TROUBLES GÉNÉRAUX DE LA PÉRIODE SECONDAIRE
elle Stimule OU éveille souvent les manifestations*; — à propos même du rhumaii.sme, etc. Mais la preuve me semble faite, et il serait superflu, je pense, d'ajouter de nouveaux exemples à ceux que j'ai déjà produits.
Je me restreins donc, et je termine cet exposé en le résumant par cet aphorisme déduit d'une des plus vastes expériences médicales, aphorisme dont chaque jour j'apprécie de plus en plus la vérité clinique :
V La vérole, nous disait mon ancien maître, M. Ricord, est un branle-bas dans l'économie, un branle-bas susceptible d'exciter tous les vices organiques, d'éveiller toutes les diathèses en puissance. Aussi la vérole devient-elle souvent le point de départ de phénomènes ou d'accidents qui, comme nature, lui sont absolument étrangers. »
C'est à ce point de vue. Messieurs, que l'état général de la syphilis est surtout intéressant à connaître pour le médecin.
Quand on formule le pronostic de cette maladie, on ne lient compte, en général, que de ses accidents propres. C'est une faute; car, à côté de. ces accidents, il est d'autres dangers indirects auxquels expose la maladie. C'est une faute, car ces accidents indirects sont parfois bien plus graves que ceux qui résultent directement et spécifiquement de la dialhèse.
plosion d'affections d'autre nature ou qu'elles leur fassent place. On voit assez souvent, par exemple, un psoriasis darlreux naître ou tout au moins reparaître sous l'induence d'une poussée syphilitique, etc.. »
M. Razin va môme plus loin; il croit que la syphilis favorise le développement des affections parasitaires. D'après lui, c le vtigélal parasite croît et se multiplie avec une grande rapidité sur un terrain syphilitique ». (Leçons sur la syphilis et les syphilides, Paris, 186G.)
1. Ce qui précède ne s'applique pas moins à l'herpès. J'ai vu souvent des sujets, qui n'avaient jamais été affectés d'herpès, devenir herpétiques à l'occasion de la syphilis. Je ne veux pas dire que la syphilis crée de toutes pièces et cnpMidre l'herpès; je crois seulement qu'elle en favorise, qu'elle en détermine la manifestation.
Dans un travail des plus intéressants, M. le docteur N. Queneau de Mussy a exprimé la môme opinion. « La syphilis, dit-il, peut ùue la cause orcasiounclle des manifestations herpétiques. Celles-ci succèdent assez souvent à la vérole; et, cniniue je le disais à l'iiùpital de Lourcinc, la vérole esl un fumier qui favorise l éclosioii de Ions les germes diathésiques. » (Ilerpélisme utérin, in Archives génér. de médecine, 1871, t. II.)
Les manifcstalions propres de la diaLhèse, en cfTcl,, sont, le plus souvent peu sérieuses; ou, sont-elles sérieuses à un degré quelconque, nous avons un recours contre elles; nous avons des remèdes, des médications qui en viennent à bout, sinon toujours, du moins le plus habituellement; tandis que, contre les conséquences indirectes de la diathèse, telles que la scrofule ou la tuberculose, nous sommes bien moins puissants, si ce n'est parfois complètement désarmés.
La conclusion de tout ceci, Messieurs, c'est que la vérole n'est pas seulement grave cornme maladie, mais aussi comme came morbifique; et la conséquence pratique qui en dérive, c'est qu'il faut traiter la vérole non pas seulement pour elle-même, mais en prévision des dangers indirects auxquels elle expose.
X"", Xr" ET \ir LEÇONS.
SYPHILIDES CUTAIVÉES.
SOMMAIRE. — Éruptions spécifiques de la peau ou syphilides. — A quelle période de la diathcse se manifestent ces éruptions ? — Syphilides précoces, intermédia ires, tardives.
— Hiérarchie chronologique à laquelle sont assujettis ces accidents. — Caractères différents des syphilides suivant la période à laquelle elles appartiennent.
Les syphihdes forment un groupe naturel de dermatoses. — Comme tout groupe, comme toute famille pathologique, elles présentent un certain ensemble de caractères communs. — Quels sont ces caractères? — Trois principaux, majeurs : 1° Éruptions apyrétiques, affectant une allure froide, aphlegmasique, et une évolution lente, parfois voisine de la chronicité; — 2° Érujjtions indolentes et notamment aprurigineuses; — 3° Éruptions toutes justiciables du mercure. — Autres caractères moins généraux, mineurs : 1° Tendance fréquente au polymorphisme; — 2° Coloration spéciale (teinte jambon, teinte cuivrée); — 3° Tendance à la forme cerclée, soit comme configuration de l'élément éruptif, soit comme mode de groupement des lésions éruptives.
