‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 57 sur 263 · VARIÉTÉS · texte numérisé non relu

VARIÉTÉS

naire. El cela, non pas seulement dans les régions pauvres en ganglions, mais là même où les ganglions abondent, à l'aine par exemple. Sur quelques-unes de nos malades, nous n'avons pu constater dans les régions inguinales qu'une seule glande engorgée par le fait du chancre. — C'est là, je dois le dire, un fait rare, presque exceptionnel.

IV. Quand le bubon est polyganglionnaire, les ganglions qui composent la pléiade ne sont pas toujours isolés et indépendants. Parfois ils se groupent, deviennent cohérents et semblent se fondre en une seule masse. Ils forment alors une tumeur unique (mais composée), plus ou moins volumineuse, qui fait dans l'aine une saillie marquée, globuleuse, ovoïde, à grand axe parallèle au pli de la cuisse.

M. Bassereau, qui a eu l'occasion de disséquer quelques-uns de ces bubons à tumeur unique, les a trouvés constitués par des gano'iions cohérents, que réunissaient les uns aux autres de gros vaisseaux lymphatiques indurés et des couches épaissies de tissu cellulaire.

V. — Le bubon syphilitique, enfin, peut subir la dégénérescence strumeuse.

Cette déviation du bubon syphilitique (permettez-moi de la ([ualifier ainsi) n'est pas rare chez la femme. Elle s'observe non pas seulement chez les malades manifestement scrofuleuses, mais chez les jeunes femmes à lempéraraent lymphatique, à constitution affaiblie, à chairs blanches et molles, à tendance scrofuleuse latente.

Quand elle se produil, le bubon spécifique perd ses caractères pour prendre ceux de l'engorgement strumeux. Les ganglions augmentent de volume; ils se réunissent, ils se soudent les uns aux autres et deviennent cohérents, de façon à ne plus constituer quune seule masse; de plus ils contractent adhérence avec le tissu cellulaire périphérique et même avec la peau qui s'immobilise à leur surface. La dureté spécifique fait place alors à un empâtement diffus. Plus tard la tumeur devient mollasse, fongueuse, se

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ramollit et suppure, en suivant l'évolution propre aux engorgements ganglionnaires de la scrofule.

C'est là ce qu'on appelle le bubon syphilo-slrumenx; sypbiloslrumeux, parce que, né et développé par le fait de la syphilis, il subit plus tard l'influence de la scrofule, qui s'en empare, pour ainsi dire, qui se l'approprie et lui imprime les caractères, la physionomie, le mode pathologique de ses adénopathies spéciales. Ce bubon mixte n'est plus alors qu'une sorte de produit métis de deux diathèses. — Règle presque absolue, il aboutit à suppuration, et à une forme de suppuration froide, lente, chronique, qui crée des fistules, des clapiers souterrains à suintement presque intarissable. — Quelques auteurs ont donné, non sans raison, à cette dernière variété d'adénopathie les noms dliumeurs froides vénériennes, d' écrouelles syphilitiques inguinales, etc.

Mais passons sur ces variétés comme sur d'autres encore d'importance moindre dont je pourrais vous entretenir, et achevons ce qui a trait au retentissement du chancre sur le système lymphatique par quelques mots au sujet des lymphangites.

Les ganglions ne sont pas les seuls déparlements de ce système sur lesquels s'exerce l'influence du chancre. Les vaisseaux lymphatiques sont également affectés par lui en quelques circonstances, et cela chez la femme comme chez l'homme. Mais il n'est aucune parité de fréquence à établir entre ces lymphangites, accident éventuel du chancre, et l'adénopathic, symptôme constant, manifestation obligée de l'infection primitive. — Voici un bel exemple de ces lymphangites symptoniatiqucs du chancre.

La jeune femme que vous voyez en ce moment porte à la dernière phalange du doigt indicateur un chancre syphililiquo envoie actuelle de réparation. Ce chancre s'accompagne d'une adénopathie axillaire bien accusée, que vous pouvez facilement sentir. Mais ce n'est pas tout; promenez vos doigts sur la face interne du bras, et dans les trois quarts supérieurs du membre vous percevrez sous la peau la sensation d'un cordon dur, rénitent, tout à fait analogue comme forme cl comme volume à ce qu'est le canal déférent exploré à travers les bourses. Ce cordon suit toul le bord inlei ne du membre et se perd dans l'aisselle. Nul doute qu'il ne

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soit constitué par un lymphatique induré, allant aboutir aux ganglions axillaires. C'est donc là, messieurs, une lymjjhangite symptomatique du chancre digital.

