IV. — Éruption éphémère, disparaissant en quelques jours
V. — Éruption succédant à une cause spéciale : ingestion récente de copahu ou de cubcbe.
1. Parfois la tache de roséole, surtout lorsqu'elle a duré assez longtemps, présente une certaine inégalité de surface. Elle est alors semée de très petites saillies miliaires, traversées par un poil et vraisemblablement constituées par des follicules pileux liypcrtrophiés. On compte sur la tache de cinq à dix de ces saillies en moyenne, quelquefois davantage. — C'est à cette forme légèrement modifiée de roséole qu'on donne le nom de roséole piquetée ou de roséole granuleuse. — Inutile d'ajouter i[uc cette modification d'aspect ne présente qu'un inlérôt dermatologique.
276 SYPHILIDES ÉRYTH ÉMATEUSES.
roséole ; c'est une syphilide polymorplie, éryLliémateuse sur quelques points, mais sur d'autres papuleuse, papulo-squarneuse, papulo-croûteuse, etc. Quelquefois cependant, même en dehors de toute médication, la roséole disparaît sans se compliquer d'autres exanthèmes, mais pour être suivie à échéance variable d'autres manifestations sur le tégument cutané ou muqueux.
Toujours est-il qu'après une certaine durée, sous l'influence du mercure ou du temps, la roséole disparaît complètement.
Et comment disparaît-elle ? Par résolution simple et progressive, sans squames, sans altération de l'épiderme ou du derme, sans cicatrices, sans vestiges.
Évanouie, elle peut renaître; mais elle ne récidive guère qu'à assez long terme, surtout lorsque est intervenue une médication quelque peu prolongée, suffisante pour atténuer la diathèse et l'empêcher de passer à des formes plus graves, mais insuftîsante pour l'éteindre absolument.
Lorsque la roséole récidive, de deux choses l'une : ou bien l'éruption se reproduit avec les mêmes caractères, mais avec une confluence moindre en général; — ou bien elle reparaît, ce qui est plus commun, avec une physionomie quelque peu différente. La roséole de retour, comme je l'appelle alors, diffère habituellement de la roséole primitive par un triple c-aractère de ses taches, qui sont à la fois moins nombreuses, plus larges el plus pâles. Quelques détails à ce propos ne seront peut-être pas inutiles.
D'abord, la roséole de retour est en général discrète, si discrète même en certains cas qu'on la voit se borner à une douzaine, à une demi-douzaine de taches disséminées çà et là.
Ces taches, en second lieu, sont en général plus larges, plus étalées que celles de la roséole primitive; ollesont l'étendue d'une amande, d'une datte, d'une pièce de deux francs, jiarfois même d'une pièce de cinq francs.
Elles sont, enfin, moins rosées que celles de la roséole commune; leur teinte est d'un rose gris très pâle; elles sont très atténuées de ton, romnie fondues dans la peau et sans conlour bien limité, si bien (pic p.irfois on a peine à les voir, el qu'il faut les chercher avec atlcnliou pour les découvrir.
ROSÉOLK ORTIÉE. "277
Lorsque en pratique on observe une éruption de ce genre sur un malade à antécédents inconnus, on a de fortes présomptions, de par les seuls caractères c^ue je viens de vous signaler, pour la considérer comme une roséole de retour et plus sûrement encore pour la rapporter à une infection déjà ancienne, car c'est là une forme d'exanthème relativement assez tardive
Seconde espèce : Roséole ortiée.
Cette variété est de tous points identique à la précédente, comme couleur, comme configuration, comme confluence, comme distribution à la surface du corps, et aussi comme époque d'apparition. Elle n'en diffère que par un seul caractère : ses taches, au lieu d'être absolument plates, sont quelque peu élevées, bombées, comme boursouflées, et font un très léger relief que la vue et le doigt peuvent également apprécier. Elles rappellent ainsi la plaque saillante de l'urticaire ou de la piqûre d'ortie. C'est pourquoi j'ai baptisé cette forme éruptive du nom de roséole ortiée, dénomination préférable, je crois, à celle d'érythème papuleux ou de roséole papuleuse que lui donnent certains auteurs, car la papule est une lésion spéciale qui n'existe pas ici, et le mot de papule ne doit pas être détourné de son sens anatomique pour devenir synonyme de relief, de saillie, de simple fluxion inflammatoire.
Ne se distinguant de la roséole proprement dite que par l'aspect boursouflé de ses taches, la roséole ortiée s'en rapproche en-
1. Celte forme d'éruption est considérée par quelques dermatologisles coiil.emporains comme « une roséole modi^ée par le mercure ». Il est indéniable en effet qu'on l'observe toujours sur des malades ayant subi un traitement mercuriel, et pour •ma part je ne l'ai pas encore rencontrée dans des conditions différentes. Mais il est à cela, je crois, une raison plausible : c'est que cette variété de roséole est essentiellement tardive, et qu'à une époque tardive la syphilis non trailée ne s'en tient pas aux formes érythématcuses, superficielles et bénignes. Aussi serais-je peu partisan de voir dans cette forme de roséole, ainsi que le veulent quelques-uns de nies collègues, une sorte de produit métis de la vérole et du mercure. Je crois plus prudent de ne rien inférer de rindnence du mercure sur les modifications intimes de Téruplion, et de considérer simplement cette espèce de syphilide comme l'expression d'une diatlièse quelque peu ancienne et déjà atténuée par le traitement dans la forme et la gravité de ses sym{itônies.