Infinie variété de formes qu'affectent les syphilides. — Nécessité d'assujettir ces formes multiples à une classification méthodique. — Obscurités et anarchie introduites dans cette étude par des classifications successives, variées, complexes cl méticule iscs. — Urgence d'un retour à une méthode plus simple et plus pratique.
Classification pratique des syphilides. — Huit groupes, dont sept peuvent être appliqués h la période secondaire.
Premier type : Type éhythémateux. — Trois espèces : 1° Roséole. — Espèce la plus commune et la plus précoce. — Caractéristique objective de l'éruption. — Distribution, confluence, etc. — Évolution, durée. — Récidives. — Roséole de retour. Triple caractère qui la différencie en général de la roséole de première apparition.
— Diagnostic différentiel de la roséole. — 2° Roséole ortiée. — Espère très voisine de la précédente, dont la distingue une simple particularité. — 3° Roséole drainée. — Forme tardive, relativement. — Configuration toute spéciale. — Exemple rare d'une roséole annulaire à anneaux gigantesques.
Second groupe : Type papuleux. — Groupe le plus riche elle plus important.— Variétés multiples, dérivant toutes d'un élément commun, la /w^h/c — Qu'est-ce que la papule ? — Comment les modifications ultérieures que subit cette papule arrivent à constituer des modes éruptifs très différents.
\ci\\. — S\iplùlidepapuleuse et syphilide/JrtpH/o-si/MameMse.— Association habituelb' de ces deux formes éruptives. — Sous-espèces : l''Syphilide à petites papules ou pa-
SYPHILIDES CUTANÉES.
pulo-granuleuse. — Caractéristique. — Évolution. — Sypiiilide papuleuse ponctuée.
00 Syphilidc à grandes papules (S. lenticulaire ou nummulaire). — Forme très coni-
j^yjjg i^cs caracttircs. — Étendue, configuration, couleur, etc. — Confluence. —
Localisations habituelles. — Évolution. — 3° Syphilidc papuleuse en nappe.
Quelques variétés de ces formes primordiales : Syphilidc psoriasiforme (psoriasis syphilitique). — Syphilidc papuleuse à papules rudimenlaircs. — Papules cupuliformes. — Syphilidc papuleuse circinée. — Syphilidc granulée des ailes du nez, du menton, etc. — Psoriasis palmaire et plantaire. — Caractéristique, évolution de cette dernière variété. — Psoriasis lenticulaire, psoriasis en nappe. — Psoriasis
goi-né. Crevasses palmaires. — Résistance particulière de celte forme de syphilide,
alors qu'elle se montre comme expression tardive de la diathèse. — Particularité de siège propre à cette syphilide; signification diagnostique qu'elle comporte, m. Syphilide papulo-érosive (plaques muqueuses de la peau). lY. Syphilide papulo-croilteuse. — Deux éléments : une papule; — une croûte surmontant cette papille. — En quoi celle syphilide diffère-t-elle des syphilides pustulo-crustacées, et pourquoi doit-elle en être soigneusement distinguée?
Troisième groupe : Type squameux. — Type très rare, exceptionnel, contesté même par certains auteurs. — Syphilide pityriasiforme.
Quatrième groupe : Tïpe vésiculeux. — Une seule variété importante et assez commune chez la femme : Syphilide herpétiforme. — Deux attributs caractéristiques : 1° ténuité des éléments éruptifs ; — 2° Confluence excessive de ces éléments.
Cinquième groupe : Type pustuleux. — Syphilides pustulo-crustacées. — Formes nombreuses. — Caractères communs à toutes les formes ; 1° début par une \msiule; — 2° croûte succédant à cette pustule; — 3° sous cette croûte, érosion ou ulcération du derme.
