‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 117 sur 263 · SYPHILIDES MUQUEUSES DE LA VULVE · texte numérisé non relu

SYPHILIDES MUQUEUSES DE LA VULVE

Cela dit sur les syphilidcs cutanées de la vulve, rentrons dans notre sujet; les syphilides muqueuses seules vont nous occuper actuellement.

Les syphilides muqueuses vulvaires sont d'une fréquence excessive, à ce point que peu de femmes syphilitiques y échappent, surtout dans la basse classe de la société.

Comme siège, on les rencontre d'abord sur toute l'étendue de la muqueuse vulvaire, à savoir, par ordre de fréquence : sur les grandes lèvres (c'est là qu'elles sont de beaucoup les plus communes) ; — sur les petites lèvres ; — dans le sillon qui sépare les nymphes des grandes lèvres; — sur l'appareil clitoridien (capuchon et clitoris) ; — à la fourchette ; — dans l'infundibulum vulvovaginal; — sur le vestibule.

En second lieu, il est très fréquent de les observer sur les régions cutanées vulvaires ou péri-vulvaires, sur la face externe des grandes lèvres, dans les plis génilo-cruraux, sur le périnée, sur la partie supéro-interne des cuisses, et jusqu'aux aines. C'est qu'en effet toutes ces régions présentent, pour la transformation des éruptions sèches en éruptions humides, un ensemble de conditions des plus favorables, telles que finesse des téguments, chaleur et moiteur habituelle, adossement et frottement réciproque des parties, humectalion accidentelle provenant des sécrétions vaginales, des règles, de l'urine, etc.

Au point de vue symptomatologique, les syphilides muqueuses se présentent à la vulve sous les quatre formes primordiales que nous avons décrites précédemment comme constituant d'une façon générale toutes les éruptions des muqueuses. C'est dire que nous allons rencontrer sur cette région :

des syphilides érosives;

des syphilides papulo-érosives;

des syphilides papulo-hypertrophiques;

et enfin des syphilides ulcéreuses.

SVPHILIDES VULVAIRES.

PREMIER TYPE : Syphilide érosive.

Le nom seul de celle lésion indique ce qu'elle est. Elle consisle en des érosions superficielles du derme muqueux, superficielles au poinl d'effleurer seulement la muqueuse et d'être constituées par de simples exfolialions épilhéliales.

Ces érosions sont généralement petites, limitées, variant de l'étendue d'une lentille à celle d'une pièce de 20 ou de 50 centimes.

Elles n'ont pas déforme particulière, spéciale. Il est assez fréquent qu'elles soient arrondies, mais elles peuvent tout aussi bien être elliptiques, ovalaires, allongées suivant le sens d'un sillon muqueux, fissuraires, etc.

Elles sont pia^es, sans relief, de niveau avec les parties circonvoisines.

Elles fournissent une sécrétion minime de sérosité jaunâtre, pyoïde plutôt que purulente.

Leur coloration rougeâtre n'est autre que celle du derme muqueux dénudé.

Leur physionomie n'offre rien de spécial, et c'est en vain qu'on y chercherait un caractère propre à les dilTérencier des érosions les plus vulgaires.

Indolentes, aprurigineuses, elles sont souvent négligées par les malades qui les considèrent comme des « écorchures, comme d'insignifiants boutons D. Fréquemment aussi elles passent inaperçues cl peuvent même être ignorées de bonne foi, ce qui ne les rend que plus dangereuses au point de vue de la contagion. Comment une femme, enelîel, soupçonnerait-elle que d'une lésion aussi bénigne puisse dériver une contagion grave?

La syphilide érosive vulvairesc compose généralement d'un certain nombre de ces érosions groupées au voisinage les unes des autres, d'une demi-douzaine à une douzaine en moyenne. Il peut en exister bien davantage, comme aussi beaucoup moins. Chez les malades anciennement traitées ou en cours de Iraitemciil, l'ôrup-

TYPE ÉROSir. 389

lion se borne parfois à deux ou trois de ces peliles lésions, voire à une seule.

De toutes les syphilides muqueuses, celle dont nous traitons actuellement est à coup sûr la plus bénigne. Bénigne n'est même pas le qualificatif qui lui convient; c'est inoffensive, anodine, msi^ni- ^rtw/e, que j'aurais dû dire. Elle guérit en effet le plus iacilement du monde et presque d'un jour à l'autre sous l'influence des moindres soins. Lavez ces érosions avec un liquide quelconque, recouvrez-les d'une poudre isolante (telle que l'oxyde de zinc) et d'une couche d'ouate, cela suffira pour en Taire justice dans l'espace de vingt-quatre à quarante-huit heures.

Le diagnostic, en revanche, en est assez souvent plus difficile que le traitement, et vous pourrez dans certains cas éprouver un embarras réel à différencier ces lésions soit d'écorchures simples, soit d'érosions herpétiques ou inflammatoires. Deux mots à ce sujet.

