‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 249 sur 263 · VINGT-HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-HUITIÈME LEÇON

TRAITE.IIEXT.

Sommaire. — Oppositions récemment renouvelées contre le traitement usuel de la syphilis. — Doctrine de Vexpectation. — La vérole guérit-elle seule, spontanément? Y a-t-il ou non intérêt à traiter un malade syphilitique? — Discussion. — Quelles sont les conséquences possibles de la maladie ? — Bilan de la vérole. — Anatomie pathologique de la vérole. — Quel malade, connaissant les éventualités possibles de la diathèse, voudrait y rester exposé sans défense?

Doctrine des véroles fortes qu'il convient de traiter, et des véroles faibles qu'on peut abandonner à elles-mêmes. — Examen de cette doctrine. — £xiste-t-il un critérium qui permette de préjuger l'avenir d'une syphilis? — En l'absence d'un tel critérium, nécessité de se tenir en garde dans tous les cas, nécessité d'instituer dans tous les cas un traitement propre à atténuer les effets de la diathèse dans le présent et l'avenir.

Traitement de la syphilis. — Du mercure comme antisyphililique. — Deux questions à résoudre : l. Le mercure peut-il nuire'? — Mauvais renom de ce remède; accusations multiples fulminées contre lui. — Quels sont au juste les accidents possibles du mercure administré à doses médicamenteuses? — 1° Effets ptyaliques (stomatite, salivation). — Ils ne sont ni soudains comme apparition, ni impossibles à prévenir.

— Exemples. — 2° Troubles gastriques ou intestinaux. — Plus rares et faciles à éviter. — 3° Troubles imtritifs généraux. — L'iniluencc anémiante (hi mercure a été singulièrement exagérée. — Dans l'énorme majorité des cas, le mercure est merveilleusement toléré par l'organisme. — il ne devient dangereux que s'il est administré d'une façon abusive ou imprudente. — Au total, les accidents qu'il comporte ne sauraient légitimer son exclusion de la thérapeutique, si tant est que d'autre part il puisse être utile.

U. Le mercure peut-il être utile contre la syphilis ? — Dissidence absolue à ce propos.

— Nécessité de scinder le problème. — Première question : le mercure a-l-il une action réelle, évidente, sur les manifestations actuelles d'une syphilis donnée ? — Seconde question : le mercure a-t-il une inducnce d'ensemble et d'avenir sur la syphilis, do façon à l'atténuer connue principe morbide, à modérer ou à prcvcnirlcs manifestations ultérieures auxquelles elle pourrait donner lieu? — Examen de ces deux questions. — Non-seulement le mercure guérit dans le prés înt, mais il exerce sur la diatlièse une inducnce générale, préventive, curative. — Parallèle de la vérole traitée et de la vérole non traitée. — Désastreuses conséquences do l'expeclalion appliquée à la vérole. — Le mercure doit être administré dans la syphilis en vue surtout de sauvegarder l'avenir. — Objections : 1° Le mercure ne prévient pas les

récidives ; 2° il laisse parfois se pi oiluirc des accidents divers, voire des accidents graves; — 3° il ne constitue pas un spécifique. — Réponse à ces objections. — Si le mercure ne guérit pas toujours et à coup sûr, nous n'en avons pas moins intérêt à profiter de ses efi'ets curatifs, quelle qu'en soit d'ailleurs la mesure.

Modes d'administration du mercure. — I. Méthode des frictions. — C'est la plus sûre, la plus active et la plus rapide comme efl'ets thérapeutiques. — Rarement appliquée en pratique néanmoins. — Pourquoi ? — Danger de la stomatite. — Précautions à prendre pour Aiire tolérer les frictions. — A quelles indications répond surtout cette méthode. — II. Injections sous-cutanées. — Inconvénients et dangers réels de cette méthode. — Eschares du derme, tumeurs inflammatoires, névralgies, m. Méthode par ingestion. — La plus simple et la plus pratique. — Formes pharmaceutiques multiples sous lesquelles peut être prescrit le mercure. — Du sublimé. — Remède actif, mais souvent intoléré. — Du prolo-iodure. — Préparation plus douce, facilement agréée de l'estomac en général. — Dosage. — La dose de ce remède, comme de tout autre, reste toujours soumise aux trois facteurs suivants : tolérance gastrique, tolérance buccale, effets thérapeutiques.

