute nécessaire de l'ongle. -- Piéparation incomplète; déformations persistantes.

Traitement local de ces divers, as lésions.

Comme annexes aux lésions cutanées de la syphilis secondaire, je dois vous entretenir actuellement, Messieurs, de quelques accidents que détermine la diathèse sur le système pileux et sur les oncles.

La syphilis provoque fréquemment chez la femme — aussi fréquemment, à coup sûr, que chez l'homme — la chute des poils du corps, et spécialement celle des cheveux.

L'alopécie crânienne nous occupera loul d'abord. C'est là un accident sur lequel sont généralement répandus dans le public, voir« jusque dans le monde médical, certains préjugés dont il n'est pas sans intérêt de faire justice. C'est là do plus un symptôme des plus communs, qui tourmente beaucoup les malades, et sur lequel vous serez incessamment consultés par vos clients. Vous me permettrez donc d'étudier cette question avec quelques détails.

Premier point: A quelle époque l'alopécie (crânienne ou autre) se manifcste-t-elle dans l'évolution de la diathèse?

C'est une opinion assez communément accréditée que l'alopécie constitue un symptôme de « vieille vérole »,de vérole remontant à

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de longues années. Voit-on, par exemple, un homme devenir chauve à l'âge de maturité, on ne manque guère d'entendre rattacher cette calvitie à ce qu'on appelle par euphémisme i( les péchés de jeunesse » ; ce qui médicalement signifierait ceci : que cet homme, perdant ses cheveux vers la quarantaine, les perdrait par le fait d'une syphiHs contractée dans fadolescence^oula jeunesse, c'est-à-dire quinze ou vingt ans auparavant. L'alopécie, donc, dans cette manière de voir, serait une manifestation tertiaire, un stigmate éloigné d'une infection se perdant dans la nuit des temps. Or, Messieurs, rien n'est plus faux qu'une telle interprétation; rien n'est plus contraire à la vérité clinique.

Loin d'être une manifestation tardive, l'alopécie constitue au contraire un accident de vérole jeune, de vérole âgée de quelques mois, d'une ou de deux années tout au plus. L'alopécie syphilitique est essentiellement secondaire.

C'est, en effet, règle presque générale, à la suite des premières poussées secondaires que les cheveux commencent à tomber. C'est le plus habituellement vers le troisième, le quatrième, le cinquième, le sixième mois de la diathèse que l'alopécie se manifeste, dans l'évolution naturelle de la maladie. Il est également assez commun de l'observer dans les derniers mois de la première année et dans le cours de la seconde. Au delà de ce terme, elle devient rare, exceptionnelle même]; et, si parfois on la voit encore se produire à une époque un peu plus reculée, cela presque toujours n'est dû qu'à l'intervention du traitement spécifique qui fa rendue plus tardive en même temps aussi que plus légère.

Mais, je vous le répète, passé les premières années de la diathèse, au delà de ce qu'on appelle la période secondaire, Falopécie svphilitique n'existe plus, ne se rencontre pas.

Second point : Mécanisme de cette alopécie. — Quelles sont, à la période secondaire, les conditions pathologiques qui préparent, produisent et entretiennent la chute des cheveux ?

Les cheveux des syphilitiques tombent de l'une des deux façons suivantes :

1°0u bien ils tombent à la suite et sous l'influence de syphilidcs disséminées du cuir chevelu;

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2° Ou bien ils tombent — et c'est là môme le cas de beaucoup le plus fréquent — sans raison locale, sans lésion apparente qui en explique la chute.

Premier cas. Il n'est pas rare de rencontrer comme explication de l'alopécie des syphilides disséminées du cuir chevelu, syphilides superficielles plus ou moins confluentes, plus ou moins étendues comme surface, plus ou moins rebelles comme durée. Quelles qu'elles soient, toutes ces syphilides contribuent à faire tomber les cheveux. Et comment? Suivant toute vraisemblance (car nous n'avons pas sur ce point de notions histologiques bien précises), en altérant, en attaquant le bulbe pileux.

Au nombre de ces lésions du cuir chevelu pouvant déterminer des alopécies partielles, disséminées, et d'une intensité proportionnelle au degré de confluence des éléments éruptifs, citons plus spécialement : la syphilide acnéiforme, très commune au début même ou dans les premiers temps de la période secondaire, et se caractérisant par de petites croûtelles légèrement saillantes , du diamètre d'une tête d'épingle, et d'une teinte jaumitre ou brune;

— la syphilide papulo-croûteuse ; — la syphilide impétigineuse ;

— l'ecthyma plat ou superficiel, etc. — Citons aussi une forme de syphilide qui, bien que peu connue, n'en est pas moins assez fréquente, chez la femme particulièrement. C'est la syphilide^JiVyriasiforme ou roséole furfuracée du cuir chevelu, consistant en des rougeurs éparses, lenticulaires ou diffuses, assez pâles de ton pour échapper à l'examen le plus souvent, et recouvertes d'une desquamation très-fine, presque microscopique, à peine appréciable pour l'observateur non prévenu.

Un heureux hasard me permet de placer sous vos yeux aujourd'hui môme un type bien accentué de cette dernière forme de syphilide. Voici une jeune femme affectée de syphilis depuis quelques mois ; entre autres accidents elle s'est plainte à nous de perdre les cheveux, et vous constatez qu'en effet sa chevelure est assez éclaircie, sur certaines régions notamment. Or, examinez avec attention la peau du crtlne chez cette malade ; vous la verrez parsemée çà et là de petites taches à peine rosées, offrant l'étendue d'une lentille pour la plujiart, et partiellement couvertes de .squames pulvérulentes, furfuracces, grisâtres. Celte lésion est

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