SYPHILIDES CUTANÉES
contingent habituel, normal, d'une syphilidc de ce genre abandonnée à sa libre expansion? Eh bien, loin d'être rares, des faits semblables ou analogues se rencontrent à chaque pas dans la pratique, et démontrent péremptoirement l'influence tempérante de certains remèdes sur les manifestations de la diathèse.
3° Un troisième effet qu'exerce le traitement sur les syphilides, c'est d'en troubler l'ordonnance chronologique, de retarder l'échéance normale de leur développement.
Exemple : dans l'évolution naturelle de la diathèse, la roséole fait son apparition habituelle vers le quarante-cinquième jour après le début du chancre. Or, qu'un malade aff'ecté de chancre vienne à prendre du mercure, ne serait-ce que pour deux à trois semaines, la roséole n'apparaît plus au quarante-cinquième jour; elle retarde quelque peu, elle ne se manifeste qu'à délai plus éloigné. A plus forte raison, si le malade s'est traité plus longtemps, la roséole peut-elle devenir de plus en plus tardive et se proroger jusqu'à la seconde ou la troisième année. Il en est de môme pour toutes les autres syphilides; et c'est ainsi que journellement nous voyons des éruptions, qui, dans la chronologie normale de la diathèse, appartiennent aux premiers mois de l'infection, ne se manifester qu'à échéance infiniment plus reculée.
L'influence que peut exercer sur les syphilides une certaine thérapeutique n'est pas chose nouvelle. Sur ce point l'expérience date de loin. Elle date des dernières années du xv" siècle. Les syphilides, en eiï'et, pour une raison toute naturelle, furent les symptômes qui frappèrent le plus l'attention des observateurs du vieux temps. Désignées à l'origine sous le nom générique de pustules (piistulœ), elles furent d'abord traitées par cent médications empiriques qui n'aboutirent à aucun résultat. Plus tard, l'analogie conduisit à expérimenter contre elles quelques remèdes à base mercurielle, qui jouissaient d'une efficacité reconnue pour la cure de certaines dermatoses. Le succès dépassa toute attente, et il faul lire dans les écrits du temps l'enthousiasme qui accueillit l'application des onguents mcrcuriels au traitement des exanthèmes du Mal Français. A dater de cette époque, le mercure entra dans la thérapeutique de la vérole, et y entra pour y rester, en dépit des
préjugés vulgaires, en dépit des oppositions violentes qu'il rencontra jusque dans le public médical, en dépit même de l'abus qu'on en fit et des désastres qui résultèrent de son administration mal dirigée.
Depuis lors, l'expérience a eu le temps de se compléter, et les observateurs sérieux de tous les siècles ont tous énergiquement témoigné de l'influence exercée par le mercure sur les accidents cutanés de la vérole.
C'est en effet le mercure, Messieurs, qui est l'agent le plus efficace que nous ayons à opposer aux syphilides. Certes il ne constitue pas la seule ressource dont nous disposions contre elles, mais il constitue sans contredit notre recours le plus certain. C'est donc à lui que nous devrons nous adresser dans la presque totalité des cas, et nous adresser en toute confiance; car, réserve faite pour un seul de leurs types, les syphilides secondaires sont toutes justiciables du mercure, qui exerce sur elles une action curative des plus marquées.
Pour la plupart des syphilides secondaires le mercure suffit amplement, sans adjonction d'autres remèdes. Il suffit notamment dans tous les cas de syphilides précoces et intermédiaires. Mais, à coup sûr, il devient moins puissant, il perd de son activité curative à mesure que la diathèse vieillit, à mesure que les manifestations cutanées revêtent le caractère tardif et profond. Ainsi, l'observation démontre que pour les types de syphilides un peu âgées, telles que le rupia et l'ecthyma, le mercure n'a plus que des effets thérapeutiques amoindris, qu'il importe de soutenir par le concours d'un autre remède. Cet autre remède, dont l'association au mercure constitue, comme vous le savez, ce qu'on appelle le traitement mixte de la vérole, c'est Viodure de potassium, lequel exerce sur les syphilides tardives une influence incontestée et sert en nombre de cas de très utile auxiliaire à la médication hydrargyriquc.
Je ne fais pour l'instant. Messieurs, que vous signaler ces deux remèdes, me réservant de les étudier plus tard en détail au point de vue de leurs effets thérapeutiques et de leur mode d'administration.