‹ Leçons cliniques sur la syphilisChapitre 62 sur 263 · HERPÈS · texte numérisé non relu

HERPÈS

Toutefois, Messieurs, avant de passer outre, je dois vous entretenir encore d'une particularité très importante, véritable pierre d'achoppement sur laquelle on vient souvent échouer parce qu'on n'en soupçonne pas l'existence, parce que cet écueil de bien des diagnostics mûrement et sagement institués n'est signalé nulle part.

Alors même que, de par l'ensemble des signes précédents, vous vous croiriez suffisamment autorisés à conclure pour ou contre le chancre, pour ou contre l'herpès, il est encore une réserve que vous devez apporter dans votre diagnostic, encore une erreur possible à commettre, encore un piège des plus insidieux où peut faillir votre jugement. Ce piège, c'est la coexistence possible des deux lésions que vous cherchez à distinguer, la coexistence de l'herpès et du chancre sur le même sujet, au même siège, dans le même temps.

Coexistence possible, ai-je dit. Peut-être aurais-je mieux fait de ■dire coexistence fréquente ou tout au moins assez commune. Chez la femme surtout, en effet, la coïncidence du chancre et dé l'herpès est loin d'être rare. Nombre de fois, depuis que mon attention a été plus spécialement attirée sur ce point, j'ai vu des malades nous arriver avec des chancres syphilitiques au pourtour des quels rayonnait une poussée d'herpès, ou bien avec des herpès disséminés, confluents, au milieu desquels, sur un point quelconque, on distinguait — non sans quelque peine — un véritable chancre.

A ce propos, une courte digression doit trouver place ici.

L'herpès, Messieurs, est une affection singulière, singulière surtout par l'étiologie qui préside à son développement. Tantôt elle apparaît au titre d'une affection incontestablement essentielle, c'est-à-dire qui n'est subordonnée à aucune autre, qui a son existence, son individualité propre. Tantôt, au contraire, elle descend au rang d'une affection évidemment syraptoraatique ; ce n'est plus alors une maladie, c'est seulement un symptôme, le symptôme d'une autre maladie, d'un état morbide quelconque

sympUlme associé, comme manifestation concomitante (herpès dit sijmptomalique du chancre). On s'abuserait donc, en maintes occasions, si l'on considérait comme lierpès toute lésion au pourtour de laquelle rayonne une poussée d'herpès.

auquel il obéit, donl. il n'est plus qu'une expression subalterne, accessoire, mineure. Or, ccl herpès symplomalique s' ohsevxe dsnis deux ordres de cas :

'["On bien il se manifeste à propos d'une maladie générale ou d'un trouble général de l'économie ;

2° Ou bien il se produit à propos d'un état morbide local, et au voisinage delà région qui est le siège de ce trouble morbide.

Précisons. — J'ai dit que, dans un premier groupe de cas, l'herpès se manifeste comme symptôme d'une maladie générale ou d'un trouble général de l'économie. Tel est, par exemple, Vherpès fébrile, celui qui se produit si communément, aux lèvres surtout ou ailleurs, dans le cours de la fièvre synoque, de la fièvre éphémère ou d'autres fièvres. — Tel est encore le fameux et singnVier herpès pneumonique, qui prélude à la pneumonie ou se produit pendant sa durée. — Tel est de même Vherpès critique. — Tel est aussi l'herpès qui se montre comme phénomène prémonitoire dans un certain nombre d'états morbides. Il y a quelques mois, une jeune femme entrait ici avec un herpès énorme, monstre, couvrant toute la vulve. J'annonçai à mes élèves que, vraisemblablement, une telle lésion n'était que le prélude d'un trouble violent de la santé, de quelque maladie grave devant se révéler bientôt. Cinq à six jours plus lard, en effet, se manifestaient chez cette femme des symptômes non équivoques d'une fièvre typhoïde. — Comme dernier type, enfin, je citerai l'herpès d\t émotif, celui qui succède à une émotion, à une impression un peu vive, à une secousse morale quelconque. 11 est notoire que certains sujets ne peuvent subir une émotion quelque peu violente sans présenter une éruption d'herpès sur les lèvres, sur la verge ou ailleurs.

Dans un second groupe de cas, ai-je ajouté, l'herpès se manifeste à propos d'un état morbide ou d'un trouble fonctionnel local, et généralement alors il se produit au voisinage de la région affectée. Tel est Vherpès blennorrhaqiqne de la verge, que j'ai observé d'une façon très commune en coïncidence avec la blcnnorrhagie. 11 est des malades qui sont affectés d'berpès à chacune de leurs chaudepisses, et qui en demeurent exempts tant que leur urètre reste à l'ctat sain. — De même, ici, nous observons très fréquemment l'herpès vulvaire en relation avec la vaginite, la vul-

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vile, l'urétlirite. — Et d'ailleurs n'esl-il pas de notion commune que la simple congestion menstruelle suffit à déterminer bien souvent des poussées d'herpès vulvaire (herpès dit périodique ou memiTuel)1 II est même certaines femmes qui, régulièrement, invariablement, sont prises d'herpès à chaque apparition de leurs règles.

Eh bien. Messieurs, ce que fait la blennorrhagie, ce que fait la vaginite, ce que font les règles, le chancre aussi le produit en maintes occasions. C'est vous dire que l'apparition d'un chancre sur la vulve ou sur les régions génitales est souvent l'occasion d'une poussée d'iierpès qui se produit aux environs. Le fait n'est pas rare. J'en ai observé déjà plus d'une centaine de cas. — Quelques-uns de ces cas m'ont paru assez curieux pour être conservés par le dessin. Les voici ^ Ce sont des témoignages irrécusables à l'appui de la thèse que je soutiens.

Or, Messieurs, pour revenir à notre sujet, voyez quelle source d'erreurs, voyez quel piège (je reprends ce mot à dessein), quel piège tendu à la bonne foi de l'observateur par cette coïncidence au même siège et dans le même temps de deux maladies aussi distantes comme nature, mais aussi rapprochées quelquefois comme attributs extérieurs. Alors que l'une d'elles seulement se présente à notre observation, on est souvent fort embarrassé pour la taxer d'herpès ou de chancre. Plus grand encore sera nécessairement l'embarras lorsque toutes deux seront réunies et coexisteront au même point. Sans doute, le chancre ne risquera guère de faire méconnaître l'herpès; mais ce sera l'herpès qui fort souvent fera méconnaître, négliger, oublier le chancre. Aussi l'erreur par omission du chancre, si je puis ainsi parler, est-elle très communément commise en pareil cas. Et comment ne le serait-elle pas Il faut, pour l'éviter, être prévenu de la possibilité d'une telle coïncidence, et nos classiques restent muets sur ce point. J'ajouterai même que, prévenu, on se laisse encore aller quelquefois à prendre le change, tant est insidieuse la particularité sur laquelle je viens d'appeler votre attention.

1. Pièces et dessins déposés au Musée de riiôpilal Saint-Louis.

202 DIAGNOSTIC DU CHANCllE.

Pour résumer acluellemont toute cette discussion sur le diagnostic différentiel de l'herpès et du chancre, je placerai sous vos yeux le tableau suivant, dans lequel je me suis efforcé de présenter d'une façon méthodique les divers signes cliniques qui permettent de distinguer ces deux affections:

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