MODIFICATIONS CORRÉLATIVES DU POULS
par leur dire, d'une sensation vraiment étrange de refroidissement continu.
En quelques cas bien plus rares, exceptionnels même, cette sensation de froid interne (qui coïncide toujours, inutile de l'ajouter à nouveau, avec des refroidissements périphériques facilement appréciables) s'exagère encore et devient un véritable état algide, qui se complique de frissons, de tremblements, de claquements de dents, etc. — J'avais dans mon service, l'été dernier, une malade affectée de ce symptôme bizarre à un degré vraiment extraordinaire. Par une température tropicale dont tout le monde souffrait, elle se disait gelée et grelottait du matin au soir. Ses extrémités étaient froides, cholériques. Pendant une quinzaine de jours elle resta dans cet état sans parvenir à seréchauffer.
Qu'ils se présentent sous l'une ou l'autre des formes que je viens de vous décrire, qu'ils soient objectifs ou subjectifs, ces troubles de caloricité ne peuvent évidemment se produire que par l'intermédiaire de la circulation. Il faut donc, quand ils existent, que la circulation soit affectée, modifiée; et c'est là en effet ce que démontre l'observation. Le pouls des malades sur lesquels on surprend de tels symptômes perd de son amplitude, de sa force normale, et cela proportionnellement à l'intensité des phénomènes algides. Il devient dXor^ petit, comme si l'artère avait subi un retrait. Lorsque l'algidité est extrême, il en arrive à être à peine sensible, filiforme, misérable. Du reste, bien mieux que le toucher digital, le sphygmographe mesure et inscrit ces modifications graduelles du pouls. Vous allez en juger.
Fie. 13.
Voici d'abord un cas d'algidité moyenne. Le pouls normal, qui
636 ALGIDITÉS SYPHILITIQUES.
afîeclait le type figuré ici (fig. 13), se modifia dès l'invasion du refroidissement morbide de la façon suivante :
FiG. 14.
Autres exemples. Ici, l'algidilé plus intense déprime le pouls d'une façon plus sensible. Le levier du sphygmographe ne s'élève plus que d'une hauteur minime, de sorte que la ligne générale des maxima reste très abaissée :
FiG. 15 et K).
Enfin, en certains cas bien plus rares et même exceptionnels, lorsque l'algidité devient excessive, le pouls, misérable au loucher, filiforme, presque insensible même, ne donne plus au sphygmographe que des tracés où la ligne d'ascension se réduit encore davantage, au point d'être presque nulle, comme dans les trois spécimens suivants :
FiG. 17, 18 et 19.
Inutile d'ailleurs d'ajouter que ces modifications du pouls n'ont rien de spécial. On sait, en effet, qu'elles se produisent dans tous les états algides, quelle qu'en soit l'origine \
Les phénomènes d'algidité syphilitique sont généralement assez rebelles. Il est rare qu'ils se dissipent en moins de quatre à six semaines ; le plus habituellement ils se prolongent avec des rémissions ou des intermissions irrégulières, pendant deux mois, trois mois, et même davantage. La médication spécifique n'exerce même sur eux qu'une action assez lente et ne les modifie qu'au prix de doses élevées, bien supérieures à celles qui suffisent à influencer les manifestations extérieures et communes de la diathèse.
Ces accidents ne sont pas graves. Ils n'ont en certains cas qu'une
1. Voyez : Mnvoy Phii.nologie médicale de la circulalion du sang. (Paris, 1863); et l.orain, Eludes de imkkcine clinique. Le yjow/s (Piiris, 1870.)