Quelle doit être la dui'ée du traitement mercuriel, pour qu'on soit en droit d'attendre de ce traitement une préservation d'avenir? — • Solutions diverses données à celle question. — Mécomptes auxquels exposent les méthodes Ihérapeuliques usuelles. — îSécessité de modifier ces méthodes. — Sur quelles bases ? — La durée du traitement importe plus que la dose absorbée. — Pour obtenir du mercure une influence curative d'avenir, il faut l'administrer jjZws longtemps qu'on ne le fait en général. — Ce sont les syphilis insuffisamment traitées qui fournissent le plus gros contingent à la vérole tertiaire. — La continuité d'usage crée pour le mercure une accoutumance qui en amoindrit, qui finit même par en annuler les effets. — Preuves diverses démontrant la réalité de cette accoutumance.

MéthodedesTRAiTEMENTS SUCCESSIFS. — Principes de cetteméthode. — Stades de thérapeutique active ; stades de repos ou de désaccoutumance. — Comment la succession de ces divers stades doit être réglée. — Durée approximative d'un traitement complet institué d'après cette méthode. — A maladie chronique traitement chronique. — Il n'est rien d'excessif à laisser les malades sous rinfluence mercurielle pendant deux années, y compris les stades intercalaires de désaccoulumance. — Utilité de la médication iodique administrée consécutivement au mercure. — Avantages réalisés par la méthode des traitements successifs: elle est facilement tolérée par l'organisme; — elle conserve au mercure l'intégrité de son action pendant toute la durée de son emploi; — elle permet de prolonger sans inconvénient l'usage du remède pendant un temps fort long, pendant tout le temps nécessaire à la cure.

Le traitement de la vérole ne consiste pas uniquement dans la médication dite spécifique. — Médications auxiliaires, devenant parfois principales. — Indication très fréquente chez la femme des agents toniques et reconstituants. — Surveillance de la santé et de l'hygiène.

Résultats définitifs d'un traitement méthodique longtemps poursuivi. — Guérison probable, mais impossibilité d'affirmer jamais cette guérison. — Nul traitement, ne confère une garantie certaine d'immunité pour l'avenir. — Intérêt majeur qu'ont les sujets syphilitiques à être renseignés sur ce point. — Conseil d'adieu à donner aux malades lors de la fin du traitement.

C'est au traitement de la syphilis que sera consacrée, Messieurs, notre dernière conférence de cette année.

•784 TUAlTEMliNT.

Des opinions étranges, qui se sont récemment produites à propos du traitement de la syphilis, n'ont pu renverser ni même ébranler ce qu'avaient édifié sur ce point les observations et le labeur de près de quatre siècles.

La petite insurrection qui, de nos jours, s'est élevée contre le mercure ou, d'une façon plus générale, contre les méthodes thérapeutiques usuellement opposées à la syphilis, n'a rallié qu'un si faible nombre de prosélytes et n'a invoqué à son aide que des arguments si peu sérieux, qu'en vérité elle ne laissera pas de traces dans l'histoire de l'art. Le mercure — pour ne parler que de lui actuellement — a rencontré déjà bien d'autres oppositions plus sérieuses, bien d'autres ennemis plus redoutables. Au xvi' siècle, il a vu surgir contre lui le gaïac, le gaïac qui faillit se substituer à lui, •et qui, grâce à de puissantes adhésions médicales ou extra-médicales \ parvint à l'effacer pour un temps. Dans notre siècle même, il s'estheurté à l'école physiologique, qui n'eut pas assez d'invectives contre lui, qui proclama sa déchéance et, pour quelques années du moins, réussit à le bannir de la pratique. Néanmoins il a survécu. lia survécu grâce à l'observation, grâce surtout à ses indéniables vertus. Et n'ayez aucune crainte pour lui, en vérité. Quoi qu'on puisse dire de lui et contre lui, il survivra toujours, car c'est un grand et bienfaisant remède, qui peut faire des ingrats et qui est de force à ne redouter ni les calomnies intéressées de quelques-uns, ni les injustes mais consciencieuses préventions de quelques autres.

Je pourrais donc à la rigueur, Messieurs, passer outre sur les accusations fulminées contre le mercure, comme sur certaines doctrines contemporaines relatives à l'évolution spontanée de la syphilis; car ce ne sont là (ne vous y trompez pas) que de très vieilles choses, cent fois redites, cent fois réfutées, et qui n'ont guère besoin de réfutation nouvelle. Néanmoins, comme dans ces derniers temps l'opinion publique s'en est encore émue, comme ces erreurs du passé se sont reproduites et ont retenti à nouveau soit

1. Lo livre célèbre dii chevalier l'iricli de Ihillcn, ce vérole légendaire du xvr siècle, «onlrihua certes jtlus que les écrits médicaux du temps à mettre le jjaïac en honneur «t à propager l'usage de ce nouveau remède, qui fut accueilli à l'origine par un véritable enthousiasme.

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