‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 227 sur 263 · INFLUENCE SUR LA CIIOSSESSE · texte numérisé non relu

INFLUENCE SUR LA CIIOSSESSE

que nous prévoyons en première ligne el que nous essayons de conjurer avant tout, chaque fois qu'une femme enceinte syphilitique entre dans nos salles. Or, tant s'en faut que nos efforts soient toujours couronnés de succès, surtout dans les cas où nous ne sommes appelés que tardivement à intervenir. Il n'est même pas jusqu'aux malades de nos services spéciaux qui ne soient édifiées sur ce fait, tant il se produit fréquemment sous leurs yeux. Dans les salles de Lourcine, l'avortement est, pour ainsi dire, à l'ordre du jour d'une façon permanente.

Le second terme de ma proposition n'est guère plus contestable. J'ai dit que la syphilis fournit à la somme totale des avortements de toute nature (des avortements d'origine pathologique, bien entendu) un contingent considérable. En cela encore je ne crois pas trop m'éloigner de la vérité. On en jugera, du reste, d'après les chiffres suivants empruntés à mes notes d'hôpital.

Dans l'espace de quelques années, 97 femmes syphilitiques en. état de grossesse ont été admises à Lourcine.

Sur ce nombre, M sont sorties de l'hôpital encore enceintes, et nous ignorons ce qui est advenu de leur grossesse ultérieurement.

Mais ce que nous savons, c'est que, sur un chiffre de 53 femmes syphilitiques dont la grossesse s'est terminée sous nos yeux :

17 ont avorté à différents termes; 8 ont accouché prématurément; 28 ont accouché à terme. Ainsi, sur 53 grossesses, 28 seulement sont arrivées à terme, et 25 (25, remarquez bien ce chiffre, jjrc's de la moitié!) se sont terminées soit par accouchement prématuré, soit par avortcment.

Autre statistique. — Un de mes élèves, M. Le Pilcur, a bien voulu, sur ma demande, dépouiller les registres administratifs de Lourcine, et dresser la liste des naissances ou des avortements survenus dans cet hôpital pendant une période de dix années. En ce qui concerne la syphilis, seulement, ce long travail lui a fourni les résultats suivants :

Sur A^/t grossesses, qui se soni terminées à Lourcine, 260 (200

ACCOUCHEMENT PRÉiMATUUÉ. — AVOUTEMENT. 72!)

seulement) sont arrivées à terme, ou du moins sont déclarées comme telles sur les registres de l'Administration' ; — et 154 ont abouti soit àTaccoucliement prématuré, soit àTavortement.

Proportion : un cas d'accouchement 2^rémnturé ou d'avorlement sur moins de trois naissances!

Ces deux statistiques sont assez significatives par elles-mêmes pour nous interdire tout commentaire. Elles démontrent bien l'influence désastreuse exercée par la vérole sur la grossesse, et elles permettent de juger ce que doit être le contingent fourni à la somme totale des avortements par une maladie aussi commune, aussi répandue dans toutes les classes de la société que l'est de nos jours la syphilis. Nous manquons certes d'une base d'évaluation numérique pour affirmer que ce contingent est plus ou moins considérable relativement à celui de telle ou telle autre maladie ; mais ce qu'il nous est permis d'inférer de nos souvenirs et de notre observation journalière, c'est qu'il est peu d'états morbides qui déterminent l'avortement avec un degré de fréquence comparable.

Qu'on ne se méprenne pas, du reste, sur ma pensée. Je ne prétends pas que la syphilis ait un pouvoir abortif supérieur à celui de toute autre affection ; cela serait une hérésie. Car, pour prendre un exemple au hasard, la variole provoque l'avortement d'une façon bien autrement active que la syphilis ; la variole fait avorter presque à coup sûr, presque fatalement, tandis qu'en définitive bon nombre de femmes syphilitiques conduisent leur grossesse à terme. Ce que j'avance seulement, c'est qu'en raison de sa grande fréquence, et de sa fréquence dans un âge de la vie qui correspond précisément à la période de procréation, la syphilis aboutit à déterminer presque autant de fausses couches qu'aucune autre maladie, voire que telle maladie douée d'une puissance aborlive supérieure.

Mais laissons de côté cette question de rapport, qui n'a du

1 . Il semble même probable que, sur ces 200 grossesses déclarées à terme par les registres de l'Administration, un certain nombre ne devaient pas cire à terme en réalité. Car, des 260 enfants qui leur correspondent, Ul sont morts à très bref délai, et la plupart pour cause « de faiblesse congénitale » ; 22 seulement ont survécu plus d'un mois.

reste qu'une importance très secondaire. Le fait essentielle seul que j'aie à cœur de bien mettre en relief ici, c'est l'influence nociva exercée par la syphilis sur la grossesse. Et ce que je viens vous dire, Messieurs, les chiffres que j'ai produits ne sont pas de nature, je crois, à laisser sur ce point le moindre doute dans vos esprits.

Ce fait primordial une fois établi, quelques questions secondaires se présentent à discuter.

1° Est-il une période de la dialhèse syphilitique qui prédispose plus qu'une autre à Vavorlement 9

Oui; et, de l'aveu général, la période de la maladie qui expose le plus à l'avortement est celle dont nous nous sommes occupés jusqu'ici, celle qu'on désigne sous le nom de stade secondaire. C'est du quatrième mois de cette période à la fm de la seconde année que j'ai vu, pour ma part, se produire l'avortement syphilitique dans la grande majorité des cas.

Ce qu'il ne faut pas ignorer toutefois, parce que cela comporte un haut intérêt en pratique, c'est que la syphilis peut provoquer l'avortement à une période bien plus éloignée, bien plus distante chronologiquement de son début. 11 est des femmes, très certainement, qui avortent par le fait de la syphilis trois ans, quatre ans, cinq ans, six ans après l'origine de l'infection et même plus lard encore. L'influence abortive de la dialhèse s'étend donc, je n'en saurais douter, à une période plus reculée de la maladie qu'on ne le dit et qu'on ne le croit généralement. C'est là un fait très curieux et très important, sur lequel j'aurai à revenir bientôt à propos des avortcments successifs; je me borne h le signaler pour l'instant.

^"Existe-t-il quelques formes spéciales de la maladie qui, plus que d' autres, prédisposent à Vavorlement?

Oui encore. De par les résultats de l'observation commune, l'avortement est surtout à craindre dans les formes graves de la maladie ou dans certaines formes qui, sans comporter une gravité réelle, paraissent cependant plus sérieuses ou plus intenses que

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