BOUFFÉES DE CHALEUR; SUEURS
Que peuvent être de tels symptômes? N'est-il pas rationnel de les considérer comme l'effet d'un trouble circulatoire et de les rattacher par suite à quelque névrose du grand sympathique ?
III, — Absolument opposé comme apparences, mais identique comme nature, comme origine, est un autre phénomène qu'il n'est pas rare d'observer à la même période de la diathèse. Celuici consiste en des bouffées de chaleur, qui se portent tout à coup à la tête et se répandent « comme des vapeurs » en différentes parties du corps. Ces sortes de « congestions », comme les appellent les malades, se produisent d'une façon tout aussi inopinée que les frissons dont je vous parlais tout à l'heure, soit dans l'exercice, soit au repos, soit même au lit. Toujours très passagères, elles ne durent pas au delà de quelques instants, mais elles fatiguent et inquiètent souvent les malades par leurs répétitions fréquentes.
Il est à croire qu'elles relèvent, ainsi que les accidents qui précèdent, d'un trouble de l'innervation vaso-motrice. Elles rappellent, en effet, comme nature de phénomènes, les congestions locales qu'on développe artificiellement en coupant les filets du grand sympathique. Relisez à ce sujet, Messieurs, les curieuses expériences de Pourfour du Petit, de Claude Bernard, de Brown- Séquard, etc. , et dites-moi s'il n'existe pas entre les résultats de ces expériences et les diverses manifestations morbides que nous étudions actuellement la plus frappante et la plus curieuse analogie.
IV. — Enfin, un dernier phénomène de même ordre complète la série de ces manifestations singulières et peu connues.
Les femmes syphilitiques sont très sujettes à des sueurs, à des poussées sudorales, se produisant en diverses conditions et sous diverses formes que voici.
Tantôt ces sueurs sont générales et intermittentes. Elles surviennent alors soit dans l'état de veille, soit surtout pendant le sommeil. Dans le premier cas, elles se manifestent dès que les malades
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prennent un peu d'exercice, dès qu'ils marchenl, dès qu'ils montent un escalier, qu'ils font un léger mouvement ; parfois même elles apparaissent au repos, au lit, sans la moindre provocation, et cela quel que soit d'ailleurs l'état de la température ambiante, en hiver comme en été, à l'air libre comme dans un appartement clos. — Plus souvent encore elles ont pour caractère de ne se produire que pendant la nuit. Nombre de nos malades nous racontent ainsi, à notre visite du matin, qu'elles ont été réveillées la nuit par des « poussées de sueurs extraordinaires » assez abondantes parfois pour mouiller le linge et les draps.
Ces sueurs sont passagères. Elles peuvent ne durer que quelques instants. Elles sont sujetters, en revanche, à de fréquents retours, et se répètent parfois à maintes et maintes reprises dans le cours de la journée ou de la nuit.
Tantôt, au contraire, ce sont des sudations continues et partielles que l'on observe, localisées presque exclusivement aux extrémités des membres. Voyez comme exemple cette jeune malade. Je n'ai pas besoin de vous dire si elle est syphilitique ; le seul aspect de son visage vous a déjà édifiés sur ce point. Indépendamment de l'éruption que vous apercevez, cette femme est affectée d'une foule de manifestations spécifiques et surtout de troubles nerveux: céphalée, névralgies et douleurs névralgiformes multiples, insomnie, analgésie, tremblement, accès fébriles, etc. Or, coïncidemment avec ces divers phénomènes, elle a été prise, depuis une quinzaine de jours environ, d'un état sudoral continu des extrémités, notamment des extrémités supérieures. Touchezlui les mains, et vous serez étonnés de les trouver absolument humides, mouillées, baignées de sueur et d'une sueur qui perle incessamment par fines gouttclelles, comme une rosée. Ce curieux incident est tout nouveau pour cette malade, ainsi qu'elle l'affirme très formellement; aussi s'en plaint-elle avec amertume, car « jamais elle n'a été sujette, dit-elle, à semblable désagrément » .
Eh bien, c'est là,Messieurs, un phénomène qu'il n'est pas rare de rencontrer en relation chronologiqueavecdes poussées de syphilis secondaire. Impossible donc de ne pas le rattacher à une influence
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diathésique, quelque singulière que puisse paraîU'e cette filiation au premier abord.
Cette forme de sueurs continues atTccte surtout, je vous le répète, les extrémités des membres, notamment la face palmaire des mains. Je ne l'ai jamais observée sur le visage, non plus que sur le tronc.
Elle comporte divers degrés. Tantôt elle ne consiste qu'en une simple moiteur. Tantôt, à un degré extrême, comme chez la malade que je viens de vous présenter, c'est une véritable rosée de sueur qui baigne incessamment les pieds et les mains.
Celte hyperhidrose secondaire, comme je l'ai appelée (de ûTrcp, en excès, et sueur), persiste toujours un temps assez long. Je ne l'ai jamais vue durer moins de plusieurs semaines. Souvent elle se prolonge deux, trois mois, voire davantage en quelques cas.
On a voulu considérer les états sudoraux de la syphilis secondaire comme un résultat de la chloro-anémie que détermine souvent la diathèse à celte période. (Chacun sait en effet combien les sudations sont fréquentes chez les sujets anémiques et plus encore chez les cachectiques.) Je ne saurais accepter cette opinion, pour ma pari. Il est possible, certes, que l'anémie syphilitique, quand elle existe, prédispose à ces sueurs et en favorise la production ; mais, à coup sûr, elle ne les explique pas dans tous les cas. La preuve, c'est qu'on les observe souvent sur des sujets qui ne sont en rien anémiques, chlorotiques ou cachectiques. Pour moi, les sueurs syphilitiques se produisent sous une influence directe de la diathèse, au même titre que toute autre manifestation spécifique.
Et comment s'exerce cette influence? Nul doute qu'elle ne dérive encore du système nerveux ganglionnaire, lequel, comme l'enseigne la physiologie contempoi-aine, tient sous sa dépendance les fonctions sécrétoires, la sécrétion de la sueur en particulier.
Tel est, Messieurs, le grou])e des manifestations diatliésiques qu'on peut l'ationncllement imputer à un trouble survenu dans le
KOUnNIKR. il
système ganglionnaire. Ce groupe complète la série des accidents nerveux de la syphilis, dans la période secondaire.
Nous n'en avons pas fini toutefois avec cet ordre d'accidents. Plus d'une fois encore, en effet, nous aurons à reconnaître l'intervention du système nerveux dans les troubles morbides de diverses fonctions et dans la palhogénie de symptômes multiples qu'il me reste à vous faire connaître. La fièvre syphilitique, par exemple, n'est vraisemblablement que la réunion d'un certain nombre de phénomènes identiques à ceux que nous venons d'étudier. C'est elle qui fera l'objet de notre prochaine réunion.