La syphilide érosive n'a pas un seul caractère absolu qui la distingue de la plus simple éraillure. Il peut donc se faire que les difficultés imprévues ou les circonstances spéciales d'un cas particuher mettent le praticien le plus expert dans l'impossibiHté d'instituer sur ces lésions un diagnostic certain. En général, toutefois, les érosions syphilitiques se différencient des érosions traumatiqiies, des écorchures du coït, etc., par leur multiplicité habituelle, leur forme arrondie, leur étendue en sui-face, leur indolence, leur siège sur des régions qui n'ont pas l'habitude d'être tiraillées ou déchirées dans funion sexuelle, etc. D'ailleurs la présence d'autres manifestations spécifiques et les commér-voratifs viennent le plus souvent éclairer la question.

De même, les érosions inflammatoires, telles que celles de la vulvite érosive, pourront être le plus habituellement (je ne dis pas toujours) distinguées des érosions syphilitiques par leur étendue plus considérable, leur configuration moins régulière, leur coloration plus rouge, plus animée, leur sécrétion plus abondante, leur caractère plus douloureux, etc. Les accidents de plilcgmasie périphérique viendront d'ailleurs en aide au diagnostic.

3^0 SYPHILIDES VULVAIRES.

L'herpès enfin est la lésion qui se rapproche le plus de la s\ philide érosive el qu'on risque surtout de confondre avec elle. Il s'en différencie, toutefois, parce qu'il est généralement prurigineux, surtout à son début, et parce que ses érosions sont plus petites, parfois même simplement miliaires, mieux circonscrites, plus régulièrement cerclées, et réunies assez volon tiers en groupes ou bouquets à contour polycyclique.

DEUXIÈME TYPE : SypMlide papulo-érosive.

(Synonymie : syphilide papulo-niuqueuse, papuleiise humide, tubercule muqueux, tubercule plat, papule muqueuse, etc.).

C'est là sans contredit la forme la plus commune, je dirai même la forme banale des syphilides vulvaires. Elle mérite à ce titre toute notre attention.

Comme lésion, elle consiste en ces deux caractères :

i° C'est nne papule;

2° C'est une papule humide, sécrétanle.

Venons aux détails. — D'abord c'est wnc papule, et je n'ai plus besoin de vous dire que ce mot implique, cliniquement, l'existence d'une saillie dermique, et, histologiquement, celle d'un néoplasme d'où résulte la saillie, le soulèvement du derme.

Comme forme, cette papule est aplatie, discoïde. C'est même, à vrai dire, un plateau, plus exactement encore qu'une papule. Ce plateau est légèrement surélevé au-dessus du plan des parties voisines. On dirait que, pour le constituer, l'exsudation néoplasique s'est étalée en forme de ménisque, induction que vérifie d'ailleurs complètement l'examen histologique de la lésion.

La papule muqueuse est presque toujours arrondie, circulaire. Très souvent même elle est si régulièrement cerclée qu'on la dirait faite au compas. Dans ce dernier cas, orbiculaire de contour et convexe de relief, elle ressemble tout à fait ;\ une petite pasiille qu'on aurait déposée sur les téguments. — D'autres fois elle est ovalairc, allongée, elliptique, etc. — Il est bien rare qu'elle s'écarte de la forme cerclée, et l'on peut dire que, de toutes les lésions

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syphilitiques, c'est elle qui se montre le plus fidèle à cette configuration particulière.

Ses proportions habituelles varient entre le diamètre d'une lentille et celui d'une pièce de 50 centimes. Parfois cependant on trouve des papules comparables comme étendue à une pièce d'un franc; il en est enfin, mais' plus rarement, qui excèdent quelque peu cette dimension.

En second lieu, la surface de la papule muqueuse est dénudée, privée de l'épithélium qui revêt normalement le derme muqueux. Elle est donc )iumide et sécrétante, comme une érosion, comme une plaie. Elle ne fournit toutefois qu'un suintement léger de sérosité trouble, qui tache le linge à la façon du liquide d'un vésicatoire, et dans laquelle le microscope révèle un mélange de leucocytes et de cellules épithéliales. — Ce suintement, si peu que les papules soient un peu nombreuses, exhale une odeur fade, légèrement fétide, laquelle, quoi qu'on en ait pu dire, ne présente rien de spécial ni moins encore « de pathognomonique ». Par le défaut de pansements et la malpropreté, cette odeur s'exagère souvent assez, pour devenir nauséeuse et repoussante,

La surface érosive de la papule est tantôt lisse et unie, tantôt légèrement grenue et comme chagrinée. Assez variable comme teinte, ainsi que nous le dirons bientôt, elle se présente le plus habituellement avec une coloration d'un rose sombre. — Parfois elle est semée d'un pointillé blanchâtre, comme si on l'avait saupoudrée de grains de semoule.

La papule muqueuse est par elle-même essentiellement indolente. D'un bout à l'autre de son évolution elle ne détermine ni prurit, ni élancements, ni douleurs d'aucun genre. Ce n'est que lorsqu'elle vient à être irritée par les frottements, la marche, le défaut de soins, qu'elle provoque des démangeaisons plus ou moins vives, et qu'elle devient gênante, agaçante, plutôt encore que douloureuse. Coïncidemment alors sa surface rougit, sécrète davantage et fournit une matière plus franchement purulente.

Telle est la papule muqueuse considérée comme élément éruplif. Pai'lons maintenant de l'éruption qu'elle constitue.

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