-278 SYPHILIDES ÉRYTHÉMATEUSES.
core absolument par sa marche el sa terminaison. — Souvent aussi elle coïncide avec de simples taches érythémateuses.
Ces deux variétés, roséole et roséole ortiée, sont donc très voisines l'une de l'autre et pourraient être confondues sans inconvénient pratique
Dans une forme plus tardive comme époque d'apparition, la roséole ortiée se montre quelque peu différente du type que je viens de décrire.
D'une part alors, au lieu d'être disséminée, elle se concentre volontiers sur quelques îlots de la surface tégumentaire. D'autre part, ses taches sont plus larges, souvent agminées et cohérentes, souvent aussi disposées suivant tel ou tel mode du type circiné-.
Troisième espèce : Roséole circinée.
Celle-ci diffère essentiellement des formes précédentes à deux points de vue :
1° Au lieu d'être une éruption précoce, c'est une éruption assez tardive de la période secondaire, ne se manifestant en général qu'à une époque assez éloignée du début de l'infection, vers la fin de la première année, dans le cours de la seconde ou de la troisième, quelquefois même au delà (chez les sujets traités, bien entendu).
2° Elle est constituée par des taches rosées, plates ou très légèrement saillantes, dont l'attribut spécial est la forme circinée.
Ces taches figurent ou des cercles complets, dont toute l'aire est rosée; — ou, plus fréquemment, des circonférences, des anneaux teintés d'érythcme, à centre sain; — ou des demi-anneaux, des arcs de cercle en forme de G, de croissant, de demi-lune, etc. ; — ou bien encore des segments de circonférence réunis bout à
1. Inutile de dire qu'en dépit de certaines ressemblances grossières la roséole ortiée ne court aucun risque d'ètro confondue avec Vurlicaire commune, que distinguent sumsamment lo caractère prurigineux de ses plaques, leur durée éphémère, leur rcnitence, leur coloration particulière, leur décoloration centrale, etc., etc.
2. Voy. au musée de Saint-Louis deux beaux types de roséole circinée (pièce n° i67 de la collection de l'hiîpital et pièce, n" 171, de ma collection particulier e).
ROSÉOLE C[RC(NÉE. 279
bout, des 8 de chiffre, des arceaux, des ovales, des ellipses, cic...
Les variétés annulaire, semi-annulaire, ovalairc, elliptique, sont les plus communes. — Les circonférences ou les arcs de cercle qu'elles décrivent sont presque toujours d'un petit rayon, qui ne dépasse guère celui d'une pièce d'un ou de deux francs, de cinq francs au maximum. — Voici pourtant un cas dans lequel une roséole circinée présentait des circonférences d'un énorme diamètre, telles que je n'en avais jamais observé de semblables. Sur ce moulage, belle reproduction due au talent de M. Barelta, vous voyez trois de ces anneaux, dont deux sont réunis en forme de 8, et qui ne mesurent pas moins de 6, 7 et même 8 centimètres de diamètre. C'est là, je dois le dire, un cas presque extraordinaire, unique à ma connaissance jusqu'à ce jour ^
Les syphilides de ce genre sont assez persistantes de leur nature quand elles sont abandonnées à elles-mêmes. — D'autre part, si elles cèdent assez facilement au mercure, il est d'observntion qu'elles présentent une singulière tendance aux récidives. Elles peuvent reparaître plusieurs fois de suite en dépit du traitement, et il est souvent besoin, pour en débarrasser complètement les malades, d'une médication assez prolongée.
Au point de vue séméiologique, la roséole circinée comporte un intérêt des plus sérieux. Sa configuration toute particulière en cercles, en demi-cercles, en arceaux, est un caractère dont le diagnostic peut tirer un utile profit. L'une de ses formes même, la forme en anneaux, me semble presque pathognomonique. Pomma part, du moins, je n'ai jamais rencontré VéryUième annulaire (j'entends l'érythème pur, vrai, sans mélange de squames, de papules ou de parasites) que sur des sujets dûment syphilitiques et comme accident non équivoque d'infection constitutionnelle.
Une seule affection pourrait en être rapprochée. C'est l'érythème multiforme d'Iiébra, dans ses variétés de forme circinée (Erij- Ihema annulare, Ërylhema gyratum ou marginalum). Mais cet érythème se distinguera toujours très facilement de la sypiiilidc
1.. Celte pièce est déposée au musée de riiôpital de Louixiiic.
280 SYl'UlLIDES PAPULEUSES.
que nous venons de décrire par sa configuration plus méthodiquement cerclée, par sa teinte d'un rouge beaucoup plus intense, par la saillie plus considérable de ses taches, par son siège habituel sur la face dorsale des mains et des pieds, par sa durée bien autrement éphémère, etc., etc.