‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 217 sur 263 · NÉVROSES GASTRIQUES · texte numérisé non relu

NÉVROSES GASTRIQUES

de la syphilis. Rien d'étonnant, du reste, à ce que la syphilis, en raison de la chloro-ancmie qu'elle détermine souvent, en raison aussi de l'asthénie fonctionnelle qu'elle imprime parfois à tous les systèmes organiques, favorise ou exagère la prédisposition naturelle de la femme, de la jeune femme surtout, aux névroses de l'estomac.

blement, algidités périphériques, sueurs, fièvre, palpitations, irrégularités et faiblesse du pouls, etc., etc.)? Quoi! Coïncidant avec de tels phénomènes, faisant partie d'un tel ensemble, la boulimie devrait en être distraite, comme introduite dans ce milieu par un effet du hasard et comme relevant d'une cause différente ! Quelle raison auraiton de dissocier ce groupe de symptômes homologues et de rejeter tel d'entre eux hors du cadre de la syphilis, alors qu'on y laisserait figurer tels ou tels autres ? La logique se refuse à ce partage arbitraire, et le simple bon sens nous dit que, plusieurs accidents de même ordre venant à se manifester simultanément sur un malade, il est pour le moins rationnel de les rattacher tous à la même cause,

4° Evolution du phénomène se faisant d'une façon parallèle à celle des autres accidents contemporains et restant soumise à l'évolution générale de la diatlièse. — Dans plusieurs de nos obser^itions, en effet, nous voyons la boulimie apparaître et disparaître en même temps que d'autres manifestations diathésiques, se produire avec elles et s'éteindre avec elles. Et ce n'est pas tout encore. Quelques-uns des cas que nous avons recueillis nous la montrent docilement subordonnée aux phases successives de la maladie, et nous font assister par exemple à une évolution telle que la suivante : développement de la boulimie coïncidemment avec une poussée d'accidents syphilitiques ; disparition du phénomène avec la disparition des accidents constitutifs de cette poussée ; puis, après un temps plus ou moins long, poussée nouvelle, et récidive simultanée de la boulimie.

Une telle évolution n'indique-t-elle pas aussi évidemment que possible la liaison du symptôme avec la diathèse syphilitique qui en gouverne à son gré l'apparition, la disparition et le retour, qui le dirige suivant son impulsion propre, qui le régit en un mot et le domine, comme une cause morbide régit et domine ses effets, ses manifestations ?

De cet ensemble de considérations il ressort manifestement pour nous que la boulimie, qui, associée ou non à un certain degré de polydipsie, se produit dans le cours de la syphilis secondaire, est un accident d'essence syphililique, développé sôus l'influence de la diathèse et se reliant à elle comme un effet à sa cause.

Quant à la nature intime du phénomène, je ne m'aventurerai pas à essayer de la définir. Je n'agiterai pas la question de savoir si cette boulimie spécifique résulte d'une modification survenue dans les sécrétions de l'estomac, ou bien d'une névrose gastrique « constituant une forme particulière de dyspepsie », ou bien encore d'une lésion des centres nerveux, etc. ; car je ne vois trop quelle solution pourrait ressortir d'une discussion de ce genre. .Te me bornerai à dire que les éléments d'une pathogénic et d'une localisation précise de ce symptôme nous font absolument défaut ; — que, si l'on voulait risquer une hypothèse, il y aurait plus de raison, ce me semble, à chercher le siège du phénomène dans les centres nerveux qu'à le localiser dans l'estomac; — que, dans félal actuel de nos connaissances, cette boulimie syphilitique doit être considérée simplement comme un trouble fonctionnel, comme une névrose ; — qu'à ce dernier titre enfin elle est complètement assimilable à ces désordres nerveux dont la syphilis, chez la femme spécialement, se montre si prodigue dans les premiers tem])s de la période secondaire. »

2° Un autre ac(3ident bien plus rare consiste en des vomissements, qui, s' ajoutant aux symptômes dont il vient d'être question, se répètent pendant un temps plus ou moins long, quelquefois même avec une opiniâtreté singulière. On voit de la sorte certaines femmes syphilitiques — celles surtout chez qui la syphilis se traduit par des phénomènes de langueur, de dépression, d'adynamie fonctionnelle — être prises tout à coup et sans cause appréciable d'une véritable intolérance gastrique. Elles vomissent tout ce qu'elles prennent; elles rejettent même les aliments les plus légers, les boissons, le lait, etc. Il semble que l'estomac, frappé d'atonie, soit devenu incapable de rien digérer. Celte impuissance digestive, cette sorte d'asthénie gastrique résiste en général assez opiniâtrément aux médications les plus rationnelles. Elle ne persiste jamais moins de plusieurs semaines.

