‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 241 sur 263 · Voy. Syphilis et mariage, p. 182 et suivantes · texte numérisé non relu

Voy. Syphilis et mariage, p. 182 et suivantes

demain avec « sa victime » ; il le supplie de traiter cette femme avec tout son art, et surtout « sans rien lui dire, sans lui révéler le mal dont elle est affligée; sinon, ce serait fait de la paix d'un ménage, du repos d'une femme, d'un bonheur domestique jusqu'alors sans nuages, etc. » De la sorte, et au nom des intérêts les plus respectables, le médecin se trouve engagé vis-à-vis de la malade en question dans une véritable conspiration du silence. Il traite cette malade « sans rien dire », parce qu'au total il n'a que cela à faire. Il la traite et la guérit sans lui déclarer jamais la maladie dont elle est affectée, au besoin même en affublant cette maladie des pseudonymes les plus honnêtes. — Il y a plus, des soupçons viendraient-ils à naître dans l'esprit de sa cliente, qu'il aurait le devoir, dans ces conditions, de les dissiper! — Et c'est ainsi, soyez-en sûrs, Messieurs, que nombre de femmes ont la vérole sans le savoir. Combien déjà n'en ai-je pas vu de la sorte, pour ma seule part!... Or, supposez. Messieurs, qu'un jour à venir vous ayez à interroger quelqu'une de ces malades sur des antécédents qu'à bon droit vous pourriez juger suspects, veuillez médire quelle réponse vous sera faite. Quel témoignage obtiendrez-vous de ces femmes que tout le monde se sera accordé à si bien tromper, et qui vous nieront la vérole de par les assurances mêmes qu'elles auront reçues de leur médecin ?

Morale de tout ceci : il est en syphilis des cas d'un certain ordre à propos desquels le diagnostic doit être posé exclusivement d'après les données des symptômes actuels, sans tenir compte de l'absence des commémoratifs, et en dépit même des dénégations opposées par les malades. — Commun aux deux sexes, c'est chez les femmes surtout que ce précepte trouve son application la plus fréquente.

Vous ne connaissez encore par ce qui précède, Messieurs, qu'une faible partie des accidents qui composent la vérole, cl les moins graves de ces accidents. Le moment n'est donc pas venu

de VOUS entretenir du pronostic général de la maladie. Toutefois, il est dans cette importante question certains points que nous pouvons aborder dès aujourd'hui sans que l'étude en soit prématurée.

Ce serait, d'ailleurs, se faire une idée bien fausse de la vérole que de considérer son pronostic général comme équivalant à la somme totale des manifestations qu'elle peut produire. 11 s'en faut en effet — et de beaucoup — que la diathèse épuise dans aucun cas tous ses symptômes sur le même sujet. Bien au contraire, dans un cas donné, quel qu'il soit, elle se borne toujours à un certain nombre d'accidents, nombre toujours très inférieur à celui qu'elle devrait atteindre si elle était astreinte à compléter son cadre. De sorte qu'en définitive la vérole n'est jamais tout ce qu'elle pourrait être. Relativement à ce qu'elle pourrait faire, elle est plutôt avare que prodigue de ses manifestations. De cela. Messieurs, vous aurez la preuve, si vous mettez en parallèle, d'une part, ce qu'on observe comme moyenne d'accidents sur un certain nombre demalades pris auhasard, et, d'autre part, lecompendieux, l'inépuisable catalogue des troubles morbides qui ressortissent à la vérole.

Ainsi que je vous le disais incidemment dans l'une de nos précédentes réunions, le pronostic de la syphilis se compose de deux ordres de dangers, à savoir : de dangers propres à la diathèse, dangers directs, si vous me permettez de les qualitier ainsi; — et de dangers d'un autre genre, pouvant surgir à propos, à l'occasion de la diathèse, sans être déterminés immédiatement par elle, dangers que j'appellerai indirects.

Les dangers directs sont ceux qui résultent des manifestations spéciales et exclusivement imputables à la diathèse. Ceux-ci, en ce qui concerne les périodes primitive et secondaire, vous les connaissez déjà. Messieurs, car je vous en ai parlé tout au long à propos de chaque ordre de symptômes ; inutile d'y revenir à nouveau.

Les dangers indirects, souvent bien plus graves que les précédents, dérivent de l'influence exercée par la diathèse sur les maladies ou les prédispositions morbides du sujet contaminé. De ceux-ci

encore je vous ai entretenus longuement dans l'une de nos conférences relative à l'état général des sujets syphilitiques. Qu'il me suffise de vous rappeler à leur propos qu'en nombre de cas ils chargent et assombrissent singulièrement le pronostic de la vérole, au point de devenir bien plus importants, bien plus sérieux que la vérole même, au point de reléguer tout à fait au second plan les dangers propres de la diathèse. Comme je vous l'ai dit, en effet, l'expérience clinique démontre d'une façon incontestable le double fait que voici :

1° La vérole est parfois une véritable cause d'aggravation (je serais presque tenté de dire de malignité) pour les affections incidentes qui peuvent sévir sur un organisme contaminé.

2° La vérole, diminuant la résistance de l'organisme, en exagère par cela même la siisceptibilitè morJjide, lâche le frein aux prédispositions organiques, ouvre le champ aux diathèses latentes. C'est de la sorte, par exemple, qu'elle conduit à la scrofule, au nervosisme, à la tuberculose, etc., certains sujets qui, sans elle, n'y auraient peut-êlrc pas abouti.

Ces dangers indirects de la dialhèse, on les oublie trop en général. Messieurs, quand on parle du pronostic de la maladie. « La vérole, dit-on, c'est la vérole, et rien de plus. » — Nullement, dirai-je à mon tour. La vérole, c'est d'abord la vérole; mais c'est ensuite et surtout, au moins pour nombre de cas, la santé générale compromise, l'organisme débilité, la constitution défaillante, et, conséquemment, les imminences morbides accrues en même temps que la résistance vitale amoindrie.

En second lieu, dans un cas de syphilis, il y a toujours. Messieurs, deux choses à distinguer : i" le pronostic actuel; — 2° le pronostic d'avenir.

Le pronostic actuel est celui de l'accident ou des accidents qu'on a sous les yeux, celui de la période où en est arrivé le malade. Le pronostic d'avenir, c'est l'éventualité tertiaire, c'est-à-dire la possibilité d'accidents éloignés, venant à se produire à cinq, dix, quinze, vingt, trente ans de date, et plus encore, après le début de l'infection.

Or, de ces deux pronostics, l'un, le premier, peut toujours

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