SIÈGE
OÙ se produisent les syphilides muqueuses?
Sur les muqueuses d'abord, cela va sans dire. Mais toutes les muqueuses ne sont pas également affectées par ces lésions. Deux en sont le siège sinon exclusif, du moins le plus habituel, à savoir :
1° la muqueuse génitale;
2° la muqueuse buccale.
Ces deux muqueuses constituent, pour les lésions qui nous occupent actuellement, de véritables foyers de prédilection.
Les mêmes accidents se rencontrent encore, mais moins communément, sur d'autres muqueuses, sur celles de l'anus, du pharynx, du larynx, des fosses nasales, des paupières, etc.
Peut-être bien se développent-ils aussi parfois sur les muqueuses internes, soustraites à notre examen, sur celles des bronches ou de l'intestin, par exemple. Mais jamais, que je sache, on ne les y a signalés, au moins d'une façon péremptoire, anatomique.
En second lieu, les syphilides muqueuses s'observent sur certaines régions du tégument cutané qui se rapprochent des muqueuses par des conditions anatomiques spéciales, telles que finesse et humectation habituelle de la peau, plicatures ou froncement de la peau, adossement de surfaces en contact permanent, etc. C'est pour l'une ou l'autre de ces raisons qu'il n'est pas rare de rencontrer ces lésions au voisinage de la vulve (face externe des grandes lèvres, périnée, plis génito-cruraux), à la marge de l'anus, sur la face interne et supérieure des cuisses, dans le pli interfessier, à l'ombilic, à la face inférieure du sein (spécialement chez les femmes qui ont les mamelles volumineuses et pendantes), à l'aisselle, dans le sillon auriculo-tcmporal, dans tous les plis de la peau qui résultent de l'obésité, etc.
Cette dernière variété de lésions (syphilides muqueuses de la peau) est sans contredit beaucoup plus commune chez la femme que chez l'homme.
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A quelle période de la maladie se développent les syphilides muqueuses?
Ce sont des lésions essentiellement et exclusivement secondaires; — secondaires chronologiquement, par l'époque où elles se manifestent; — secondaires aussi cliniquement, anatomiquement, par leurs caractères de lésions bénignes et superficielles.
Assez souvent les syphilides muqueuses sont les jjremiers accidents qui succèdent au chancre. Gela s'observe surtout chez la femme. Journellement il nous arrive, dans cet hôpital, de voir de petites papules de la muqueuse vulvaire inaugurer, à côté du chancre, le début même de la période secondaire.
Pendant toute la durée de cette période, c'est-à-dire pendant les deux ou trois premières années de l'infection, les syphilides muqueuses sont à l'ordre du jour d'une façon permanente, si je puis ainsi parler. Ce sont les accidents qui se produisent et se répètent le plus souvent chez les malades non traités ; ce sont de même ceux auxquels les malades traités échappent le plus difficilement.
Enfin, il n'est pas rare que les syphilides muqueuses s'observent comme derniers accidents de la période secondaire, au terme ultime de cette période, voire au delà. Parfois, chez des malades qui ont fait un long traitement, la diathèse presque épuisée ne se manifeste plus, comme derniers phénomènes, que par quelques légères, insignifiantes éraillures du tégument muqueux, et cela plusieurs années après le début de l'infection.
Bien que variées de formes et d'aspect, les syphilides muqueuses présentent un certain nombre de caractères généraux et communs, qu'il y aura quelque avantage à spécifier d'une façon préalable avant d'aborder la description particulière de chaque espèce.
I. — Rappelons d'abord que ce sont toutes des lésions à développement spontané dans le cours de la maladie, lésions se produisant, comme les syphilides, comme tous les accidcnis consécutifs, sous la seule influence de la disposition acquise, de l'impulsion diathésique.
