SECOND GROUPE : TYPE PAPULEUX
SYPHILIDES PAPULEUSES.
Ce groupe est le plus important que nous ayons à étudier. Et cela pour deux raisons : parce que, d'une part, il est le plus riche de tous en espèces et en variétés; parce que, d'autre part, toutes ses espèces, toutes ses variétés sont excessivement communes, plus spécialement encore chez la femme que chez l'homme.
Bien qu'assez différentes de l'une à l'autre comme aspect el comme physionomie générale, les formes éruptives multiples qui composent le groupe de syphilides que nous allons étudier dérivent toutes d'un élément commun, originel et primordial. Cet élément commun, c'est la papule; — la papule, c'est-à-dire, dans le langage et la classification de Willan, « une petite élevure de la peau, solide et résistante, ne renfermant pas de liquide, susceptible parfois de s'éroder à son sommet, mais se terminani presque toujours par résolution ou desquamation » ; — la papule, c'est-à-dire, dans le langage anatomique actuel, une infillralion sèche du derme, une néoplasic circonscrite et interstitielle du chorion.
Les modifications ultérieures que peut subir dans son évolution cette lésion originelle, la papule, constituent des modes éruplifs différents — différents comme aspect, mais non comme essence — et légitiment, au point de vue descriptif, la division des syphilides papuleuses en un certain nombre d'espèces, de sousespèces, de variétés, etc.
Rien de plus simple d'ailleurs que cette division, exclusivement
SYPHILIDE PAPULO-SQUAMEUSE. 281
basée, comme vous allez le voir, sur les caractères objectifs de la lésion. Ainsi :
La papule peut rester papule, sans modifications ultérieures. L'éruption, dans ce cas, constituée par un certain nombre de lésions de ce genre, sera dite tout naturellement syphilide papuleiise.
2° Si la papule, au contraire, subit à sa surface un processus desquamatif, l'éruption prendra le nom de syphilide papulo-squameuse.
3° Que la papule, au lieu de rester sèche, au lieu de se couvrir de squames, devienne humide à sa surface, érosive, excoriative, la forme d'éruption qui en résultera sera une syphilide papuleuse humide ou papulo-érosive.
ht Enfin, si la papule vient à se revêtir de croûtes, elle constituera une éruption dite syphilide papulo-croûteuse.
Quoi de plus naturel qu'une telle classification, reposant sur des différences cliniques facilenient appréciables, et traduisant ces différences par une série de dénominations empruntées aux symptômes mêmes qu'elle qualifie? Cette classification (que je puis louer puisqu'elle ne m'appartient pas) * ressort de l'aspect même des lésions, et simplifiera pour vous, je l'espère, l'étude quelque peu complexe des syphilides papuleuses. Vous allez du reste en juger.
Première et seconde espèce : Syphilide papuleuse et Syphilide papulo-squameuse.
A dessein je réunis ces deux espèces dans une description commune, car d'une part elles ne diffèrent entre elles que par un seul «aractère, et d'autre part elles coïncident le plus souvent en clinique, réunies, associées qu'elles sont sur le même sujet.
Ce en quoi elles diffèrent l'une de l'autre, vous le savez déjà,
1. Je n'ai fait qu'y introduire une espèce, la sypliilide pa/)uio-croûteuse. Cette syphilide papulo-croùteuse, vaguement confondue jusqu'ici soit avec la papule érosive, soit avec les syphilides puslulo-crustacées, m'a paru devoir être distinguée de ces derniers types cruptifs et mériter une description spéciale. On en jugera par ce qui va suivre.
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Messieurs, sans que j'aie besoin de vous le dire. La première consiste en des papules simples, intactes à leur sommet, non squameuses; — la seconde est constituée par des papules qui subissent à leur surface l'exfoliation épidermique dite desquamation.
