‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 213 sur 263 · TROUBLES DE L'APPÉTIT · texte numérisé non relu

TROUBLES DE L'APPÉTIT

chez la femme que chez l'homme, et cela dans une proportion très accentuée.

Notons en second lieu que, même dans le sexe féminin, ils sont très inégaux d'une malade à une autre. Certaines femmes, affectées de syphilis d'une intensité moyenne ou même de syphilis assez sérieuses, sont relativement épargnées dans leurs fonctions digeslives et doivent à ce privilège de supporter d'autant mieux la vérole. D'autres, inversement, soit avec des manifestations extérieures plus ou moins intenses, soit même avec des accidents d'allure essentiellement bénigne, sont rudement éprouvées dans leurs fonctions nutritives, comme vous allez le voir; auquel cas le désordre spécial de ces fonctions ne manque guère d'imprimer à la dialhèse une gravité, je dirai presque une malignité particulière.

Le plus fréquent des troubles digestifs issus de la syphilis consiste dans la diminution de rappétit.

C'est un fait très habituel, chez la femme, que l'appétit éprouve une dépression plus ou moins marquée à certaines époques de la période secondaire, notamment au début même de cette période., lors de l'explosion première des accidents généraux. Nombre de femmes, à ce moment, témoignent d'une inappétence insolite; « elles n'ont plus faim, disent-elles , elles ont perdu le goût du manger » ; et en effet elles mangent bien moins que de coutume. Leur langue néanmoins n'est pas saburrale; elle reste nette, humide; tout au plus devient-elle légèrement grisâtre en quelques cas.

Cet alanguissement de l'appétit persiste plus ou moins longtemps, quelques septénaires en moyenne, après quoi l'état normal se rétablit. Mais il n'est pas rare que le même phénomène se reproduise une ou plusieurs fois dans le cours de la période secondaire, soit coïncidemment avec des poussées éruptives, soit sous Finie cadre des affections susceptibles d'apporter « un trouble grave dans la santé » et d'ai)outir à un état cachectique. Nous avons vu que môme, en nombre de cas, elle détermine de véritables cachexies passaj^èrcs. Rationnellement, donc, et d'après les idées de M. Lasègue, la syphilis peut être cause d'intermittences cardiaques. C'est en effet ce que démontre l'observation clinique. .le suis fort lieureux que mes résultats concordent sur ce point avec les vues d'ensemble émises par cet éminent professeur.

fliiencede la fièvre, de la chloro-anémie, de manifestations douloureuses, d'accidents nerveux, etc., soit enfin sans cause nettement déterminée.

Un second trouble plus curieux, mais infiniment plus rare, est l'abolition complète, l 'extinction véritable de l'appétit.

On voit parfois certaines femmes (celles notamment chez lesquelles la diathèse se traduit par une asthénie de tous les systèmes, par une atonie singulière de toutes les fonctions) perdre l'appétit d'une façon en quelque sorte radicale. Elles en arrivent, pour un temps, à ne plus sentir l'aiguillon de la faim. Elles ne peuvent plus rien manger; à les en croire, elles vivraient de rien. L'appétit n'est pas seulement anéanti chez ces malades, il a fait place à une véritable répugnance pour les aliments. Vainement celles qui sont dans l'aisance essayent-elles de cent artifices culinaires propres à réveiller le sentiment de la faim ; tout les dégoûte. La nourriture « leur fait horreur », disent-elles, et les heures des repas leur « deviennent un supplice » .

Je me rappelle, entre autres observations de ce genre, le cas d'une jeune malade à laquelle je donnais mes soins ces dernières années et qui, pendant quelques semaines, m'inspira de réelles alarmes. C'était, il faut le dire, une de -ces femmes de boudoir qui ne vivent que pour la toilette et le bal, qui ne se lèvent jamais avant le soir, et pour lesquelles la marche et le soleil sont choses inconnues. Affectée d'une syphilis assez grave et prodigieusement féconde en accidents nerveux, elle perdit le peu d'appétit qu'elle avait d'habitude, et le perdit si bien, que, pendant plus de six semaines, elle ne put tolérer un atome de pain ou de viande. Elle se nourrissait d'un biscuit par jour, d'un fruit, de bonbons, de quelques friandises. Cela lui suffisait, bien qu'elle fût apyrétique, bien qu'elle conservât la langue nette et exempte de saburres. Aussi maigrissait-elle à vue d'œil. Quoique désolée d'un tel étiolcmenl, elle se refusait obstinément à manger; toutes mes instances, toutes ses résolutions même se brisaient devant un dégoût invincible pour les aliments : « C'est plus fort que moi, disait-elle, il m'est impossible d'avaler du pain ou de la viande; cela me répugne trop. » Et, non sans anxiété, je me demandais ce qui allait

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