OPHTALMIES SPÉCIFIQUES
rappelant en certains cas d'une façon vraiment frappante i'asjjcct si caractéristique des sypliilides tégumentaires.
4° Ces modificalions si singulières survenant d'une façon rapide dans la transparence du corps vitré, cet aspect nuageux du fond de Vœil, etc. — Pour la choroïdile, par exemple, il existe tout un ensemble de phénomènes, tout un processus morbide d'une certaine allure, d'une certaine marche, qui me semble bien propre à attester la spécificité de l'affection, à savoir : brouillard de la vue, avec perception de toiles d'araignée, de cheveux entremêlés, etc. ; — aspect nuageux de la papille et du fond de l'œil; — trouble et flocons du corps vitré; — intensité promptement acquise de ces divers phénomènes; — évolution hâtive, « brutale » même de la maladie, comme l'a dit M. Perrin*; — alternance d'améliorations •et de rechutes; — envahissement rapide de la rétine; — dégénérescence rapide de cette membrane; — pigmentation consécutive, etc.
Ces divers signes ne sont pas, dit-on, pathognomoniques de la vérole. SoiL, je l'accorde. Mais il serait injuste, je crois, de leur refuser et surtout de refuser à leur ensemble une signification réelle pour le diagnostic de spécificité.
Ici, comme ailleurs du reste, le diagnostic doit trouver et ne peut trouver sa confirmation véritable que dans la notion des antécédents, dans l'infection générale dûment démontrée soit par les ■coraméraoratifs, soit par des manifestations actuelles d'autre siège. Ce sont à coup sûr, mieux que les signes objectifs des lésions oculaires, l'ensemble morbide et la connaissance intégrale de la maladie qui attesteront le caractère syphilitique de l'affection.
A ce dernier propos cependant, une remarque doit ici trouver place. Les lésions oculaires graves dont nous venons de parler sont loin de se produire toujours dans le cours de syphilis graves ou de syphilis à manifestations très apparentes, non susceptibles de passer inaperçues. Je les ai bien souvent rencontrées chez des malades qui n'avaient été que superficiellement touchés par la
1. Traité pratique d'ophtalmoscopie et d'optomélrie. taris, 1870.
dialhèse, si je puis ainsi parler, chez des malades qui n'avaient éprouvé que des manifestalions légères, qui semblaient avoir été relativement épargnés par la syphilis. Plus d'une fois j'ai été frappé du contraste que présentaient ces ophtalmies profondes si redoutables avec la bénignité des accidents antérieurs. Considération importante à divers titres, expliquant d'une part comment les commémoratifs peuvent parfois faire défaut dans l'éliologie de ces lésions oculaires, et démontrant d'autre part qu'il est toujours bon de se méfier de la vérole, toujours prudent de la traiter, alors même qu'elle s'annonce d'abord sous les apparences les plus inoffensives, les plus rassurantes.
Disons-le d'ailleurs, ces ophtalmies graves ne sont graves en somme qu'en raison du siège même qu'elles affectent, qu'en raison de la délicatesse infinie de l'organe sur lequel elles se produisent. Car, au total, les lésions qui les constituent sont fort peu de chose; ces lésions affecteraient la peau, qu'elles n'auraient aucune conséquence et que malades et médecins n'y attacheraient qu'une attention minime. 11 n'est donc pas étonnant, à ce titre, qu'elles se manifestent parfois dans le cours de syphilis bénignes, n'offrant aucune tendance à se compliquer, à revêtir des formes menaçantes.
A des lésions comportant une telle gravité, il ne convient pas, je crois, de marchander le traitement spécifique. C'est au mercure qu'il faut en appeler immédiatement, et au mercure administré de la façon la plus active, la plus énergique. Les traitements dits par extinction lente, progressive, ne sont pas de mise en pareil cas. Le proto-iodure, le sublimé, l'hydrargyre en nature, administrés par l'estomac, même à doses assez élevées, sont le plus souvent inefficaces ou insuffisants contre ce genre de manifestations. C'est là ce dont m'ont pleinement convaincu de nombreux insuccès, que je regrette profondément et que je n'aurais pas à regretter si je n'avais été forcé de faire par moi-même mon éducation sur ce point. Le traitement par les frictions est ici la meilleure, la véritable, presque la seule ressource. Donc, pas de demijTiesures, pas de tergiversations qui n'auraient pour résultat que de laisser les lésions se confirmer et devenir incurables. En face