Aux régions sexuelles il n'est pas rare de sentir, entre le chancre et le bubon, les lymphatiques intermédiaires tuméfiés et indurés d'une façon spéciale. Ils forment sous les téguments de petits cordons du volume et de la forme d'une ficelle, mobiles, déplaçables sous le doigt, très-durs et d'une dureté comparable à celle de la base du chancre, quelquefois enfin noueux et moniliformes sur certains points de leur trajet.

C'est le plus habituellement dans la région génito-crurale qu'on rencontre ces lymphangites. Elles suivent la direction du pli de la région, à un centimètre environ au-dessus ou au-dessous de ce pli, et figurent comme des cordons, des ficelles situées sous la peau. Plusieurs de ces petits cordons semblent parfois se réunir pour former un ruban aplati de 2 à 3 millimètres de largeur. — Inappréciables à la vue et perceptibles seulement par un palper délicat, ces lymphangites, lorsqu'elles sont très-accusées, se dessinent quelquefois par un très-léger relief à la surface des téguments; ce dernier cas cependant est des plus rares.

Parfois encore ces lymphangites s'observent au niveau du mont de Vénus. Elles forment là des tumeurs plus volumineuses, des espèces de renflements ou de nodosités semblables à un pois, à un haricot, nodosités très-dures, qu'en raison même de leur dureté on distingue facilement au milieu du pannicule graisseux de la région.

Les lymphangites symptomatiques du chancre infectant n'ont pas plus de gravité que le bubon. Elles sont absolument indolentes et passent le plus habituellement inaperçues. Elles n'offrent aucune tendance à s'enflammer. Spontanément elles se résorbent en quelques semaines, quelquefois même d'une façon plus hâtive, sans donner jamais lieu à la moindre complication. Le seul symptôme qui en révèle parfois l'existence est un certain degré d'œdème dur des grandes ou des petites lèvres.

De sorte qu'en définitive loules les manifestations du système

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lymphatique qui se produisent au voisinage et à l'oecasion du chancre sont doublement remarquables : l°par leur excessive bénignité d'un bout à l'autre de leur évolution; — 2" par leur tendance à la résorption spontanée.

Aussi, conséquence naturelle, ces accidents ne donnent-ils guère d'embarras en ce qui concerne le traitement à leur opposer, traitement dont il faut que je vous entretienne actuellement.

On a préconisé contre l'adénopathie symplomatique du chancre infectant quantité de médications et de méthodes thérapeutiques. Et toutes ces médications, toutes ces méthodes, au dire de leurs inventeurs, ont été couronnées de succès éclatants; elles onl toutes « fait merveille ». Je l'admets sans peine et n'en suis pas surpi'is. Le bubon syphilitique est de nature, en effet, à préparer des triomphes faciles à tous les remèdes, à tous les procédés qu'on met en œuvre contre lui, et cela pour une bonne raison, c'est qu'il guérit seul, sans qu'on lui fasse rien. Aussi l'expectation, aidée de l'hygiène, fournit-elle des succès égaux à ceux de toute thérapeutique, et c'est à elle qu'il faut s'en tenir sagement dans la presque totalité des cas. Dix-neuf fois sur vingt, pour le moins, ce bubon ne réclame aucune intervention de Vart, parce qu'il ne gêne en rien les fonctions, parce qu'il n'oiïre aucune tendance à s'enflammer, à se compliquer, parce qu'enfin il se résout seul et sûrement en un temps donné.

Dans l'énorme majorité des cas, la conduite à tenir se résume donc en ceci : s'abstenir de toute médication locale; — recommander simplement aux malades d'éviter la fatigue, les marches forcées, la danse, et toutes causes d'excitation qui pourraient retentir sur l'engorgement ganglionnaire.

Se manifeste-t-il une légère tendance inflammatoire dans les ganglions, (juelques soins d'hygiène en auront promptement raison : repos, bains répétés, catai)lasmes émollients, etc. — Si rinflammation devenait plus inlense, alors seulement il y aurai! lieu de recourir à des anliphlogisliques plus actifs et de mettre en œuvre le traitement de l'adénite aiguë; mais ce cas ne se présente que très rarement.

