RÉFORME DE NOMENCLATURE
tenu comple dans cette assimilation plus philosophique que clinique, c'est qu'il est des syphilides muqueuses qui n'ont pas de type correspondant à la peau, et réciproquement. D'ailleurs, alors même que l'analogie serait parfaite entre ces deux ordres d'exanthèmes, les lésions des muqueuses sont tellement modifiées dans leur aspect, dans leur physionomie, par le seul fait de leur localisation sur une membrane sécrétante, qu'elles ne demanderaient pas moins h être étudiées à part et décrites spécialement, comme nous allons le faire.
Les syphilides muqueuses ont une synonymie assez variée. Vous les trouverez décrites dans différents auteurs sous les noms de pustules plates, pustules humides, tubercules plats, tubercules humides ou muqueux, ulcérations syphilitiques des muqueuses, condyloraes, tumeurs condylomateuses, rhagades , plaques muqueuses, etc., etc.. C'est ce dernier nom de plaques muqueuses qui leur est plus communément appliqué. Or, cette dénomination, bien qu'agréée parla plupart des pathologistes, ne m'en paraît pas moins vicieuse, défectueuse au dernier chef; car elle confond sous une rubrique commune des choses essentiellement disparafes et distinctes. Quoique je sois de ceux qui attachent peu d'importance aux mots et qui ne querellent pas sur une désignation pathologique, pourvu qu'on y rattache un sens précis, je ne saurais cependant faire grâce à ce terme vague et confusionniste de plaque muqueuse. Je le condamne, je le rejette absolument. De celaje vous dois la raison, et cette raison, la voici.
Travers singulier des observateurs : alors qu'une syphilide siège à la peau, on s'attache à en surprendre les moindres caractères, les détails objectifs les plus minutieux, afin de la catégoriser dans tel type, tel genre, tel sous-genre, telle variété, etc., et l'on s'empresse de chercher pour elle une appellation spéciale. Puis, s'agit-il d'une lésion des muqueuses, on ne s'occupe plus de l'étudier, de la caractériser, de la distinguer d'une lésion différente du même système, et moins encore de lui assigner une dénomination particulière; on l'appelle pteçne muqueuse, quelle qu'elle soit, et tout est dit. Plaque muqueuse cette lésion ; plaque muqueuse cette autre qui diffère de la précédente à tous égards,
376 SYPHILIÛES MUQUEUSES.
moins le siège ; plaque muqueuse encore celte troisième, également distincte des deux premières. Tout ce qui se produit sur le tégument muqueux est dit plaque muqueuse; et les mêmes observateurs, qui s'arment d'une loupe pour différencier à la peau des nuances insaisissables à l'œil nu, consentent à réunir en un même type et sous un même nom des lésions grossièrement dissemblables, alors que ces lésions siègent sur le tégument muqueux. A ce point — rapprochement très exact — que nos descriptions actuelles des sypliilides muqueuses semblent faites sur le patron de celles que nous ont léguées, relativement aux syphilides de la peau, les médecins du xv' siècle. Ces vieux auteurs n'avaient qu'une dénomination pour toutes les éruptions cutanées du Mal français : ils les appelaient toutes indistinctement pustules, pustulœ. Faisons-nous autre chose, nous, aujourd'hui, alors que nous confondons toutes les éruptions du tégument muqueux sous la désignation unique de plaque muqueuse?
Si l'on voulait définir ce qu'on entend aujourd'hui par plaque muqueuse, on arriverait à cette caractéristique burlesque de la lésion : la plaque muqueuse est une érosion, à moins que ce ne soit une papule; — c'est une papule, à moins que ce ne soit une ulcération; — et c'est une ulcération, à moins que ce ne soit une tumeur; — car ce que l'on comprend sous ce terme collectif est à la fois érosion, papule, ulcération et tumeur.
Cette critique, qui reproduit exactement l'état actuel de la nomenclature en faveur, légitimera à vos yeux, je l'espère, la nécessité de renoncer à ce vieux mot de plaque muqueuse, de démembrer cette unité factice, et de différencier par des dénominations spéciales les types essentiellement divers que présentent les syphilides du tégument muqueux. Il est urgent, il est indispensable défaire pour ces lésions ce qui a été fait pour les syphilides de la peau, c'est-à-dire d'y introduire une classification et une nomenclature basées sur des caractères cliniques réels et importants. C'est là ce que j'essayerai de réaliser dans l'exposé qui va suivre.