‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 33 sur 263 · CARACTÈRE BÉNIN DE LA LÉSION · texte numérisé non relu

CARACTÈRE BÉNIN DE LA LÉSION

Qu'est-il plus tard? Une petite érosion reposant sur une base épaissie.

Et plus tard encore, à son summum de développement? Une plaie limitée, en général simplement érosive, indolente, sans tendance à s'étendre non plus qu'à se creuser; quelque chose comme un herpès élargi; quelque chose comme le plus superficiel et le plus bénin des traumatismes.

Puis, enfin, cette érosion se répare, se cicatrise. — Et tout est dit. C'est Là toute la lésion. Le chancre est cela et rien de plus.

Ainsi, cette lésion, loin de s'étendre, se limite à des proportions exiguës ; — loin de se creuser, reste superficielle, effleurant plutôt qu'entamant les tissus; — loin de traîner en longueur, se juge avec une rapidité surprenante ; — loin d'être menaçante et rebelle, ne demande qu'à s'effacer, qu'à disparaître, qu'à guérir; et cela, même livrée à son impulsion propre, même en dehors de toute intervention curative. Ah! qu'elle répond mal, cette lésion, à sa dénomination étymologique! Qu'elle répond mal aux idées anciennes, aux idées généralement répandues dans le public et encore agréées de certains médecins, qui représentent le chancre comme un ulcère, comme un ulcère rongeur, à tendance destructive, comme un ulcère de physionomie sinistre, de curation longue et difficile, de nature essentiellement rebelle et maligne!

Aussi, messieurs — et ceci est un détail confirmatif que je ne dois pas vous laisser ignorer, — aussi les femmes de cet hôpital, pas plus que celles de la ville du reste, ne traitent-elles jamais de cliancre l'accident qui a servi d'exorde à leur maladie. Elles se garderaient bien de l'appeler ainsi; le nom de chandre est celui qu'elles lui donnent le moins, qu'elles ne lui donnent jamais. Elles l'appellent toutes, invariablement, « un bouton ». Et quand elles nous entendent le qualifier de chancre, elles se récrient, elles protestent. « Ce n'est pas un chancre que j'ai eu, nous disent-elles, car cela n'étail rien, car cela a guéri tout seul. » Double raison très significative à leurs yeux; double raison que vous retrouverez dans lii bouche des gens du monde et que tous vos clients vous répéteront. Eh bien, loin d'être autant d'arguments contre le caractère chancrcux d'une lésion, ce double [ait « qu'elle

FOL'UMEn. C •

n'élait rien » et « qu'elle a guéri seule », celte absence de gravité, cette symptomatologie anodine, sont au contraire autant de témoignages suspects, autant de présomptions en faveur du chancre. Car le chancre syphilitique, en définitive n'est que cela, messieurs : une lésion minime qui guérit toute seule, fort peu de hose au total, et, passez-moi l'expression, un bobo plutôt qu'une maladie.

Si l'exposé qui précède a pu vous donner une telle opinion du chancre, je serai heureux d'avoir fait pénétrer dans vos esprits une vérité pratique des plus importantes, des plus essentielles, et malheureusement, je dois l'ajouter, des plus méconnues encore, même de nos jours.

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