ALOPÉCIE
et c'esl louL L'alopécie syphilitique, en eflel, csl absolument indolente ; elle ne s'accompagne d'aucun prurit, d'aucune ardeur locale, d'aucune démangeaison.
Gomme siège, d'abord, elle offre ceci de remarquable, qu'elle n'a pas de localisation fixe, spéciale; particularité négative qui la différencie, comme vous allez le vo'ir, d'autres formes d'alopécie. Ainsi, elle se produit à peu près indifféremment sur toutes les régions du crâne, sur le sinciput aussi bien que sur les régions temporales, à la nuque aussi bien que sur les parties antérieures. Toute la tête est son domaine.
C'est le propre au contraire de certaines alopécies d'affecter une région spéciale du crâne et de s'y concentrer à l'exclusion de toute autre. La calvitie sénile, par exemple, a pour caractère invariable de se limiter aux parties antéro-supérieures du crâne, en respectant les parties latérales ou postérieures. — Rien de semblable dans l'alopécie d'origine syphilitique.
Ajoutons encore ceci : nombre d'alopécies d'origines diverses procèdent avec une véritable régularité symétrique, je dirais presque élégante, et déciment le cuir chevelu d'une façon égale d'un côté à l'autre. Tout autre est l'alopécie syphilitique, essentiellement irrégulière et capricieuse, n'observant aucune symétrie, et affectant de la façon la plus inégale les parties homologues du crâne.
Comme forme, l'alopéiMC syphilitique se présente sous deux aspects dont je vous ai déjà montré de nombreux exemples.
Tantôt elle se borne à éclaircir la chevelure d'une façon à jx'u près générale. Les cheveux sont alors moins abondants, moins touffus, raréfiés sur toute l'étendue du ci'âne.
Tantôt elle se concentre sur une série de j)etits Ilots disséminés du cuir chevelu, qu'elle décime jusqu'à les dénuder presque, on respectant (d'nne façon relative au moins) les parties avoisinantes.
Une comparaison vous fera bien comj)rçndre ce double modo d'action de la syphilis sur le système pileux.
Soil une foret régulièi-ement plantée. wSui)|)0S07, qn(^ dans toulo
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l'étendue de cette forêt on abatte un arbre çà et là, suivant un certain ordre; que deviendra la forêt? Elle sera éclaircie, moins touffue. — Supposez au contraire que dans cette même forêt on fasse en quelques points de grands abatis d'arbres sur une certaine surface sans toucher aux parties voisines, qu'obtiendrat-on de la sorte? Des places vides, dégarnies, des clairières, au milieu de fourrés intacts.
Eh bien, cette forêt, Messieurs, c'est la chevelure, la chevelure où la syphilis procède tantôt par éclaircies générales et plus ou moins régulières, et tantôt par grands abatis disséminés au hasard au milieu de parties relativement indemnes.
Ces deux formes d'alopécie sont l'une et l'autre très communes. L'alopécie en clairière, toutefois, est celle qu'on observe le plus fréquemment, lorsque la chevelure vient à être fortement éprouvée par la syphilis. C'est la forme des cas quelque peu intenses, si je puis ainsi parler. C'est aussi la forme qui imprime à l'alopécie syphilitique son cachet le plus spécial et le plus accusateur*. "
Il est très habituel que ces deux formes coexistent et s'observent associées chez le même sujet. Vous en voyez un exemple sur cette malade, dont la tête affreusement ravagée par la syphilis présente, d'une part, un éclaircissement général de la chevelure et, d'autre part, de petits îlots disséminés où la peau du crâne apparaît dépitée, presque complètement glabre.
L'alopécie syphilitique est plus ou moins intense. Elle comporte à ce point de vue quatre degrés :
1° Dans la plupart des cas, dans les cas surtout où la diathèse a été traitée de bonne heure, il ne se produit qu'une chute de cheveux assez légère. Les cheveux tombent pendant un certain temps, mais les malades sont seuls à s'en apercevoir, la dépilation n'étant pas assez accusée pour devenir apparente.
2° Il n'est pas rare toutefois que l'alopécie prenne un plus haut degré d'intensité, et alors elle n'est plus guère susceptible de
1. Voyez comme exemple, une photographie déposée au musée de l'hOpital Saint- Louis (collcclion particulière).
FOUR.MER oo
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passer inaperçue aux yeux d'auLrui. Les cheveux tombent à profusion, et on les dirait tous moins adhérents. Les malades en arrivent à ne plus oser se peigner, parce que chaque coup de peigne semble devoir épuiser la chevelure. Le seul passage de la main dans les cheveux suffit à en détacher une demi-douzaine ou même davantage.
3° Bien plus rarement l'alopécie s'exagère encore et devient excessive. Tel est le cas de la malade que je vous présentais à l'instant et dont le crâne est presque dénudé. C'est alors surtout qu'on observe, à la fois, et l'éclaircissement général de la chevelure et ces clairières disséminées où la peau du crâne apparaît absolument glabi'e, avec sa coloration blanche ^
-4° Enfin, et d'une façon tout à fait exceptionnelle, l'alopécie peut arriver à être totale, ou presque totale. Tous les cheveux tombent, ou il n'en reste qu'un nombre insignifiant. Je n'ai observé ce fait qu'une seule fois, sur une jeune femme dont j'ai conservé l'histoire dans mes notes. Cette malheureuse, à la suite d'une syphilis grave et à manifestations aussi multiples que possible, perdit littéralement toute sa chevelure; toute, j'exagère peut-être, car il lui resta dix-sept cheveux. Dix-sept cheveux bien comptés, tel fut pour un temps le bilan rigoureusement exact de sa chevelure. — J'ai hâte d'ajouter que ce degré extrême de l'alopécie syphilitique est, de l'aveu de tous les auteurs, prodigieusement rare, presque inouï dans les annales de la science.
Ajoutons enfin, comme dernier détail, que la syphilis ne se borne pas toujours à provoquer la chute d'une partie des cheveux. Assez souvent aussi elle imprime à ceux qui restent, à ceux qui ne tombent pas, quelques caractères assez singuliers, qui, peu remarqués chez l'homme, n'échappent pas à la coquetterie des femmes. Les cheveux, sous l'influence de la dialhèse, perdent parfois leur lustre normal; ils deviennent ternes, secs, comme laineux, semblables à des cheveux moris, à de faux cheveux; si bien, comme l'a très justement dit M. Diday, « qu'avec de vrais cheveux les malades ont l'air do porter perruque ». Une de mes
I. Voyez photographies du musée de Vhô\nL\\ Saint-Louis (collection particulière).