SYPHILIS IGNORÉES
toute conscience, si plus tard vous venez à l'interroger à ce propos; de la meilleure foi du monde il la récusera.
Contre-épreuve. — En d'autres cas, vous entendrez certains malades nier la vérole en bloc et la confesser naïvement en détail par l'exposé de leurs antécédents morbides. « Non certes, vous diront-ils, je n'ai pas eu la vérole. Tout ce que j'ai eu est ceci : un bouton aux parties, lequel s'est cicatrisé tout seul et en peu de temps ; ce n'était rien. Plus tard, il m'est venu àe,^ dartres à la peau. Du reste, j'avais les humeurs en mouvement à cette époque, je l'avoue; car, vers le même temps, j'ai été éprouvé par de violentes migraines, par des névralgies^ par des douleurs de gorge, avec des glandes au cou. Je suis aussi devenu quelque peu sujet au rhumatisme ; je souffre souvent de douleurs dans les articulations et les muscles. Mais tout cela, comme vous le voyez, n'a rien à faireaveclemal quevousme supposez; et, pour la vérole, vous pouvez être sûr, docteur, que je ne l'ai jamais eue. » Que pensez-vous d'un tel exposé de symptômes, Messieurs? N'est-ce pas là une superbe observation de vérole, racontée par le malade même qui renie la vérole? Eh bien! sachez-le, il n'est pas rare que la syphilis soit niée de la sorte, quand on a soin de remonter avec détails aux antécédents
De plus. Messieurs, en ce qui concerne la femme, ne perdez jamais de vue ce point essentiel en pratique : si certaines femmes ne savent pas qu'elles ont ou qu'elles ont eu la vérole, c'est qu'on a tout fait pour le leur cacher. Lorsqu'un amant ou, à plus forte raison, lorsqu'un mari a eu le malheur de communiquer la syphilis à sa maîtresse ou à sa femme, son premier soin, en général, est de tout mettre en œuvre pour dissimuler sa faute ^. Et alors, voici comment les choses se passent : dans une Visite préparatoire, le coupable va trouver un médecin auquel il se confesse ; puis, après force doléances et force témoignages de repentir, il annonce audit médecin qu'il reviendra le len-
1. Voy. Etude sur les syphilis ignorées, par le Dr Louis Jumon. Thèse de Paris, 1880.