‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 238 sur 263 · ABSENCE D'ANTÉCÉDENTS SPÉCIFIQUES · texte numérisé non relu

ABSENCE D'ANTÉCÉDENTS SPÉCIFIQUES

Autre difficullé diagnostique d'un ordre particulier. — Parfois, Messieurs, il vous arrivera de reconnaître sur un malade un symptôme incontestablement syphilitique (secondaire ou tertiaire, peu importe), sans pouvoir remonter à l'origine de la diathèse, sans pouvoir reconstituer la série morbide dont ce symptôme n'est qu'une expression détachée, une conséquence ultérieure. Vainement vous examinerez alors votre malade de la tête aux pieds, pour découvrir sur lui quelque stigmate, quelque témoignage d'une affection méconnue ou dissimulée; vous ne trouverez rien. Vainement aussi vous le questionnerez sur l'existence antérieure de telles ou telles manifestations syphilitiques; vous n'obtiendrez que des renseignements, je ne dirai pas incertains, mais absolument négatifs. Et, cependant, le symptôme dont vous aurez cà apprécier la nature ne vous laissera guère de doutes sur sa qualité spécifique. Qu'aurez-vous à faire en pareil cas? Vous faudra-t-il renoncer à votre impression, abandonner votre diagnostic et dire : a L'accident en question me semblait bien et me semble bien encore syphilitique; mais, en fin de compte, je ne puis le considérer comme tel, puisque le malade paraît n'avoir pas eu la vérole? » — Ou bien devrez-vous persister quand même dans votre jugement, en l'absence de tout autre signe actuel, de tout cominémoratif démontrant une syphilis antérieure, en dépit même des négations qui vous seront opposées?

Point délicat assurément, et sur lequel il importe que le jeune médecin soit édifié pour sa pratique.

Or, Messieurs, de par l'expérience de nos devanciers, de par l'expérience commune et la mienne propre, je n'hésite pas (à ne considérer d'ailleurs la question que d'une façon abstraite et générale, réserves faites pour les conditions variables des cas particuliers), je n'hésite pas, dis-je, à trancher la difficulté de la façon suivante : En pai-eille occurrence, la science du médecin est audessus des allégations du malade. Le médecin croit à la vérole, et le malade la nie; il y a plus de chances pour que la vérité soit avec le médecin qu'avec le malade. Si donc vous avez de bonnes et scientifiques raisons pour considérer tel symptôme comme syphilitique, ne vous laissez arrêter ni par l'absence d'antécédents, ni par les témoignages négatifs. Voirc droit et votre devoir sont de

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passer outre, de persister dam votre diagnostic ^ et d'instituer le traitement en conséquence.

Et pourquoi? Pour deux raisons qui se formulent ainsi :

1" Parce que la vérole peut être niée sciemment, de parti pris;

2° Parce qu'elle peut être niée et ignorée de bonne foi.

Je m'explique.

La vérole, d'abord, peut être niée sciemment, mensongèrement. Ai-je y. revenir sur ce point, après ce que j'ai eu tant de fois déjà l'occasion de vous en dire? S'il vous restait quelques doutes à ce sujet, l'historiette suivante pourrait achever de vous convaincre. Ces jours derniers, je suis mandé près d'une dame à laquelle j'avais donné mes soins autrefois pour des accidents spécifiques secondaires. J'arrive, et trouve la malade afiectée d'une iritis violente, manifestement syphilitique, et rebelle jusqu'alors à divers traitements d'ordre vulgaire. Je demande à cette dame si elle a fait part à son médecin actuel des accidents pour lesquels je l'avais traitée. — « Non certes, me répond-elle tout aussitôt, je m'en suis bien gardée. — Cependant on a dû, sans aucun doute, vous questionner sur ce point. — Oui, et plusieurs fois, répliquet-elle; j'ai même trouvé cela assez extraordinaire. Mais ;'ai nié, j'ai nié résolument, et je nierai toujours. Cro'^ez-xous qu'il me convienne d'aller raconter ces choses-là à tout le monde? »

Jugez par là. Messieurs, s'il n'est pas un certain nombre de cas où il faut que la sagacité du médecin sache faire justice des réticences, des dissimulations, des mensonges qui peuvent égarer son jugement.

Seconde proposition: la vérole p eut être niée , ignorée de bonne foi.

Est-il possible, en vérité, qu'un malade, homme ou femme, ail eu la vérole et l'ignore? Au premier abord, une telle question semble presque dérisoire; mais on se prend à la trouver moins extraordinaire, quand on descend aux détails et aux données de la pratique. La pratique en effet apprend ceci: que certains sujets, pour une raison ou pour une autre, ont eu la vérole sans s'apercevoir qu'ils l'avaient. Gela n'est même pas absolument rare, chez la Temnie spécialement, et je vous en dirai le pourquoi tout à l'heure.

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