Lorsque après s'être enllarnmée, la tumeur (ce qui est plus rare encore) se ramollit cl suppure, elle doit être ouverte et évacuée comme un abcès. Toutefois, même dans ce cas, l'incision n'est pas toujours indispensable; car celle variété de bubon, ainsi que nous l'avons dit précédemment, est encore susceptible de se résoudre après avoir offert des signes non douteux de suppuration. Si donc le foyer ne paraît pas considérable, s'il n'y a pas menace de décollements étendus, on peut attendre et différer l'ouverture. J'ajouterai que, dans ce cas, l'application d'un large vésicatoirc sur la tumeur m'a semblé n'être pas sans avantage pour favoriser la résorption du pus.

Enfin, la dégénérescence strumeuse, qui complique parfois le bubon syphilitique, donne lieu à des indications d'un ordre spécial. Elle appelle l'intervention d'un traitement général destiné à combattre l'élément scrofuleux : iodiques, huile de foie de morue, ferrugineux, toniques, amers, bains salés ou sulfureux, bains de mer, alimentation reconstituante, campagne, aération, etc.

El maintenant. Messieurs, après vous avoir décrit chez la femme le bubon symptomatique du chancre, si nous venions à le comparer à ce qu'il est chez l'homme, quels résultats nous fournirait ce rapprochement?

Un premier fait, un fait saillant et principal ressortirait aussitôt de ce parallèle. C'est que le bubon de la femme est presque absolument calqué sur celui de l'homme. Identité de phénomènes sur toute la ligne : même époque d'apparition à la suite du chancre; même début insidieux et ignoré; mômes caractères de l'adénopathie à l'époque de son développement complet (indolence, multiplicité, dureté, processus aphlegmasique, etc.); même évolution ultérieure, même absence habituelle de complications, même bénignité générale, etc.

Tout au plus ce rapprochement nous fournirait-il quelques ditlerences de détail, quelques nuances entre ces deux bubons. Ainsi :

1° Toutes choses égales d'ailleurs, le bubon syphilitique est souvent moins apparent, moins manifeste chez la femme que

m ADÉNOPATIIIE PUIMITIVI-:

chez l'homme; conséquemmcnL, il a chez elle plus de charnues de passer inaperçu, de rester ignoré. — Cela peut tenir et lient même certainement à ce que les ganglions sont masqués chez la femme par la surabondance du tissu cellulo-adipcux. 11 en est du bubon de la femme comme du bubon des hommes très-gras, chez lesquels les ganglions disparaissent dans un pannicuie graisseux considérable, ou du moins sont difficilement accessibles à l'exploration.

2° A part cela, il est certain que le bubon reste parfois chez la femme, plus souvent que chez l'homme, au-dessous de son développement moyen, habituel. C'est là une remarque que j'ai eu l'occasion de faire plusieurs fois. A quoi cela peut-il tenir? Je l'ignore,

8° Il est positif aussi que le bubon persiste moins longtemps, en général, chez la femme que chez l'homme, qu'il se résorbe chez elle un peu plus rapidement. Pourquoi? Cela n'est peut-être qu'un corollaire de cet autre fait que vous connaissez déjà, à savoir la disparition plus hâtive chez la femme de l'induration cliancreuse, du néoplasme spécifique qui se produit sous l'accident de contagion. Quoi qu'il en soit, la raison de ces deux faits nous échappe absolument .

Mais, à ces quelques détails près, l'adénopalhie du chancre se produit dans l'un et l'autre sexe avec une identité complète de phénomènes et d'évolution. — A priori, cela devait être; de par la clinique, cela est.

Par lui-même, en tant que lésion, le bubon n'offrirait qu'un intérêt médiocre; car en somme, c'est un symptôme sans gravité, c'est un accident qui ne réclame pas d'intervention thérapeutique. On pourrait le méconnaître que le mal ne serait pas grand en vérité. Mais ce qui lait son importance, ce qui m'a engagé à insister sur lui avec tant de détails, c'est qu'il constitue pour la syphilis un élément séméiologiquc d'une valeur énorme, d'une util il é clinique des plus incontestables. Le bubon est un agent de

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diag)iostic par excellence, si je puis ainsi parler. C'est un signe que nous avons à consulter chaque jour et dont nous tirons invariablement le plus utile profit. C'est un signe d'une utilité égale à celle du chancre pour le diagnostic de la syphilis; — que dis-je, égale! je me reprends, — d'une utilité supérieure à celle du chancre, bien supérieure chez la femme spécialement. Jugez-en au surplus par les trois considérations suivantes :