Qu'elles coexistent fréquemment, cela encore se conçoit sans peine, cela doit être; car la papule et la papulo-squame ne sont que des phases successives, des âges divers de la même lésion, et presque toujours la papule initiale aboutit à la papule squameuse après une courte durée.
La forme papuleuse pnre peut certes exister isolément; mais elle n'est le plus habituellement qu'une forme de début, qu'une forme jeune, qui, en vieillissant, ne tarde guère à desquamer.
Aussi, réserve faite théoriquement pour l'individualité de ces deux formes, pouvons-nous, avec tout avantage au point de vue pratique, les comprendre l'une et l'autre dans un exposé commun.
Les deux types papulo-squameux présentent trois sous-espèces que distinguent d'une façon très naturelle des caractères cliniques facilement appréciables ; à savoir :
i° Une forme éruptive k petites papules, que je vous proposerai d'appeler syphilide papulo-granideuse ;
2° Une forme à larges papules, dite, suivant l'étendue de ses papules, syphilide lenticulaire ou syphilide nummulaire ;
3° Une forme dont les éléments papuleux, au lieu d'être distincts et isolés, sont au contraire agminés, réunis en groupe, de façon à constituer des nappes ou des plaques éruptives : syphilide papuleuse en nappe.
Spécifions en quelques mots les caractères propres à chacune de ces variétés.
1° Syphilide à peliles papules, dite papulo-granulcusc
Celle-ci est constituée par une éruption disséminée et presque
1. l'orme dccrilo par quelques ailleurs sous les noms de syphilide papuleuse miliawc, syphilide papuleuse conique, lichénoïde, lichen syphilitique, etc. Voy. comme exemple la pièce n" 107 de ma collection parliculii-rc.
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toujours assez conflucnle de peiiles papules. Ces papules sont des élevures du derme, pleines, arrondies, rénitentes, également appréciables à la vue et au toucher. Elles ont en moyenne le volume d'une demi-tête d'épingle ou d'une petite lentille. Elles sont granuleuses, c'est-à-dire qu'elles fournissent au doigt la sensation d'un petit corps arrondi, d'un grain de millet par exemple, enchâssé dans le derme. — Comme coloration, elles commencent par être rosées, puis bientôt elles deviennent d'un rouge brun assez sombre, qui parfois prend la teinte jambon et plus rarement offre le reflet cuivré. — Comme distribution, enfin, elles semblent le plus habituellement semées au hasard. Quelquefois réunies en groupes, elles n'affectent qu'exceptionnellement dans leur disposition réciproque la forme annulaire ou demi-cerclée.
A leur début, ce sont toujours des papules intactes, recouvertes d'un épiderme sain. Quelquefois elles persistent sous cette forme, mais cela est très rare; presque toujours en effet elles aboutissent à desquamer, et se présentent alors sous l'un ou l'autre des aspects suivants :
Ou bien les couches épidermiques non encore détachées constituent à la surface de la papule des lamelles blanchâtres, minces, légèrement squameuses; — ou bien l'épiderme s'est complètement exfolié à leur surface, de façon à découvrir la papule, qui parait alors brillante et vernie. Dans ce cas, le contour de la papule est dessiné par une circonférence blanchâtre, dite colleretle, vestige de la brisure circulaire de l'épiderme. On accordait autrefois une grande importance diagnostique à cette collerette qu'on regardait (et cela bien à tort) comme un caractère exclusivement propre aux papules syphilitiques.
Il s'en faut que toutes les papules composant l'éruption aient un égal développement. Ce qui ajoute d'ailleurs à leur inégalité de dimensions, c'est qu'elles sont loin d'être toutes du même âge, l'exanthème papuleux ne se constituant en général que par poussées successives. Aussi est-on frappé, quand on examine une syphilide de cette forme à une époque moyenne de son évolution, de la trouver constituée par un mélange d'éléments éruptifs très inégaux, ceux-ci petits et ceux-là plus grands, les uns jeunes à l'état de papules intactes, les autres adultes et squameux, d'autres