‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 141 sur 263 · FORME CONFLUENTE; CHAPELETS CERVICAUX · texte numérisé non relu

FORME CONFLUENTE; CHAPELETS CERVICAUX

lion IhérapeuLique spéciale. Elles guérissent seules en effet, seules, et 95 ibis sur 100, pour le moins, il est absolument superflu de leur opposer, en dehors du traitement général de la diathèse, la moindre médication locale.

Leur véritable intérêt est donc surtout scientifique et séméiologique. Ce sont des indices, des témoins utiles à consulter dans les cas de diagnostic obscur, des signes propres à éveiller un soupçon, à mettre sur la piste de syphilis méconnues, ignorées ou dissimulées. A ce point de vue spécial, les adénopathies cervicales postérieures sont particulièrement significatives, et cela pour deux raisons : parce que, d'abord, de toutes les adénopathies secondaires ce sont les plus constantes; parce qu'ensuite elles occupent un siège où il est assez rare que d'autres affections développent des engorgements ganglionnaires. La scrofule elle-même, celle de toutes les maladies qui affecte le plus fréquemment les glandes cervicales, se porte avec une préférence marquée sur la région cervicale antérieure, et n'intéresse que d'une façon relativement rare les ganglions de la nuque. Il est exceptionnel en tout cas qu'elle atteigne uniquement ces derniers, comme le fait la syphilis. Sous ce rapport même, il existe entre ces deux diathèses, scrofule et vérole, une opposition singulière dont le diagnostic peut tirer parfois un utile parti.

Je viens de vous présenter. Messieurs, les adénopathies secondaires sous la forme qu'elles affectent ordinairement (dix-neuf lois sur vingt environ, pour fixer une moyenne). Je dois ajouter actuellement qu'elles s'écartent parfois de ce type — type normal en quelque sorte — pour revêtir une allure autre. Elles diffèrent alors de la forme morbide que nous venons de décrire, et cela à deux points de vue : d'une part, comme multiplicité, comme confluence de glandes affectées, et, d'autre part, comme caractères de lésions.

Le plus habituellement les adénopathies secondaires sont dis-

478 ADÉNOPATHIES SECONDAIRES.

crêtes. La règle est de trouver quelques ganglions à la nuque, quelques autres au niveau des amygdales ou sous la mâchoire, et c'est tout. Mais en certains cas, chez la femme notamment, il n'en est plus ainsi, et l'on observe des adénopathies multiples, qui, par leur multiplicité même, s'écartent des cas usuels. Il n'est pas rare de la sorte de constater de nombreux ganglions dans chaque rainure du trapèze, sous l'occiput, aux apophyses mastoïdes, dans les régions parotidiennes, sous-maxillaires, sushyoïdiennes, péri-pharyngées, cervico-latérales, etc. Ces ganglions multiples présentent tous les caractères des adénopathies que nous avons décrites précédemment; ils sont seulement un peu plus volumineux que de coutume. Quelquefois ils sont lellement nombreux qu'ils forment de véritables chapelets qui descendent de l'occiput au milieu du cou, et de la région parotidienne au creux sus-claviculaire. Ce sont là les chapelets cervicaux de la vérole.

Parfois même ces engorgements glandulaires se propagent à d'autres régions, telles que l'aine, l'aisselle, etc. On croirait presque avoir affaire alors à une véritable adènie d'origine syphilitique.

C'est à cette forme d'engorgement glandulaire multiple, confluent, qu'il convient, je crois, de réserver le nom de glandage secondaire.

Nous observons assez fréquemment ici ce glandage secondaire. La femme y est-elle plus prédisposée que l'homme, et cela par son tempérament, sa constitution, ses tendances lymphatiques? 11 me semble rationnel de le croire.

Nous avons précisément dans nos salles, actuellement, une femme affectée de ces adénopathies secondaires à forme conflucnto. La voici. Inutile de vous renseigner sur le diagnostic ; vous le voyez écrit sur le visage, où s'élalc une syphilidc papulo-squameuse des plus typiques. Veuillez explorer sur cette malade la nuque, les régions mastoïdiennes, sous-occipitales, parolidienne>, sous-maxillaires, sus-hyoïdiennes, péri-pharyngées, cervicales antérieures, cervicales inférieures. Vous trouverez toutes ces régions farcies de glandes, passez-moi l'expression. Glandes ici, glandes là, glandes partout, et en grand nombre. Comi)lez ces

FORME SYPHILO-STRUMEUSE. 479

o-landes comme je l'ai fait ces derniers jours; vous en trouverez une trentaine environ. — C'est là, Messieurs, le glandage syphili- (iq^ie, — Et ne croyez pas que ce glandage ait atteint, sur la malade que je viens de vous présenter, le maximum auquel il puisse parvenir. Je l'ai vu bien plus confluent encore chez certains sujets.

Est-il quelque élément pronostique à lirer de cette multiplicité, de cette confluence insolite des adénopathies secondaires ? Oui, dans une certaine mesure. J'ai remarqué — et je n'ai pas été le premier à faire cette remarque — que le grand nombre, le développement exagéré et la dissémination des glandes sur plusieurs régions coïncident assez fréquemment avec des manifestations syphilitiques plus ou moins sérieuses, notamment avec des troubles intéressant la vie splanchnique. J'ai vu plusieurs fois le glandage secondaire s'accompagner d'une anémie marquée, avec pâleur, décoloration chlorotique des téguments, faiblesse générale, alanguissementdes fonctions nutritives, palpitations, essoufflement, désordres nerveux, etc. — Il serait même curieux de savoir si le nombre des globules blancs du sang n'est pas augmenté dans les cas de ce genre, d^ façon à constituer une leucémie passagère. C'est là un point très digne d'attention, que l'examen microscopique élucidera quelque jour.

