BOULIMIE SECONDAI HE
sisté opinirilrémcnt à tous les remèdes, not amment à l'extrai t thébaïque porté jusqu'à la dose quotidienne de 40 centigrammes. Elle \\e s'est calmée qu'au moment où l'excitation morbide de l'appétit commença à s'apaiser elle-même.
Au point de vue de la nutrition, de l'état des forces et de la santé généi-ale, l'ingestion d'une quantité excessive d'aliments, supérieure à celle qui doit suffire aux besoins de l'organisme, est loin d'être avantageuse aux malades. Tout au plus reste-t-elle indifférente en quelques cas; le plus souvent elle est nuisible. Si quelques-unes des femmes de notre service, devenues faméliques pour un temps plus ou moins long, ont conservé presque intégralement leur embonpoint et leurs forces, beaucoup d'autres, et en bien plus grand nombre, dans les mêmes conditions ont maigri, pâli, et se sont affaiblies considérablement. C'est là du reste ce qu'on observe d'habitude dans les boulimies de tout genre, qui finissent toujours au bout d'un certain temps par devenir singulièrement préjudiciables à l'économie. Règle générale, l'excès d'aliments «ne profitepas»auxfaméliques; souventd'ailleurs ilest plus quelargement compen sé par les troubles gastriques ou intestinaux qu'il ne manque guère de provoquer. C'est là en espèce ce que nous avons remarqué fréquemment. Ainsi, l'une de nos malades qui pendant quatre mois mangea d'une façon étonnante, qui « dévorait », suivant sa propre expression, qui même était réveillée la nuit par le besoin de la faim, subit sous nos yeux un amaigrissement très notable et tomba dans un état de débilitation qui ne laissa pas de nous inspirer quelques alarmes.
Un dernier détail — et celui-ci des plus curieux — me reste à vous signaler. S'il est en pathologie deux symptômes discordants, c'est à coup sûr la fièvre et l'exagération de l'appétit. On croirait impossible de voir s'associer jamais une faim dévorante et un état fébrile plus ou moins accusé. Eh bien ! cette union bizarre, extraordinaire, la vérole la réalise quelquefois. Il est des cas où, comme je vous le disais dans notre dernière réunion, la boulimie syphilitique coexiste avec la fièvre syphihtique de forme intermittente ou continue. J'ai vu, chose étrange, des ma-
lades alitées par une fièvre élevant le pouls à 410, 115, 1^20, en même temps que la température axillaire à 39\ - 39% 5, -39",8, — j'ai vu, dis-je, ces malades être parfois tourmentées par les angoisses d'une faim vorace et absoiber une quantité d'alimenls double, triple ou quadruple de celle qui leur suffisait à l'état de santé ! Ce fait insolite, qui renverse les données de l'observation commune, n'a pas été sans me surprendre vivement, je vous l'assure, Messieurs. Je l'ai étudié avec soin, avec rigueur, et je puis vous le donner comme absolument vrai, comme positif, quelque interprétation d'ailleurs qu'on veuille lui attribuer. Il n'est même pas très rare, car j'ai eu l'occasion de le rencontrer à des degrés divers sur un certain nombre de nos malades.
Ce qui ajoute encore à la singularité d'une telle association de phénomènes discordants, c'est que la boulimie coexiste parfois non pas seulement avec la fièvre, mais, de plus, avec un ensemble d'accidents qui impliquent en général et semblent commande)', pour ainsi dire, une dépression notable de l'appétit. J'ai dans mes notes l'histoire de plusieurs malades qui, boulimiques et fébricitantes à la fois, conservèrent une faim dévorante en dépit d'un étal de malaise très accentué, d'une asthénie profonde et comparable à l'accablement des fièvres graves, de douleurs aussi variées que pénibles, d'une insomnie presque continue, de sueurs profuses, d'algidités périphériques, de désordres nerveux multiples, de troubles intenses des grandes fonctions, d'un pouls défaillant et misérable, etc. ! — L'intégrité et, à plus forte raison, l'exagération de l'appétit ne font-elles pas un contraste étrange au milieu d'un tel ensemble de phénomènes?
Contraste étrange, ai-je dit; oui certes, mais contraste plus apparent que réel. Car, en somme, cette exagération de l'appétit n'est elle-même qu'un phénomène morbide. Loin d'être le témoignage d'une santé en parfait équilibre et de fonctions s' exerçant avec une énergie de bon augure, elle n'est au contraire qu'un indice de maladie, qu'un symiDlômc cssenliellement pathologique. Rien d'étonnant donc à ce qu'elle coexiste avec d'autres symptômes également pathologiques, dont elle ne diffère que par l'apparence spécieuse d'un ntli'ihul dr l;i santé.