‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 228 sur 263 · AVORTEMENT · texte numérisé non relu

AVORTEMENT

d'autres, soit par la multiplicité de leurs accidents, soit surtout par leur tendance à affecter prématurément les viscères. Sans contredit, les femmes qui sont rudement ou viscéralement éprouvées par la syphilis secondaire, si je puis ainsi parler, sont plus exposées à l'avortement ou à l'accouchement prématuré que celles dont la maladie se borne à des symptômes légers, périphériques.

Mais ce qu'il est essentiel d'ajouter aussitôt, c'est que l'avortement syphilitique peut se produire dans to^ites les formes de la maladie, même clans les plus légères. l\ n'est pas rare de voir des femmes qui, superficiellement éprouvées par la syphilis et non affectées dans leur état général, sont incapables, quoi qu'on fasse, de conduire leurs grossesses à terme. J'ai dans mes notes l'hisloire de plusieurs malades qui ont fait de la sorte une ou plusieurs fausses couches, fausses couches sûrement imputables à l'influence exclusive de la syphilis, alors cependant que cette syphilis ne s'était jamais traduite que par des accidents des plus légers et des plus bénins.

Donc, règle générale : une syphilis étant donnée, quelle que soit la bénignité apparente de ses manifestations, l'avortement est toujours possible, toujours à craindre; — et, pratiquement, il y a toujours lieu de se tenir en garde, de tout mettre en œuvre pour prévenir cette regrettable éventualité.

Il y a plus, et ceci mérite toute l'attention des praticiens. L'avortement d'essence syphilitique ne se produit pas seulement en coïncidence avec des manifestations syphilitiques contemporaines; il se produit souvent, très souvent, en dehors de tout accident acLtuel, comme phénomène isolé, comme expression unique de la diathèse. Il est nombre de femmes qui avortent par le fait exclusif de la syphihs, sans présenter au même instant, ni même sans avoir présenté depuis un certain temps, de symptômes spécifiques appréciables. Les observations de ce genre sont tellement communes qu'il serait superflu d'en citer aucune. Rappelez-vous simplement ceci, Messieurs : qu'une syphilis dont les derniers accidents ont disparu de longue date, qu'une infection syphilitique mêmejalente, est susceptible de déterminer l'avortement.

3° Une syphilis antérieure à la grossesse favorise- t-elle plus V avortement qu'une syphilis postérieure à la conception'^

Cela n'estpas douteux. Ainsi, une femme syphilitique qui devient enceinte est bien plus exposée à l'avortement qu'une femme enceinte qui devient syphilitique. Ce fait ressort sans conteste de l'observation. La plupart, la grande majorité des fausses couches imputables à la syphilis sont la conséquence de syphilis contractées avant la conception. 11 est plus rare — toutes proportions gardées d'ailleurs — qu'une fausse couche soit déterminée par une contamination postérieure au début de la grossesse. Les femmes grosses qui prennent la syphilis courent certes de nombreux risques d'avortement; mais elles en courent moins que si la contagion eût précédé la grossesse. Et j'ajoute : les dangers d'avortement sont d'autant moindres pour elles que la syphilis survient à une époque plus éloignée de la conception. Si la contagion s'est exercée tout à fait au début de la grossessejly apéril sérieux d'avortement; — si elle se produit au delà du quatrième ou du cinquième mois, la fausse couche est beaucoup moins à craindre; — et, finalement, les chances d'expulsion prématurée du fœtus deviennent nulles ou presque nulles, lorsque l'imprégnation virulente est plus tardive encore, c'est-à-dire contemporaine des derniers temps de la gestation.

Autre fait, et celui-ci d'importance capitale, Messieurs. Ce n'est pas toujours un seul avortement que détermine la syphilis, c'est parfois aussi toute une série cVavorlements, lesquels se succèdent à quelques mois, à quelques années d'intervalle. On a vu de la sorte de malheureuses femmes syphilitiques avorter deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, six fois, et même jusqu'à sep! fois de suite! On a vu des femmes syphilitiques ne pouvoir conduire à terme une seule de leurs grossesses. Il existe nombre d(^ ces faits dans la science. Et, sans aller plus loin, sans même avoir besoin de recourir à des exemples étrangers, je puis vous montrer ici et aujourd'hui une malade éprouvée de la sorte. La voici. Cette femme est entrée récemment à Lourcine pour une lésion gommeuse de la langue, lésion que vous voyez déjà améliorée par quelques jours de traitement à l'iodure et qui sera cicatrisée avant

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