Trois sous-espèces :I. Syphilide acnéiforme. — II. Syphilide impétigineuse. — Deux formes : 1° Impétigo superficiel, érosif; — 2» Impétigo rodens. — Gravité spéciale de cette dernière forme. — III. Syphilide ecthymateuse. — Deux formes : 1° Ecthyma supei'ficiel. — Forme commune, précoce et bénigne. — Ses caractères. — Son association fréquente à d'autres types éruptifs. — Ses localisations habituelles. 2» Ecthyma profond. Forme rare, tardive et sérieuse — Ses caractères. — Pustule initiale. — Croûte étagée. — Aréole. — Ulcération. — Macule et cicatrice consécutives. — Siège. — Durée. — Tendance aux récidives. — Ecthyma phagédénique serpigineux. — Gravité de l'ecthyma profond : 1° comme lésion; — 2° comme indice pronostique au point de vue de la diathèse.
Sixième groupe : Type bulleux. — Rupia. — A un seul détail près bulle initiale) identité parfaite de cette syphilide avec l'ecthyma profond.
Septième groupe : Type maculeux. — Syphilide pigmenlaire, éphélique ou maculeuse. — Type presque exclusivement spécial au sexe féminin. — Localisation singulière de cette syphilide sur le cou. — Caractéristique. • — Taches pigmentaires, hyperchromiques. — Apparence vitiligineusé des portions de peau enlacées par ces taches. — Deux particularités : 1" durée très longue de la lésion; — 2° résistance à tous les agents thérapeutiques. — Diagnostic différentiel.
Traitement. — L'art peut agir sur les syphilides. — De quelle façon? — 1° D'une façon curative; — 2° D'une façon préventive, en supprimant ou en atténuant les manifestations cutanées. — Trouble apporté par le traitement spécifique dans l'ordonnance et l'évolution des syphilides. — C'est le mercure qui, de tous les agents thérapeutiques, exerce l'influence la plus active sur cet ordre d'accidents. — Seul, il suffit au traitement de la plupart des syphilides, notamment des syphilides précoces ou interiiiédiaires. — Secours efficace qu'il reçoit de l'iodure de potassium pour le traitement des syphilides tardives.
Traitement local des syphilides. — Est-il indispensable ou môme utile dans tous les cas? — Inutilité d'un traitement topique contre les syphilides d'un certain ordre.
•SYPHILIDES CUTANÉES.
— Du bain de vapeur contre les sypliilides ; ses avantages et ses inconvénients. — Traitement topique du psoriasis palmaire et plantaire. — Nécessité d'une médication locale contre les sypliilides ulcéreuses. — Succès presque constants fournis par la méthode occlusive. — Effets très inégaux et très incertains d'autres agents topiques. — Que faire en certains cas rebelles où rien ne réussit? — Un beau succès de M . Ricord.
Diagnostic général des syphilides. — Le diagnostic de l'espèce, du genre, de la variété d'une syphilide n'a qu'un intérêt médiocre en pratique. — Ce qui importe seulement, ce qui est indispensable, c'est de reconnaître la nature syphilitique d'une éruption. — Sur quelles bases doit être institué ce diagnostic? — 1° Sur les caractères objectifs delà lésion; — 2° Sur les accidents spécifiques concomitants; — ii" Sur la notion des antécédents. — La syphilis est un ensemble, une évolution pathologique, une série d'accidents, dont les uns peuvent et doivent servir de témoignages aux autres.
Coup d'œil d'ensemble sur les syphilides de la période secondaire. — Inégalité et variété de ces accidents chez les différents sujets. — Des syphilis « cïi dehors », à accidents cutanés multiples. — Des syphilis pauvres en manifestations cutanées. — Hiérarchie chronologique des diverses syphilides secondaires. — Trois groupes : Syphilides précoces, sy|)hilidcs intermédiaires, syphilides tardives. — Dérogations rares à cet ordre habituel d'évolution.
.levons disais, Messieurs, dans notre dernière réunion, que les premiers accidents par lesquels s'annonce la période secondaire consistent le plus habituellement en des lésions diverses du système cutané ou muqueux. Tout naturellement, donc, c'est par cet ordre d'accidents que nous devons inaugurer l'étude des manifestations secondaires de la vérole.
De tous les symptômes syphilitiques, ceux qui affectent la peau et les muqueuses sont à coup sûr les plus communs. Sous une forme ou sous une autre, ils se produisent presque fatalement sur tous les malades. C'est assez dire quel intérêt nous avons à les connaître.
Les accidents que détermine la syphilis sur la peau ou sur les muqueuses portent le nom de syphilides.
Les syphilides se partagent naturellement en deux grands groupes :
1" Si/philides de la peaUy ou syphilides culanées, ou syphilidi^s pro|)rcment dites; ^" Syphilides du tégument muqueux ou syphilides muqueuses. Les syphilides cutanées nous occuperont tout d'abord.