INFLUENCE DU SEXE, DE L'AGE, ETC
mac solide, de santé antériciu'e bonne, de souche saine et d'antécédents personnels satisfaisants, je n'éprouve qu'une appréhension modérée et je me dis : « Voilà un cas favorable pour le malade et pour moi; avec de l'hygiène et un traitement méthodique, il y a chance pour que tout marche bien. » Inversement, lorsque je vois la vérole débuter sur un organisme frêle, délicat, anémique, lymphatique, nerveux, impressionnable, affaibli, maladif, sur un sujet à santé plus ou moins ébranlée, à antécédents suspects, à prédispositions héréditaires fâcheuses, je suis bien moins rassuré, ou, pour mieux dire, je ne le suis plus du tout ; je m'attends à une vérole de la mauvaise espèce, chargée d'accidents, susceptible de déterminer soit des manifestations locales graves, soit des phénomènes généraux redoutables, féconde tout au moins en longs et sérieux ennuis. Et, dans les deux cas, il est rare que mes prévisions (qui sont du reste celles de tout le monde, car je n'ai rien inventé sur ce point) ne se réalisent pas.
Corollaire. — C'est pour des raisons de même ordre, sans aucun doute, que la syphilis affecte fréquemment chez la femme des formes plus sérieuses que chez l'homme, des formes notamment à accidents nerveux ou s.planchniques toujoùrs assez rebelles, souvent même assez graves. La chloro-anémie, la débilitation générale, les troubles de la santé, la cachexie, sont des phénomènes auxquels prédispose manifestement le sexe féminin.
De même encore, l'influence de Vâge n'est pas sans jouer un certain rôle comme élément pronostique. La syphilis est particulièrement grave aux périodes extrêmes de la vie. Elle l'est à un notable degré, comme j'ai déjà eu l'occasion de vous le faire remarquer, chez les jeunes femmes, ou pour mieux dire chez les enfants rendues prématurément femmes parla débauche. Elle l'est aussi et plus encore dans la vieiUesse. « Si vous voulez avoir la vérole, a dit M. Ricord, profitez du moins pour cela du temps où vous êtes jeunes, car il ne fait pas bon lier connaissance avec elle quand on est vieux. »
III. — Ce qui est vrai pour la santé, le sexe, l'âge, ne l'est pas moins pour ïhygiène.eA par hygiène j'entends ici tout ce qui con-
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cerne le régime alimentaire, les boissons, l'exercice, le sommeil, l'habitat, etc., etc. Que de fois n'ai-jepas vu la vérole sévir avec une certaine malignité sur les sujets à hygiène mauvaise, qui mènent de front travail, plaisirs et maladie ; chez ceux qui font de la nuit lejour, et réciproquement ; qui ne dorment pas, qui ne marchent pas, qui mangent mal, qui ne mangent pas, ou inversement qui mangent trop, qui s'alcoolisent, qui se confinent dans Tatmosphère enfumée des cercles ou des cabarets, qui vivent sans lumière et sans air; chez ceux enfin que la misère étreint et condamne à toutes les privations, à toutes les souffrances! Certes, et sans que j'aie besoin d'insister sur ce point, il n'est aucune comparaison à établir comme pronostic entre la vérole du riche bourgeois qui ne manque de rien et celle du pauvre diable qui manque de tout.
Si le pronostic de la syphilis était contenu tout entier dans les données qui précèdent .et d'autres de même ordre que je passe sous silence, nous pourrions à l'avance mesurer assez exactement, à propos de chaque cas particulier, la gravité actuelle ou future de la maladie. Malheureusement les choses ne sont pas aussi simples. En dehors de toutes les prévisions ratiotmelles qu'on peut tirer des considérations afférentes à Vindividu {âge, santé, constitution, hygiène, etc.), la syphilis est parfois grave ou légère sans qu'on puisse en déterminer le pourquoi. Les raisons de ces formes inégales nous échappant d'une façon absolue, nous supposons, faute de mieux, qu'elles résident dans une façon d'être originelle de la diathèse, dans une modalité occulte de l'infection, et provisoirement du moins nous admettons que le pronostic de la syphilis peut varier suivant des conditions propres à la maladie. Ce que peut avoir de légitime une telle hypothèse, je ne saurais le dire . Toujours est-il que, cliniquement, en l'absence de toute cause appréciable, la vérole est très inégale d'un sujet à un autre. C'est ainsi, à ne parler même que des termes extrêmes, qu'on la voit tantôt se borner à un petit nombre de manifestations légères, affecter avec une préférence marquée les formes les plus bénignes, puis s'éteindre (ou du moins paraître s'éteindre) comme un orage de courte durée; et tantôt, au contraire, sévir avecrage sur ses victimes, accumuler sans trêve accidenls sur accidents, passer