LANGUE
croûleux. Tous ces petits détails donnent à la lésion un aspect des plus caractéristiques.
Il n'existe généralement sur les lèvres qu'une, deux ou trois de ces syphilides érosives ou papuleuses. Il peut s'en produire un bien plus grand nombre; mais, dans ce cas, elles se réunissent et se fu sionnent en larges nappes transversales, qui mesurent 3, 4 et jusqu'à 5 centimètres d'étendue. J'en ai vu qui se prolongeaient d'une commissure à l'autre. J'en ai même fait dessiner une qui contournait toute l'ouverture buccale en décrivant ainsi un ovale papulo-érosif d'une dimension considérable.
Bien plus rare est la forme ulcéreuse sur les lèvres. Tantôt elle succède aux formes précédentes négligées, entretenues ou irritées par le défaut d'hygiène, par l'abus du tabac, par le voisinage de dents ébréchées ou incrustées de tartre, etc. Tantôt au contraire elle est primitive, c'est-à-dire ulcéreuse d'emblée.
2° Les syphilides muqueuses delà kn^iie occupent surtout le dos ou les bords de cet organe ; elles sont bien plus rares sur sa face inférieure.
Leur forme la plus habituelle est celle à' érosions ou de papules.
Érosives, elles consistent simplement en des desquamations épithéliales d'étendue généralement minime, rosées ou rougeâtres, lisses, légèrement douloureuses au contact des aliments chauds, acides ou piquants. Quand elles siègent sur les bords ou à la pointe de la langue, elles sont le plus souvent verticales, allongées, étroites, fissuraires.
Papuleuses, elles occupent surtout le dos de la langue, spécialement au niveau des parties moyennes ou postérieures. Elles forment là de petits soulèvements lenliculaires, assez régulièrement arrondis, quelque peu semblables aux grosses papilles du V lingual, que par parenthèse (laissez-moi vous signaler cette erreur) les novices ne manquent jamais de prendre pour des papules spécifiques. —Quelquefois elles sont assez confluen tes, et, lorsqu'en même temps elles acquièrent un certain volume, elles forment alors sur le dos de l'organe une série de bosselures ou de mamelons qui donnent à la langue un aspect assez étrange, celui « du dos de
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crapaud ». — Négligées ou irrilées, elles peuvent bourgeonner, végéter, se fendiller, s'ulcérer, se compliquer de crevasses ou de fissures, et passer même à la forme liypertrophique.
Devenues hyperlrophiques, ce sont de gros mamelons, du volume d'un noyau de cerise, d'une amande, d'un haricot, etc., mamelons plus ou moins saillants, qui déforment la surface de l'organe et constituent dans son parenchyme de véritables nodi d'une dureté singulière. Ces nodi consistent en une hyperplasie interstitielle du tissu de la langue, lésion identique (autant qu'il m'a été permis d'en juger) à celle des néoplasmes papuleux. Ils sont généralement assez rebelles, voire plus rebelles que les véri- Kables gommes tertiaires dont j'aurai l'occasion de vous parler plus tard'.
Parfois encore les syphilides se traduisent sur le dos de la langue par de simples fissures allongées en forme de sillons, plus ou moins profondes, ouvertes en V, rectilignes ou sinueuses, érosives ou ulcérées.
Autre détail, relevant simplement d'unCj influence de siège. Lorsque les bords de la langue ont été affectés pendant longtemps de syphilides négligées ou mal traitées, il n'est pas rare de les trouver tuméfiés, durs, déformés, et déformés de façon à reproduire exactement l'empreinte des dents correspondantes. Cette particularité donne à la langue un aspect assez bizarre.
Enfin, on observe parfois sur la langue, mais bien plus rarement, des syphilides secondaires de forme ulcéreuse. Celles-ci ont ou fissuraires, c'est-à-dire étendues en longueur, ou bien étalées, plus ou moins larges, demi-creuses, irrégulières de contour, à fond rouge ou gris jaunâtre.
Ce n'est pas tout encore. Indépendamment de ces formes, que j'appellerai communes parce qu'elles ne diffèrent pas sensiblement de celles qu'affectent les lésions secondaires de toutes les
1. Un exemple de cette curieuse variété de sypliilidcs linguales se trouve reproduit dtins la revue photographique des liôpitaux de Paris, 1" année, p. 167, planche XXX.I.