‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 173 sur 263 · VINGT-DEUXIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-DEUXIÈME LEÇON

AFFECTIOJVS SECONDAIRES DU SYSTÈME JVERVELX..

Sommaire. — La syphilis de la femme diffère surtout de celle de l'homme par sa tendance aux accidents nerveux. — Cette tendance est des plus communes, sans être générale. — Degrés variés qu'elle comporte. — La syphilis fait plus, chez la femme, que déterminer tels ou tels désordres du système nerveux; elle constitue parfois ce système dans un état passager de surexcitation, d'éréthisme morbide. — C'est surtout à la période secondaire qu'elle exerce cette influence. — Nervosisme secondaire .

Division du sujet. — Deux groupes d'accidents nerveux : les uns habituels, communs ; les autres rares, exceptionnels.

Premier groupe. — I. Céphalée. — Plusieurs espèces de douleurs de tête chez les syphilitiques. — Céphalée proprement dite, profonde, intra-crànienne. — Comment elle se différencie de la céphalée névralgique ou osseuse. — Degrés variables d'intensité. — Céphalée légère, moyenne, forte, excessive. — Réaction de la céphalée violente sur les différentes fonctions. — État moral et intellectuel des sujets qu'elle affecte. — Deux types : 1° Type continu à e.\acerbations. — Paroxysmes vespérins ou nocturnes. — 2° Type intermittent. — Crises périodiques vespérines. — Durée.

— Persistance singulière de la céphalée chez certains sujets non traités. — Récidives. — Traitement. — Influence remarquable du mercure sur la céphalée secondaire. — Cette influence est-elle contestable? — Discussion. — Quelle est ici l'action de l'iodure de potassium? — Avantage réel que présente eu certains cas le traitement mixte, c'est-à-dire l'association des iodiques aux mercuriaux.

II. Troubles du sommeil. — Fréquence. — Deux espèces d'insomnie : 1° insomnie symptomatique; 2° insomnie essentielle (celle-ci seule en cause ici). — • Caractéristique de cette dernière.

m. Asthénie nerveuse. — Phénomènes multiples de dépression et d'atonie fonctionnelle se produisant vers divers appareils dans le cours de la période secondaire.

— Le système nerveux est évidemment l'origine et le centre organique des phénomènes de ce genre. — Cette asthénie est-elle spéciale, appartient-elle en propre à la vérole ?

IV. Douleurs névralgi formes et névralgies. — Les névroses douloureuses de la syphilis secondaire consistent bien plus souvent en des douleurs névralgiformes qu'en des névralgies vraies. — Fréquence excessive de cet ordre de névroses dans le sexe féminin- — Localisations habituelles. — Céphalée névralgique. — Sièges divers qu'elle peut affecter. — Névralgie faciale, et plus spécialement névralgie sus-orbi-

taire. — Scialique. — La sciatique secondaire a pour caractère d'être toujours partielle (lomfao-fcssière, lombo-abdominale, crurale). — Névralgie mammaire ou mastodynie. — Autres types plus rares. — Ces névralgies spécifiques n'ont aucun symptôme propre qui suffise à les distinguer des névralgies vulgaires. — Tendance fréquente aux exacerbations nocturnes. — Intensité variable, comme phénomènes douloureux. — Évolution capricieuse. — Un seul caractère différencie les névralgies spécifiques des névralgies vulgaires, à savoir, l'action qu'exerce sur elles le traitement antisyphilitique. — Mercure servant parfois de « pierre de touche » pour juger la spécificité de certaines névralgies d'origine inconnue. — Exemple d'une néwalgie faciale très rebelle, ayant résisté à des traitements multiples, et guérie presque subitement par le mercure. — Les névralgies secondaires sont parfois, à un moment donné de la diathèsc, les seuls phénomènes cliniques par lesquels s'accuse l'infection. — Combien il importe d'avoir la notion de ce fait en pratique. — Pathogénie.

— Les névralgies secondaires résultent-elles d'une lésion de tissus, ou sont-elles purement dynamiques, sine maleriâ? — Discussion.

V. Troubles de sensibilité ; analgésie secondaire. — La syphilis secondaire peut affecter la sensibilité de façon à la diminuer ou à l'éteindre. — Elle l'affecte surtout dans l'un de ses modes, la perception de la douleur. — Analgésie secondaire. — Exemple clinique. — Fréquence de cette analgésie, qui est un phénomène commun chez la femme.

Variétés que comportent les troubles de la sensibilité dans la période secondaire.

— Première forme : analgésie simple, avec conservation de la sensibilité de contact et de température. — Seconde forme, bien moins commune : analgésie et anesUiésie simultanées. — Si l'analgésie s'observe fréquemment sans anesthésie, la réciproque n*a pas lieu, et l'anesthésie n'existe pas sans analgésie. — Troisième forme, rare : analgésie avec perte du sens de la température. — Exemples cliniques.

Étude clinique de l'analgésie secondaire.

Degrés divers : Sensibilité émoussée, mais non éteinte; — sensibilité abolie complètement; termes moyens.

Siège. — Analgésie généralisée. — Analgésie partielle, bien plus fréquente. — L'analgésie partielle est presque toujours circonscrite, soit à l'extrémité des membre^i (des membres supérieurs notamment), soit à certaines régions qu'elle affecte avec une préférence marquée. — Distribution habituellement symétrique. — Analgésie à localisations irrégulières; analgésie par îlots, etc. — Sur les membres, l'analgésie affecte surtout la face dorsale, du côté de l'extension. — Deux sièges de prédilection : 1° Face dorsale du métacarpe; — 'î" Seins. — La localisation de l'analgésie secondaire sur la face dorsale du métacarpe est particulièrement fréquente et remarquable. — C'est en ce point que, partielle ou générale, l'analgésie atteint son intensité maxima. — C'est là qu'elle survit en dernier lieu, quand elle s'éteint ailleurs. — Conséquence : c'est là, cliniqucment, qu'il faut surtout la rechercher.