Sans doute, c'est encore une raison de tempérament, de prédisposition constitutionnelle, qui imprime parfois aux adénopathies secondaires, chez la femme particulièrement, une modification d'un autre genre qu'il me reste à vous signaler. Voici ce qu'on observe en certains cas.

Les adénopathies commencent par se produire sous leur forme habituelle. Puis, au lieu de se borner au développement minime qu'elles ne dépassent guère en général, elles continuent à s'accroître et deviennent volumineuses, grosses comme une noix, comme un marron; voire, mais cela est plus rare, comme un œuf de poule. Elles simulent alors complètement sous cette forme les engorgements glandulaires de la scrofule. Aussi méritent-ellesjustement le nom d'adénopathies strumoïdes ou syphilo-slrumeuses.

Arrivées à ce degré de développement, ou bien elles se résolvent

•480 ADÉNOPATUIES SECONDAIUES.

après être restées longtemps, très longtemps stationnaires, ou bien elles s'enflamment. Dans ce dernier cas, elles deviennent douloureuses, s'immobilisent, s' empâtent, suivant le terme consacré, et se massent tant avec le tissu cellulaire ambiant qu'avec les téguments voisins qui rougissent à leur niveau. Il est encore possible quelquefois, grâce à un traitement antiplilogistique appliqué de bonne heure, d'enrayer les progrès de ces adénopathies strumo-phlegmasiques et du phlegmon périganglionnaire qui les accompagne. Le plus souvent, toutefois, on ne réussit pas à empêcher la formation du pus. Un abcès alors se constitue. Convenablement traité, ouvert à temps, drainé, cet abcès suit les phases habituelles d'un abcès chaud ou d'une suppuration ganglionnaire aiguë, et se ferme rapidement après s'être évacué. Mais en d'autres conditions, lorsque surtout l'on a affaire à des malades lymphatiques ou scrofuleux, l'abcès, bien que vidé, ne se cicatrise pas, reste fistuleux, et fournit pendant longtemps une certaine quantité de pus. C'est à ces suppurations ganglionnaires chroniques de la vérole qu'on a pu, sans exagération, donner le nom d'ecroiielles secondaires.

Les dernières formes d'adénopathies dont nous venons de parler se produisent de préférence sur certains ganglions, sur ceux notamment des régions cervicales antérieures, au-devant et mémo au-dessous du sterno-masloïdien, sur ceux des régions sous-maxillaires, péri-maxillaires, sus-hyoïdiennes. — J'ai vu quelquefois, mais bien plus rarement, les glandes de l'aine affectées de ce mémo genre de lésions.

C'est chez la femme surtout. Messieurs, bien plus souvent quo chez l'homme, qu'il vous sera donné d'observer ces bubons strumophlegmasiques de la syphilis secondaire. Il existe à ce point do vue une sensible différence d'un sexe à l'autre. j

Il n'est pas contestable que ces bubons soient favorisés dan^ leur développement par le tempéi-ament lymphatique et les prédispositions strumeuses. Ce qui n'est pas moins certain, toutefois, c'est qu'on les voit en quelques cas se produire sur des su-1 jets exempts de tout antécédent strumcuxet ne paraissant pas

FORME SYPIIILO-STRUMEUSE. 181

entachés de scrofule. J'affirme, pour ma part, les avoir rencontrés plus d'une fois chez des malades jouissant, en apparence au moins, d'une constitution moyenne et d'un tempérament sain.

Liorsque nous assistons au développement d'adénopalhies de ce genre sur des malades connus, que nous avons depuis longtemps sous les yeux, il est simple et facile d'en suivre la pathogénie, c'est-à-dire de surprendre le lien qui les rattache à la diathèse. Mais supposez que de telles lésions se présentent à un médecin qui ■ne soit pas éclairé sur les antécédents diathésiques de son malade (et les malades syphilitiques ne s'empressent pas toujours de nous renseigner sur leurs antécédents spéciaux) ; dans ce cas, l'origine spécifique de ces adénopathies courra grand risque d'être méconnue. Elle l'est souvent en effet, très souvent. C'est pour cette raison, n'en doutez pas, que les adénopathies secondaires de forme strumoïde ou inflammatoire passent pour être beaucoup plus rares qu'elles ne le sont en réalité. Elles trompent les médecins. On les rapporte trop facilement à des causes banales. On les accepte trop facilement pour de simples bubons inflammatoires ou strumeux, sans remonter à leur origine première et véritable. On ne soupçonne pas assez la vérole de pouvoir déterminer de sem- ;blables lésions. Et la vérité cependant, c'est que la vérole leur sert fréquemment d'origine; fréquemment, car il ne se passe pas d'année où une douzaine de cas de cet ordre, en moyenne, ne se j)résente ici à notre observation. Tenez-vous donc pour avertis, ."MessieurSjCt en présence d'adénopathies de cet ordre ne négligez pas, si vous voulez instituer un diagnostic précis, d'interroger vos malades sur leurs antécédents, ne négligez pas de rechercher soigneusement les témoignages d'une infection secondaire. Nul ■doute qu'en plus d'un cas vous ne parveniez de la sorte à jeter la lumière sur l'étiologie mystérieuse de certains bubons. — C'est là, Messieurs, un détail de clinique et de pratique que je recommande à toute votre attention.

Un dernier mot. Depuis que je suis dans cet hôpital, j'ai vu plusieurs fois se développer sur mes malades syphilitiques des 'Ubcès rétro-pharyngiens qu'aucune raison, aucune cause locale ne

FOUKNIER. 31

Page 1