CARACTÈRES DE SPÉCIFICITÉ
phlegmasie, elle conserve, en effet, une certaine teneur froide, aphlegmasique. Elle est à l'iritis vulgaire (cette comparaison vous fera comprendre ma pensée) ce qu'un exanthème syphilitique est à une éruption fébrile, ce que la roséole, par exemple, est à la rougeole '■.
11^ __ Second point : l'iritis syphilitique est bien plus indolente que les autres variétés d'iritis.
Cela n'est, à vrai dire, qu'un corollaire de la proposition qui précède. La douleur se mesurant, en général, à l'intensité du processus phlegmasique, il est tout naturel que l'iritis spécifique, variété relativement froide, soit moins douloureuse que d'autres variétés de caractère plus aigu, plus franchement inflammatoire.
Il n'est même pas rare que l'iritis syphilitique soit presque absolument indolente. Sur nombre de malades j'ai vu des phlegmasies iriennes, d'origine spécifique, ne déterminer que d'insignifiantes douleurs orbitaires et rester exemptes de toute irradiation névralgique, de tout larmoiement, de tout signe de réaction locale, et notamment de photophobie.
De là, Messieurs, cet enseignement pratique: lorsque vous rencontrerez une iritis qui s'est produite et qui évolue sans grands phénomènes d'acuité, qui a débuté lentement et sourdement, qui n'excite que peu de douleurs, peu ou pas de larmoiement, peu ou pas de photophobie, qui n'a qu'un cercle périkératique peu développé; lorsque, dis-je, vous rencontrerez une iritis qui procède en apparence de la façon la plus bénigne, qui n'inquiète pas les malades,qnï les laisse presque indifférents, méfiez-vous ; méfiez-vous, car il y a toute chance pour que la vérole soit en cause, pour que vous ayez affaire à une iritis spécifique. Recherchez la vérole, et presque toujours vous la trouverez comme origine de la phlegmasie oculaire.
ni. — Troisième signe plus caractéristique encore que les précédents : production à la surface deViris, spécialement au niveau
1 . II faut reconnaître toutefois qu'en certains cas l'iritis sypiiilitique présente de réels piiénomcnes d'acuité : douleurs oculaires assez vives, irradiations névralgiques dans le crâne, photopliobie, larmoiement, insomnie, agitation, voire certain degré de réaction fébrile, etc. — Ces cas sont rares. Ils constituent ce qu'on pourrait appeler la forme aiguë ou mieux névralgique de l'alTcction.
du cercle piipillaire, Ao, petites tumeurs papuleuses,\\^mh^\\(tv'u[\\(t^ de forme, arrondies de contour, granuleuses d'aspect, du volume d'une demi-tête à une" tête d'épingle tout au plus S et de couleur variable (généralement d'un brun rougeâtre, quelquefois d'un rouge fauve, d'un jaune orangé, etc .). Le plus habituellement, on ne constate qu'une seule de ces petites tumeurs à la surface de l'iris ; parfois cependant on en a observé plusieurs -. Ce sont là les papules iriennes, qu'autrefois on appelait condylomes, que certains auteurs ont décrites sous les noms de tubercules, de végétations vasculaires, de vésicules, de pustules, d'abcès, de gommes, de syphilomes de l'iris \ etc... M. Ricord , qui a beaucoup étudié ces papules, les considérait comme constituant à la surface de l'iris une éruption analogue, identique même aux syphilides cutanées \ Il est de fait qu'elles représentent assez exactement comme aspect (et vraisemblablement aussi comme constitution histologique) les papules de la peau. Il est de fait encore qu'elles coïncident fréquemment avec des syphilides de ce genre. Comme exemple entre mille, voyez celte femme. D'une part, elle porte à la peau une éruption spécifique à petites papules; d'autre part, elle est affectée d'une iritis,et sur son iris vous distinguez très nettement une petite papule conoïde, rougeâtre, granuleuse, absolument semblable, d'aspect au moins, aux papules cutanées.
Ces papules iriennes, véritables néoplasies spécifiques, peuvent, dit-on, suppurer, « se transformer en pustules et s'ouvrir dans la chambre antérieure, en constituant un hypopyon ». Cela compléterait l'analogie dont nous venons de parler, et l'on aurait ainsi, à la surface de l'iris, de véritables syphilides pustuleuses correspondant aux sypiiilides pustuleuses delà peau. Ici toutefois l'ana-
1. On en a vu parfois de plus volumineuses. M. lo D>" Barbeyron en a observi- une « (le la grosseur d'un grain de blé » (Travail cité.)