Cela va de soi, sans aucun doute. Gela cependant n'est pas inu-
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lile à dire. Car il ne faudrait pas remonter bien huul dans l'hisloire de la science pour trouver des exemples de syphilides muqueuses imputées au fait d'une contagion récente et surajoutée. Tels sont entre autres ces cas nombreux de syphilides anales ou péri-anales qui, de nos jours même, ont parfois éveillé le soupçon d'une conlamination in situ. Tels sont de même les cas dans lesquels des nourrices ont été accusées d'avoir transmis à leurs nourrissons des syphilides muqueuses de la bouche, alors que ces lésions n'étaient pour l'enfant que la conséquence naturelle d'une infection héréditaire.
II. — Les syphilides muqueuses sont toutes sécrétantes. De là le nom de syphilides humides qui leur est souvent appliqué.
A quelque variété qu'elles appartiennent, toutes ces syphilides sécrètent plus ou moins ; peu, quand elles sont simplement érosives; davantage, quand elles sont ulcéreuses.
A ce caractère se rattache un intérêt considérable que vous allez comprendre dans un instant.
ni. — Les syphilides muqueuses sont toutes des lésions non inoculables aux sujets qui les portent, ou, comme on dit en langage Icchnique, non auto-inoculables.
Recueillez sur la pointe d'une lancette une gouttelette du liquide fourni par ces lésions, et inoculez ce liquide sur le sujet même auquel vous l'aurez emprunté, vous n'obtiendrez rien; votre inoculation restera toujours, toujours et absolument stérile.
Cette expérience a été faite des milliers de fois. Je l'ai répétée pour ma part presque à satiété, et je la laisse répéter journellement à mes élèves parce qu'elle est aussi inoffensive que possible. Toujours et invariablement les résultats en restent négatifs.
Il existe cependant et vous trouverez dans les annales de la science quelques faits contradictoires, tendant à démontrer que les syphilides muqueuses peuvent, dans de certaines conditions, être inoculées avec succès aux sujets qui les portent. Ces quelques faits isolés ne sauraient prévaloir contre la masse énorme d'observations que nous sommes en mesure de leur opposer, ni contre
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les résulUUs de l'expérience générale. Il n'entre pas dans mon sujet de vous les exposer ici et d'en instituer la critique. De tels faits d'ailleurs, à mon sens, ne sont guère explicables que par une erreur commise sur la nature du liquide inoculé ou par une fausse interprétation du résultat obtenu. Quoi qu'il en soit, ce qui est indéniable, c'est que, dans les conditions habituelles où elle est pratiquée, l'auto-inoculation à la lancette des produits sécrétés par les syphilides muqueuses reste toujours et invariablement négative.
IV. — Les syphilides muqueuses sont toutes des lésions de caractère contagieux.
Voilà, messieurs, ce qu'il est importantque nous sachions, nous 'médecins, ce qu'il est bien essentiel que nous disions, que nous répétions aux gens du monde, à nos clients, a tout le monde; car c'est là une vérité des plus utiles à propager.
Vous savez que longtemps, sur la foi d'hommes considérables dans la science, on a nié la contagiosité des syphilides muqueuses ou des lésions secondaires en général. « Le chancre seul, disaiton, est contagieux; lui seul peut transmettre la vérole ». C'était là une erreur, une erreur des plus graves. Pendant de longues années la question a été agitée et résolue en divers sens; elle est aujourd'hui définitivement jugée, car l'expérimentation s'est prononcée sur elle de façon à convaincre les plus incrédules. Et en vérité, soit dit incidemment, il n'était guère besoin d'expérimrîntations pour démontrer ce que la clinique depuis longtemps ne laissait pas douteux.
Oui, sans la moindre réserve, sans la moindre arrière-pensée, oui, les syphilides muqueuses et, d'une façon plus générale encore, les accidents secondaires de forme suppurativc possèdent la faculté contagieuse. Je vais même plus loin pour ma part, et je n'hésite pas à vous dire : c'est à cet ordre d'accidenis (les syphilides muqueuses) que s'alimente surtout la vérole; ce sont les syphilides muqueuses qui, plus que tout autre symptôme syphilitique, fomentent et perpétuent la vérole dans notre société.
Telle est du moins la conviction à laquelle m'ontconduit les recherches qu'il y a déjà une quinzaine d'années j'ai entreprises sur
la source de la contagion sypliilitiqnc et que j'ai toujours poursuivies depuis ce temps.