L'analgésie secondaire est habituellement superficielle et exclusivement cutanée.

— En certains cas rares, elle se propage aux muqueuses (langue, gorge, pharynx, conjonctive, pituilaire, etc.). — Excei)tionnellcmont elle se complique de troubles portant sur la sensibilité des muscles : analgésie musculaire; — perle du sens musculaire.

Palhdgénie. — Une objection ossonlielle à résoudre. — Ces divers troubles de sensibilité ne seraient-ils pas imputables à l'hystérie? — Discussion, réfutation. — Raisons diverses démontrant la relation de ces phénomènes avec la diathèse : 1' fréquence de ces troubles chez les femmes syphililii|ucs; —2" développement dans des conditions toujours identiques, à une époque déterminée de la maladie, coïncidcmment avec d'autres accidents spécifiques de môme nature; — 3° évolution parallèle à celle des autres manifestations contemporaines, etc. — Parallèle de l'analgésie syphilitique avec l'analgésie d'origine hystérique. — Esl-il sur-

FORME NERVEUSE DE LA SYPHILIS CHEZ LA l'EMME. 575

prenant d'ailleurs que la syphilis détermine de tels desordres, alors que nombre d'intoxications provoquent vers le système nerveux des piiénomènes de môme nature? , Durée variable de ces troubles de sensibilité.

Si l'on me demandait, Messieurs, ce en quoi la syphilis de la femme diffère surtout de la syphilis de rhorame,je répondrais immédiatement et sans hésitation : c'est à coup sûr par les troubles nerveux de la période secondaire. Gela est assez vous dire qu'entreprenant aujourd'hui l'histoire des affections nerveuses propres à cette période de la diathèse, je vais avoir à vous entretenir d'une série de phénomènes qui donnent à la syphilis de la femme une allure propre, une physionomie toute particulière.

Les troubles nerveux secondaires sont, en effet, cent fois plus fréquents, plus variés et plus intenses, chez la femme que chez l'homme. Sous ce rapport, une disparité complète et remarquable distingue un sexe de l'autre. Chez l'homme et surtout chez l'homme adulte, la syphilis n'éveille le plus souvent qu'une réaction minime ou légère vers le système nerveux. Au contraire, chez la femme, nature plus impressionnable, elle crée un état de souffrance générale de ce système ; elle détermine vers ce système une perturbation profonde, parfois même un désarroi véritable dans toutes les fonctions qui lui sont dévolues; elle engendre, en un mot, d'une façon provisoire, une véritable dialhèse nerveuse, à manifestations multiples et variées.

De ces prémisses, toutefois, n'allez pas conclure que chez toutes les femmes, invariablement, l'infection secondaire se traduise par un cortège obligatoire d'accidents nerveux. Cela serait une erreur. A ce point de vue, il existe une grande inégalité entre nos malades. Les unes (pour un bon tiers environ), celles qui, par leur habitus, leur tempérament, se rapprochent le plus delà constitution masculine, échappent presque complètement à cette influence névropathique de la diathèse, ou ne la subissent que d'une façon superficielle, légère, presque insignifiante. D'autres, déjà plus femmes (si je puis ainsi parler),ressentent une atteinte plus vive dans leurs fonctions nerveuses et présentent des troubles plus ou moins nombreux,plus ou moins accentués, de ces diverses fonctions. D'autres,

enfin, ont leur système nerveux violemment ébranlé par la maladie et sont affligées d'une série incroyable, d'une nuée de ces désordres spéciaux qui vont nous occuper aujourd'hui.

Cette disparité, cette inégalité de phénomènes d'un sujet à un autre, trouve assurément ses causes, en partie du moins, dans les prédispositions individuelles, dans la constitution, le tempérament, l'excitabilité variable du système nerveux chez les différents malades, etc.; mais il s'en faut qu'elle soit toujours explicable par des raisons de ce genre, et bien souvent nous ne faisons que la constater sans pouvoir en pénétrer le secret.

La syphilis, Messieurs, à la période où nous l'étudions, ne se borne pas à déterminer chez la femme tels ou tels accidents spéciaux du système encéphalo-rachidien. Elle fait plus que cela, en nombre de cas; elle engendre un état de souffrance générale de ce système ; elle imprime à ce système une disposition morbide particulière; elle le constitue dans un état d'excitation permanente; elle crée — je répète le mot à dessein — une sorte de diathèse nerveuse, toujours en éveil, toujours prête à entrer en action et à se révéler par quelques troubles. Cette disposition, cet éréthisme morbide de l'appareil sensitivo-moleur, est ce qu'on a justement appelé le neryosisme secondaire.

C'est sous l'influence de cet état spécial qu'il est commun de voir surgir chez la femme, à la période secondaire, un nombre plus ou moins considérable, souvent môme une véritable pléiade d'accidents nerveux, intéressant tout à la fois et les centres encéphalo-rachidiens, et les nerfs proprement dits, et le système ganglionnaire. C'est ce nervosisme diatliésique qui non seulement détermine, pendant le stade secondaire, une série de troubles propres à la maladie, mais qui de plus excite une tendance manifeste, soit au réveil d'anciennes névroses éteintes, soit à l'exaspération de névroses assoupies ou modérées, soit même à l'éclosion de névroses qui n'existaient qu'en germe, en puissance dans l'économie, sous forme de simple prédisjiosition.

La syphilis, en un mot, est pour les manifestations nerveuses de tout genre une immense opportunité morbide. C'est un chani]» ouvert, c'est une occasion merveilleusement i)ropice au dévcloi»-

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