Certes il est plus que délicat de préciser exactement la palhogénie des derniers symptômes dont nous venons de parler, dans les conditions complexes où ils se produisent habituellement. Quelle part en revient soit à la maladie même, soit aux dispositions antérieures du malade et de l'organe affecté, soit encore aux remèdes dits spécifiques, qui ne sont pas toujours inoffensifs pour l'estomac? Cela est souvent difficile à déterminer avec certitude. Toujours est-il qu'en certains cas la responsabilité de ces accidents incombe à la diathèse d'une façon bien manifeste. Elle lui incombe, par exemple, alors qu'au préalable les malades ont été indemnes de tous troubles semblables, alors que ces troubles se sont produits coïnciderament avec une poussée spécifique, alors encore qu'ils ont éclaté avant toute intervention du traitement mercuriel, etc.

Du côté de Vintestin, ce qu'on observe le plus communément dans la période secondaire consiste en des symplômes douloureux, plus ou moins nettement définis, paraissant constituer une véritable entéralgie spécifique*

Il n'est pas rare en effet qu'à cette période de la diathèse certaines femmes accusent des douleurs abdominales assez vives et assez persistantes, douleurs produisant la sensation de coliques

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intestinales, s' exagérant par crises intermittentes, troublant souvent le sommeil et exigeant le repos, s'accompagnant même parfois de vomituritions ou de vomissements.

Que sont et où résident de telles douleurs? Si l'on vient à les étudier de près, on reconnaît d'abord qu'elles ne sont explicables par aucune cause incidente (telle que, par exemple, écart de régime, indigestion intestinale, influence du froid, etc.), non plus que par aucun état morbide surajouté. — De plus, en palpant l'abdomen avec le plus de soin possible, en explorant un à un les différents viscères qu'il contient, on ne découvre aucune lésion à laquelle on puisse rattacher les douleurs en question. Le foie est normal et indolent; la rate n'est pas développée ; l'utérus et ses annexes sont en parfait état. — Impossible, d'autre part, d'invoquer comme origine de ces souffrances soit une myosalgie des muscles abdominaux, soit une névralgie lombo-abdominale, soit moins encore une phlegmasie péritonéale. — De sorte que, par voie d'exclusion, l'observateur est conduit à localiser dans Vintestin les douleurs accusées par les malades. Cette localisation d'ailleurs paraît légitimée parla nature même de ces douleurs, douleurs profondes, intermittentes, du caractère des coliques. — Enfin, l'absence de phénomènes généraux, de diarrhée, d'excrétion catarrhale ou sanguinolente, ne permettant pas de supposer une entérite, il n'est guère en définitive qu'une névrose douloureuse de l'intestin qui puisse rendre compte des symptômes observés. Force est donc de conclure à Venter algie. Tel est du moins le diagnostic auquel j'ai dû aboutir en maintes occasions, après une analyse minutieuse de l'état morbide.

Cette entéralgîe secondaire, sur laquelle je m'étonne que l'attention n'ait pas encore été fixée, est variable et mobile à l'instar des névralgies de tout genre et plus spécialement des viscêralgies. Chez la plupart de mes malades je l'ai vue sujette à des oscillations inexplicables, à des sédations et à des recrudescences alternantes, comme aussi à des récidives imprévues. C'est dire qu'elle n'a rien de fixe comme durée. Presque éphémère chez telles femmes, elle est plus prolongée chez telles autres, qu'elle peut affliger pendant plusieurs septénaires d'une façon intermittente ou continue.

Ajoutons que parfois encore elle s'associe à des troubles de

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