2. Voir une belle pièce de ce genre déposée au musée de rinipilal Sl-Louis. (Collection particulière.)
3. De ririlis siiphililique, par Eugf-ne Carpentior. Rruxelles, 1871.
t. M. nicord avait même essayé d'établir un rapprochement de forme outre les diverses variétés d'iritis et les syphilides cutanées. « L'iritis purement couiiestivc, disait-il, correspond à l'érythème simple, à la roséole; l'iritis papnleuse est Tanaloguc des syidiilides papuleusos; l'iritis vésico-pustuleuse enliii s'observe avec les éruptions liumidcs, suppurativcs. »
PAPULES IRIENNES. 191
logic en question me paraît quelque peu forcée. La transformation purulente des papules iriennes, en effet, doit être excessivement rare, cardes auteurs très experts disent ne l'avoir jamais observée, d'autres même la nient complètement ^ Pour ma part, je ne l'ai pas encore rencontrée.
Faut-il considérer ces papules iriennes comme un signe pathoonomonique de syphilis ? Certes, en tant que lésions, ce sont, suivant toute apparence, des productions essentiellement et exclusivement syphilitiques. Mais nous ne pouvons les juger que cliniquement ; et, cliniquement, force nous est bien d'avouer qu'on rencontre parfois des élevures analogues de forme et d'aspect dans ■certaines affections iriennes non spécifiques, dans les ophthalmies scrofuleuses par exemple. Donc, ces papules ne constituent pas un témoignage absolu qui atteste infailliblement la syphilis, mais elles n'en sont pas moins des indices précieux qui doivent la faire suspecter et qui, dans la plupart des cas, suffisent à éclairer le médecin sur l'origine spécifique de la maladie.
En résumé donc, trois caractères, presque toujours associés, impriment communément à l'iritis syphilitique un cachet spécial et contribuent à la différencier des iritis vulgaires. Ces trois caractères sont, je vous le répète :
1° La teneur subaitinë de la maladie;
"i" Son indolence relative ;
3° Et surtout le développement à la surface de l'iris d'une sorte d''éruption papuleuse (s2/p/u7if/e irienne pcqmleuse).
De ces trois signes nous pouvons encore rapprocher le suivant qui vient s'y adjoindre en certains cas pour compléter le diagnostic différentiel. Celui-ci est moins habituel, moins commun, à beaucoup près, que les trois autres; mais, quand il existe, il témoigne
•1. C'est l:i ce que dit M. de Weckcv {Maladien des yeux, t. I,p. 387) : « La transformation purtilentcde ces vcj^élations de l'iris qu'on trouve rapportée dans les auteurs et qui se compliquerait de la production d'un liypopyon considérable, doit être excessivement rare, car des observateurs très expérimentés la nient complètement. Aussi ne faut-il pas rapporter Taspcct jaunâtre que prennent parfois ces boutons, à une certaine époque do la maladie, à une collection de pus dans leur épaisseur; souvent on a pu se convaincre par des incisions qu'ils étaient composés de masses solides. »
presque à coup sûr de la spécificité de la maladie. Il consisle simplement en ceci : coïncidence avec Virilis (T autres phlegmasies oculaires, telles que choroïdite, rétinite, névrite optique, kératite diffuse, kératite ponctuée, sclérite \ De toutes les iritis, en effet, c'est sans contredit l'iritis d'origine syphilitique qui tend le plus à éveiller vers d'autres membranes de l'œil des complications contemporaines ou successives.
L'évolution et la durée de l'iritis spécifique sont des plus variables. Abandonnée à elle-même, l'affection dure toujours assez longtemps et finit par s'éteindre, mais en laissant à sa suite des déformations, des adhérences, des troubles visuels plus ou moins accusés ; souvent aussi elle se propage à d'autres membranes et se complique de lésions graves du fond de l'œil, lesquelles peuvent aboutir à la cécité absolue. Soumise au traitement spécifique, elle guérit au contraire sûrement ; sûrement, je puis le dire, car je n'ai pas encore vu, pour ma part, un seul cas d'iritis qui, pris à temps et convenablement traité, se soit terminé d'une façon fâcheuse. En moyenne, lorsque surtout elle est attaquée de bonne heure, la maladie demande dix à vingt ou vingt-cinq jours pour rétrocéder et disparaître. Elle est plus rebelle lorsqu'elle a été négligée à son début (ce qui n'est que trop fréquent); dans ces conditions, elle résiste en général plusieurs semaines. J'ajouterai enfin qu'en certains cas assez rares elle ne s'amende que plus lentement encore. Elle peut même présenter soit des recrudescences, soit de véritables récidives dans le cours du traitemenl ; cela toutefois ne s'observe que d'une façon assez exceptionnelle.
Quel est le traitement applicable à cette maladie?
Ce traitement se résume en deux mots : atropine et mercure; — mercure comme modificateur spécifique, comme médication de fond, si je puis ainsi parler ; — atropine, comme moyen de dilater la pupille, d'éviter les déformations, de prévenir les synéchies, etc., et peut-être aussi comme agent antiphlogistique, ayant pour effet mécanique de diminuer le volume des vaisseaux irions.