‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 32 sur 263 · DURÉE · texte numérisé non relu

DURÉE

qu'il produit s'effectue le plus souvent non pas au préjudice des tissus normaux, mais aux dépens de son induration même, c'està-dire aux dépens du tissu morbide qui lui sert d'assise, du néoplasme qui en constitue la base.

De là, messieurs, l'explication d'un fait qui se présente souvent en pratique. Il n'est pas rare qu'examinant des femmes à une période même peu avancée de l'infection secondaire on ne trouve plus trace du chancre. Ce chancre cependant a bien existé ; il a existé forcément, nécessairement; parfois même il est avoué, signalépar les malades, etnéanmoins on n'en constate pas vestige. C'est donc qu'il a disparu, et disparu intégralement, sans laisser à sa suite le moindre stigmate. Jugez d'après cela si l'on est auloriséànier le chancre parce qu'on n'en découvre pas la cicatrice.

A ce point de vue, toutefois, il est une différence à signaler entre le chancre de la peau et le chancre des muqueuses. Ce dernier a pour caractère de disparaître d'une façon relativement rapide et de s'effacer d'une façon absoluc-C'est donc à lui surtout que s'applique ce que je viens dédire. Le chancre cutané, au contraire, s'efface plus lentement, en général du moins. Pendant quelque temps il laisse à sa suite une tache rougeâtre, d'un rouge sombre, puis une macule brunâtre, un peu pigmentée, laquelle peut persister plusieurs mois, voire plusieurs années. Il est rare qu'un stigmate permanent lui succède; cela cependant est moins exceptionnel pour lui que pour le chancre des muqueuses. Comme exemple, je vous citerai le fait d'une jeune femme de mes clientes qui, affectée d'un chancre labial il y a dix ans, présente encore aujourd'hui sur la peau delà lèvre, un peu au-dessous d-e la muqueuse, une cicatricule blanchâtre de la largeur d'une petite lentille. De même vous voyez sur la cuisse de cette jeune femme une petite cicatrice arrondie, légèrement déprimée, grisâtre, pigmentée laquelle est le dernier vestige d'un chancre syphilitique remontant à dix-huit mois.

Dernière question: Quelle est la durée du chancre? Variable en de certaines limites, cette durée présente ceci de particulièrement remarquable : sa brièveté. Le plus habituellement, en effet, elle ne dépasse pas quatre à

cinq semaines. — Quelquefois elle aUcinlsix, sept, huit semaines, mais cela déjà csL bien plus rare. — Il l'auL des complicalions i-éelles pour la prolonger davanlagc. — ■ Quelquefois aussi elle est plus courle et descend à une vingtaine de jours. — Dans un cas, (inlin, j'ai vu un chancre, que j'ai observé et suivi assidûmeni ilepuis son début embryonnaire jusqu'à sa terminaison, évoluer complètement, c'est-à-dire naître, progresser et se cicatriser en l'espace de quatorze jours. Cinq ou six jours plus tard il n'en restait même plus vestige, au point qu'il me fut impossible d'en retrouver le siège !

La durée du chancre est du reste subordonnée à diverses conditions, telles que les suivantes, par exemple: dimensions et caractères de la lésion (les grands chancres guérissent plus lentement que les petits ; les chancres érosifs se réparent plus vite que les chancres ulcéreux) ; — influences de siège (le chancre du col utérin, par exemple, se cicatrise avec une rapidité surprenante, comme nous le verrons plus tard ; inversement, les chancres du méat uréthral ou de l'anus, irrités par l'urine ou déchirés par les matières fécales, ont toujours une durée relativement longue) ; — absence de traitement et d'hygiène ; — irritations locales, complications inflammatoires, etc. — Mentionnons aussi la grossesse, qui a pour effet constant d'entretenir toutes les lésions vulvaires et d'en retarder la cicatrisation; le chancre, tout naturellement, n'échappe pas à cette influence.

Tel est, messieurs, le chancre syphilitique envisagé d'une façon générale.

Et maintenant, après avoir analysé dans ses détails la symplomatologie qui précède, si nous venons à la considérer dans son ensemble, il est impossible que nous ne soyons pas frappés d'un l'ait majeur qui la domine et la résume. Ce fait, c'est la bénignité du chancre à toutes ses périodes, cslV importance minime dn chancre en tant que lésion, d'un bout à l'autre de sa courte durée.

Voyez plutôt.

Qu'est le chancre à son début? La plus insignifiante des érosions, une écorchure, une égralignurc, un rien.

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