SES DIFFICULTÉS SPÉCIALES CHEZ LA FEMME
Et cet écueil est d'autant plus réel, d'autant plus périlleux, que la syphilis en maintes et maintes occasions ne s'accuse à un moment donné que par des phénomènes d'ordre commun, sans manifestaiions propres. Or cela, vous le savez, est particulièrement fréquent chez la femme, bien plus que chez l'homme. Très souvent ici nous voyons des malades syphiUtiques ne présenter pour tous accidents, à telle ou telle époque de la diathèse, que des symptômes communs, vulgaires, qui, sans le secours d'antécédents connus, auraient pu être rapportés aux causes les moins spécifiques, les plus étrangères à la vérole.
Il y a plus encore. Les symptômes communs auxquels se limite parfois la diathèse ne sont pas toujours multiples et associés de façon que le diagnostic de l'un éclaire le diagnostic de l'autre. Tout au contraire, il arrive parfois qu'un seul de ces symptômes se produise isolément. Dans ce cas, — remarquez bien ceci. Messieurs, — la syphilis n'a pour toute expression qu'un accident unique, lequel n'offre rien de spécial, lequel pourrait tout aussi bien dériver d'une origine vulgaire. Lesfaits de ce genre sont insidieux au plus haut degré, cela va sans dire. Sont-ils rares? Nullement. La preuve, c'est que notre seul service me permet de vous en présenter aujourd'hui trois exemples des plus frappants.
Voici d'abord une jeune femme qui, l'année dernière, avait été traitée par nous pour divers accidents syphilitiques secondaires. Six mois environ après sa sortie de l'hôpital, elle a été affectée d'une paralysie de la troisième paire. « Ne croyant pas (c'est ellemême qui parle) que ce mal d'yeux pût avoir le moindre rapport avec son ancienne vérole », elle se garda bien de revenir à Lourcine, et consulta un oculiste, sans lui faire part de ses antécédents spéciaux. Traitée par une série de médications qui ne pouvaient avoir d'action sur sa maladie, de guerre lasse elle revint à nous. Depuis une quinzaine qu'elle est ici, elle a été soumise au traitement spécifique, et déjà sa paralysie s'est considérablement amendée. Mais là n'est pas la question. Le point sur lequel j'appelle votre attention actuellement, est celui-ci : cette paralysie s'est produite seule, comme expression exclusive de la diathèse; aucune autre manifestation syphilitique ne s'est associée à elle. A un mo-
ment donné, la dialhèse ne s'est accusée que par cette lésion, nne paralysie, laquelle, accident vulgaire, pouvait être rapportée à toute autre cause que la vérole. C'était donc, à ce moment, sur un seul symptôme d'ordre commun que le diagnostic devait être institué.
Second cas. — Cette autre femme, une de nos anciennes malades, est rentrée dans nos salles il y a huit jours pour une névralgie faciale qui la torturait depuis deux mois, et qui, soumise au traitement spécifique, a cédé presque immédiatement. Eh bien, examinez cette malade aussi scrupuleusement, aussi complètement que possible, vous ne trouverez sur elle aucune trace de syphilis, aucun accident actuel, aucun vestige même d'accidents passés. Elle vous déclarerait n'avoir pas eu la syphilis, que vous ne pourriez lui démontrer le contraire. Une névralgie faciale, voilà tout ce qu'elle présentait comme accident. Or, n'est-ce pas là un symptôme commun par excellence, et faut-il avoir eu la vérole pour souffrir d'une névralgie de la face?
Même cas encore sur cette troisième malade. — Ici c'est d'une sciatique qu'il s'agit. Cette sciatique était bel et bien d'origine spécifique, les résultats du traitement l'ont clairement établi. Or, était-elle associée à quelque autre manifestation actuelle de syphilis? Pas le moins du monde. Elle existait seule, comme expression unique, non moins que banale, de la diathèse.
Et ce que je viens de vous dire. Messieurs, de la sciatique, de la névralgie faciale, de la paralysie oculaire, je pourrais vous le répéter à propos de l'iritis et des autres ophthalmics secondaires, à propos des différents troubles nerveux, de la fièvre, de l'avortemenl, etc., tous symptômes communs, qui, dans certaines conditions, se présentent comme manifestations isolées, exclusives, de la dialhèse. Jugez donc à quelles erreurs serait conduit en pratique le médecin qui ignorerait ou méconnaîtrait celle double vérité, en laquelle se résume la discussion précédente, à savoir :
i" Que la syphilis se traduit parfois exclusivemeni, à un moment donné de son évolution, par des symplômes d'ordre commun ;
2" Qu'elle peut même, à un instant donné, ne se traduire que par une seule manifeslalion de ce genre.