1° Le chancre, chez la femme, est souvent un accident minime, assez dépourvu de caractères pour ne pas permettre d'instituer un jugement. — Or, inversement, chez la femme comme chez, l'homme, le bubon est presque toujours formulé d'une façon bien plus précise, bien plus saisissable, bien autrement positive. Il vient donc en aide au diagnostic ; il apporte un appoint; alors que le chancre dit peu, lui, bubon, il dit ou peut dire beaucoup. Somme toute, c'est lui qui fait la lumière dans plus d'un cas indécis, en donnant au chancre une signification particulière.

2° Le chancre chez la femme disparaît souvent d'une façon rapide, hative, et cela sans laisser de traces. — L'adénopathie, au contraire, est bien autrement persistante. Elle survit toujours au chancre. Elle est encore là comme un témoin posthume du chancre, qui le révèle, qui l'atteste alors qu'il a disparu, qui en accuse même à la fois et l'existence et le siège. De la sorte elle permet souvent certains diagnostics qui sans elle, convenez-en, resteraient pour le moins obscurs, si ce n'est impossibles.

3° Le chancre enfin, chez la femme, passe fréquemment inaperçu, pour des raisons que je vous ai dites. — Le bubon, au contraire, grâce à ses caractères plus accentués, risque moins d'échapper au médecin. Lorsque le chancre a été méconnu, c'est l'adénopathie seule qui peut mettre sur ses traces. Aussi, est-ce l'adénopathie qui révèle souvent l'existence de chancres ignorés ou dissimulés, qui dit : « Un chancre a existé là, voici la porte d'entrée de la vérole ». Plus d'un cas. obscur ou extraordinaire d'infection syphilitique n'a reçu son explication naturelle que grâce aux données fournies par les ganglions. Le plus souvent en effet (je pourrais presque dire toujours), la nature d'un chancre situé en dehors de la région génitale est méconnue parles malades; et, lorsque ce chancre a

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disparu, il ne reste plus que les ganglions pour en allesler le passage. J'ai eu l'occasion, par exemple, de voir trois jeunes gens qui, présentant des accidents syphilitiques non douteux, soutenaient de la meilleure foi du monde n'avoir jamais eu de chancres. Ce l'ut l'état des ganglions épilrochléens ou axillaires qui me conduisit, dans ces trois cas, à découvrir que l'infection reconnaissait pour origine des chancres digitaux. Les faits de ce genre abondent dans la science. M. Ricord notamment en a cité plusieurs des plus curieux*. Ces derniers jours encore, j'ai eu l'occasion d'en observer un tout semblable, qui peut-être vous intéressera. Le voici :

Une jeune sage-femme présentait des accidents non douteux de syphilis secondaire, mais elle ne savait, et l'on ne savait quelle pouvait avoir été l'origine de l'infection. Le mari de cette femme était sain; elle-même n'avait jamais été affectée, d'après son dire, de la moindre lésion aux organes génitaux, et l'examen de ces parties, fait avec le plus grand soin, ne fournissait aucun signe suspect, aucune cicatrice, aucune macule. D'où pouvait être née cette syphilis? On se mit en quête des ganglions. Dans l'aisselle droite, je découvris un gros ganglion, dur, indolent, mobile, du volume d'une noix. Plus de doute. Le chancre devait avoir affecté ou le sein, ou le bras, ou l'avant-bras, ou les doigts. El, en effet, cette jeune femme, rassemblant alors ses souvenirs, nous raconli» que deux à trois mois auparavant elle avait souffert d'un « singulier mal de doigt »; que ce mal, qui siégeait à l'index droit, au pourtour de l'ongle, avait duré longtemps « sans vouloir se cicatriser» ; qu'elle l'avait considéré comme « un panaris », puis comme une insigniiiante « lourniole », et ne s'en était pas occupée davantage. Elle se rappelaitaussi que, quelque temps avant d'être affectée de ce mal, elle avait accouché deux femmes syphililiques, dont l'une notamment « avait la vulve toute couverte de boutons ulcérés au moment du travail », etc. Bref, ce prétendu panaris, cette prétendue lourniole n'avait été rien autre qu'un chancre, cl bien uianifestemenl la malade avait reçu l'infection par le doigl. L'origine de cette syphilis se trouvait donc ainsi découverte, mais décou-

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