Quelles sont en effet les origines de ces contagions si fréquemment transmises de nourrissons à nourrices? — Des accidents secondaires <ies muqueuses, toujours et invariablement.
Quelles sont les origines de ces contagions (bien plus nombreuses, hélas, qu'on ne saurait le supposer à priori) transmises dans le mariage, de l'époux à l'épouse?^ — Presque toujours des syphilides des muqueuses. J'aurais sur ce point plus de 150 observations à mettre sous vos yeux, témoignant toutes dans le même sens^
Quelles sont, dans la classe aristocratique ou bourgeoise de notre société parisienne, les origines les plus communes de ces syphilis contractées dans une liaison avec une maîtresse, une fille à la mode, une célébrité du demi-monde? Presque toujours encore des accidents secondaires des muqueuses.
Quelles sont enfin les origines de ces contagions si nombreuses que versent à flot dans les basses classes et même dans toutes les classes les maisons de tolérance (soi-disant surveillées) et la prostitution hbre, clandestine? Encore et toujours les syphilides des muqueuses, du moins pour la grande majorité des cas.
Et comment, d'ailleurs, pourrait-il en être autrement? Si les syphilides des muqueuses fournissent à la contagion un contingent bien supérieur à celui du chancre, c'est qu'il faut que cela soit ainsi par la force des choses. Jugez-en.
D'une part, les syphilides muqueuses sont infiniment plus fréquentes que le chancre. Le chancre ne se produit qu'une fois sur un malade syphilitique, et cela pour une durée de quelques semaines; les syphilides muqueuses figurent cinq, dix, quinze, vingt ibis dans le cours d'une vérole, et se répètent parfois à satiété dans les trois ou quatre premières années de l'infection. — Ces syphilides, d'autre part, affectent des sièges multiples. — Ce sont déplus des lésions souvent ignorées, à force d'être bénignes. — Ce sont enfin des accidents souvent assez tardifs et se produisant ù une époque où les malades, croyant en être quittes avec la vé-
1. Voyez Syphilis et mariage. Leçons du môme aulcur, Paris, 1880.
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rôle, ne se tiennent plus en garde contre le risque de la communiquer. Tontes ces conditions et d'autres que je passe sous silence rend enl les syphilides muqueuses essentiellemenl fécondes en contagions, et vous voyez que, sur ce point, les inductions rationnelles sont en parfaite harmonie avec les résultats de la pratique.
V. — Les syphilides muqueuses sont des lésions douées d'une faculté surprenante de récidive, d'une puissance vraiment extraordinaire de repullulation .
La fréquence des récidives est un trait presque caractéristique des syphilides muqueuses. Il n'existe certainement pas, dans toute la syphilis, un accident qui puisse leur être comparé à ce point de vue et qui présente une égale tendance à se répéter, à se reproduire. C'est là une particularité curieuse, sur laquelle j'aurai bien des fois l'occasion de revenir dans l'exposé qui va suivre.
YI. — Les syphilides muqueuses, enfin, sont presque toutes des lésions remarquables par leur facile curabilité, laquelle ne laisse pas de contraster parfois avec une apparence plus ou moins grave.
Si ces lésions se présentaient toujours sous-une forme bénigne, il n'y aurait rien d'étonnant à ce qu'elles eussent invariablement une évolution rapide et une terminaison favorable. Mais telle n'est pas leur allure dans tous les cas. Ce qu'il y a de curieux, c'est que souvent elles ont une apparence vraiment menaçante et qu'elles n'en cèdent pas moins en quelques jours au traitement le plus simple, du moins pour l'énorme majorité des cas. Elles diffèrent en cela notamment des syphilides cutanées correspondantes, bien autrement rebelles en général, plus tenaces, moins aisément résolutives.
Cela dit sur les caractères généraux de ces lésions, venons à leur description générale.
Ilestindispensable ici, je vous le répète, de romjire avec la tradition routiuièrc qui s'obstine à confondre en un seul type les syphilides muqueuses de tout genre. 11 est indispensable de décrire séparément et de différencier par des appellations spéciales des formes pathologiques essentiell:monl diverses.