INFLUENCE DU TRAITEMENT. 77T
miers temps de l'infeclion. Certes, la syphilis est une des maladies sur lesquelles la thérapeutique aie plus d'action; c'est une des maladies que nous modifions le mieux, que nous réprimons le mieux, que nous ^'uérissons même le mieux, oserai-je dire, sinon dans son principe, du moins dans ses manifestations. Voyez plutôt. Quelles sont les dermatoses dont nous soyons maîtres au même degré que nous le sommes des syphilides? Quelles sont les tumeurs qui s'évanouissent sous l'influence de nos remèdes comme les néoplasmes de la vérole? Quelles sont les affections osseuses, quelles sont les lésions viscérales, quelles sont les paralysies que nous sachions guérir comme les exostoses, les gommes, les paralysies 'syphilitiques, etc., etc. ? De sorte qu'en face d'un accident grave dont nous ignorons la nature, mais qui pourrait bien dériver d'une origine spécifique, nous en venons souvent à souhaiter que le malade ait eu la vérole! « Si, par bonheur, cela pouvait être syphilitique, disons-nous, il y aurait chance de sauver le malade ; tandis que, si cela n'est pas syphilitique, nous n'y ferons rien. » Significatif hommage rendu à la puissance de l'art visà-vis de la vérole !
Toutefois il ne faut pas exagérer cette puissance, Messieurs, et se représenter la thérapeutique comme gouvernant et dominant à son gré la vérole. A croire certains de nos confrères, rien de ce qui appartient à la vérole ne résisterait au traitement spécifique, et tout ce qui est syphilitique devrait nécessairement et infailliblement guérir sous l'intluence des mercuriaux. Illusion dangereuse! Si le traitement spécifique, en effet, exerce sur la diathèse une action des plus énergiques et des plus remarquables, une action que je ne crains pas de qualifier de merveilleuse, Ao, prodigieuse, il s'en faut cependant, et de beaucoup, qu'il soit tout-puissant, qu'il soit infaillible, et que, n'importe la lésion, n'importe la période, n'importe la forme de la maladie, il guérisse à coup sûr et toujours. Inutile de dire en premier lieu que, mis en œuvre d'une façon tardive (comme ce n'est que trop souvent le cas) contre des lésions accomplies, il n'a pas la vertu de réparer des destructions faites ou de reconstituer des éléments histologiques anéantis. De plus, il n'a pas toujours d'effets assez rapides pour sauvegarder l'intégrité de certains organes à structure éminemment délicate
(l'œil et la moelle, par exemple), dont une altération minime suffit à déterminer un trouble ibnotionnel important. Parfois encore il semble ne guérir que les symptômes, sans influencer la maladie, comme dans ces cas curieux dont je vous parlerai plus tard, où des poussées spécifiques se succèdent d'une façon presque continue. Cliacune de ces poussées se trouve à merveille de l'action du traitement; mais l'une n'est pas plus tôt éteinte qu'une autre se reproduit, comme si le principe même de la maladie n'était pas touché par les remèdes. Enfin (et j'abrège), il est d'autres cas — ceux-ci très rares, exceptionnels même, bien heureusement — qui sont réfractaires à la thérapeutique. Le traitement alors est véritablement inférieur à la maladie; il reste impuissant devant elle; il la laisse évoluer avec toutes ses conséquences.
C'est là, Messieurs, ce qu'il faut bien savoir, c'est là ce qu'il importe de faire entrer en ligne de compte alors que l'on suppute, vis-à-vis des dangers de la vérole, les secours à attendre de la thérapeutique.
II. — D'autres éléments de pronostic sont encore fournis par la considération du malade, de sa santé antérieure et actuelle, de sa résistance organique, de l'hygiène qu'il observe, de ses habitudes, du milieu où il vit, etc., etc.
D'après ce que j'ai vu dans ma pratique, il m'a toujours semblé que la personnalité du malade joue un grand rôle dans la maladie. En d'autres termes, la gravité de la diathèsem'a paru se mesurer souvent à la qualilédiW. sujet infecté. Je me figure volontiers que le poison syphilitique, si je puis ainsi parler, doit produire à même dose des effets très inégaux suivant les individus qu'il affecte, de la môme façon qu'une graine venant à germer sur des terrains différents se développe sur l'un avec exubérance et végète misérablement sur l'autre. De cela la preuve est facile à fournir, comme vous allez le voir.
Est-il vrai d'abord que l'étal de sanlc générale réagisse sur la dinthèse? Oui, incontestablement oui, et cela d'une façon sinon constante, absolue, du moins très habituelle. Quand je rencontre la vérole sur un sujet jeune, fort, de constitution robuste, d'eslo-