‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 164 sur 252 · TYPES DIVERS. — DURÉE · texte numérisé non relu

TYPES DIVERS. — DURÉE

Le tremblement secondaire est essentiellement irrégiilier et intermittent. En général, il procède par accès. Ces accès, qui parfois éclatent à propos d'une circonstance tout accidentelle (émotion, changement d'altitude, mouvement, travail, etc.), se

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manifestent le plus souvent sponte suâ, sans provocation, sans excitation d'aucun genre. Leur apparition n'a rien de fixe. Il s'en produit habituellement une série dans l'espace d'une journée. D'autres fois ils se suspendent pendant un ou plusieurs jours pour reparaître ensuite, etc.

Quant à leur durée, ils ne sont pas moins variables d'un sujet à un autre. Tantôtpresque fugitifs, ils s'apaisent en quelques minutes ; tantôt ils durent plusieurs heures ou même tout le jour. Invariablement, ils sont interrompus par le sommeil.

Dans une autre forme plus rare, le tremblement affecte un type différent : il est continu, mais continu avec rémissions et exacerbations successives, lesquelles sont absolument irrégulières comme évolution.

Même variabilité au point de vue de la durée totale du symptôme. Chez certaines malades le tremblement ne persiste pas au delà de huit à quinze jours. Chez la plupart il se prolonge, avec des intervalles de repos, de quatre à huit ou dix septénaires. Plusieurs fois je l'ai vu récidiver à courtes échéances. C'est ainsi que trois de nos malades sont restées sujettes pendant une durée de cinq à six mois à des crises de tremblement qui se reproduisaient de temps à autre, très irrégulièrement.

En tant que trouble fonctionnel, le tremblement secondaire affecte très inégalement les malades. Léger, c'est à peine s'il attire leur attention, car il ne les incommode pas réellement ; aussi, sous celte forme, a-t-il toute chance pour passer inaperçu du médecin.

Moyen, il apporte déjà une gêne nolable dans certains travaux de la main, comme dans le travail à l'aiguille. Devenant plus intense^ il trouble les mouvements d'une façon sérieuse, leur enlève toute précision, et crée une véritable infirmité passagère. A ce degré, par exemple, les malades ne peuvent que difficilement porter une ciiiller à la bouche sans en répandre le contenu. Une femme d(! notre service qui, pendant une quinzaine, fut affligée d'un tremblement très intense, était obligée pour manger sa soupe de s'v prendre h deux mains, la gauche devant venir en aide à la droite pour lui servir depointd'appui. — Ce qui d'ailleurs, en certains cas, ne contribue pas médiocrement à exagérer ces troubles fonctionnels, c'est qu'au tremblement s'ajoutent des spasmes musculaires plus étendus, de véritables soubresauts tendineux, qui se produisent par saccades (voyez fig. 6 à 10) et compromettent plus sérieusement encore la précision des mouvements.

Cela posé cliniquement, essayerons-nous de remonter à la pathogénie du phénomène? Cette pathogénie. Messieurs, inutile de vous dire qu'elle nous échappe, comme nous échappe du reste la raison physiologique des tremblements de toute nature. Différentes hypothèses, qu'il serait superflu de discuter, se trouvent en présence ici. La plus simple et la plus rationnelle, ce me semble, es! celle qui place l'origine de ce tremblement non pas dans le muscle lui-même, mais dans le système nerveux. Le muscle, bien évidemment, n'est ici que l'agent intermédiaire du phénomène et ne fail qu'obéir à une incitation supérieure partant des centres nerveux. Ce qui confirme indirectement cette manière de voir, c'est, d'une part, que le tremblement syphilitique s'observe le plus souvent en compagnie d'autres troubles du système cérébro-spinal (névralgies, douleurs névralgiformes, analgésie, algidités périphériques, sueurs, fièvre, étourdissements, battements de cœur, crises hystériformes, etc.); c'est, d'autre part, qu'il est fréquemment excité et réveillé par des causes purement morales; c'est enfin qu'il §e produit de préférence dans les syphilis de forme nerveuse, chez les femmes dont le systèmenerveux est vivement impressionné, ébranlé, par l'infection secondaire.

Suffit-il de constater simultanément sur un malade la syphilis

et le tremblement pour déclarer ce tremblement de nature syphilitique? Non, certes. On n'est autorisé à rattacher ce symptôme à la diathèse qu'après mûr examen, qu'après revue et exclusion de toutes les causes susceptibles de déterminer un phénomène de cet ordre, telles qu'alcoolisme, mercurialisme, saturnisme, intoxications diverses, états nerveux d'origines variées (émotions, excès, onanisme, hystérie), prédispositions individuelles ou héréditaires, etc., etc. D'une façon générale, en effet, l'étiologie du tremblement est toujours assez complexe. En l'espèce, elle exige un examen diagnostique des plus complets, des plus rigoureux ; et ce n'est, je vous le répète, Messieurs, qu'après avoir scrupuleusement et minutieusement interrogé les antécédents de vos malades, leur constitution, leur état actuel, l'ensemble intégral de leur état morbide, que vous serez admis à vous prononcer sur l'origine spécifique du tremblement.

Un dernier mot, et je termine. Lorsque, pour la première fois, je signalai dans mes cours l'existence du tremblement syphilitique, certains adversaires acharnés du mercure m'adressèrent une objection à laquelle j'avais peut-être droit de ne pas m'attendre. « Ce que vous prenez, me dit-on, pour un effet de la maladie n'est qu'un effet de votre remède. Ce tremblement ne dérive pas de la syphilis; il ne provient que du mercure. » Puisqu'une telle objection a été formulée, force m'est bien d'y répondre. Je pourrais dire d'abord que le tremblement mercuriel, comme nombre d'auteurs l'ont remarqué, est un phénomène d'intoxication ancienne, un phénomène qui exige d'ordinaire pour se produire une exposition habituelle et prolongée à l'action du mercure. Je pourrais dire que le mercure, administré comme nous le donnons ici, comme tout le monde le donne thérapeutiquement, n'a jamais fait trembler personne, et que, loin de produire le tremblement, il le guérit, etc., etc. Mais j'ai mieux que cela pour satisfaire mes contradicteurs. Douze de mes malades, sur lesquelles j'ai constaté le tremblement syphilitique, n'avaient jamais pris un atome de mercure. Gela, je pense, est péremptoire et me dispense de tout commentaire.

It HUM ATI SME SYPHILITIQUE.

Après vous avoir décrit isolémonl les affections secondaires du système locomoteur, telles qu'on les observe chez la femme spécialement, il me reste encore. Messieurs, un point important à bien mettre en lumière pour terminer ce qui a trait à notre sujet actuel.

Si les diverses lésions qui intéressent ce système peuvent se manifester isolément, elles ne sont pas moins susceptibles de s'associer, de se combiner deux à deux, trois à trois, voire (mais cela est bien plus rare) d'exister réunies presque au grand complet chez le même malade. Rien de plus commun, par exemple, que d'observer simultanément sur le même sujet des périostites et des douleurs musculaires, des lésions musculaires et des lésions tendineuses, des lésions tendineuses et des lésions du périoste, des arthropatliies et des ténosites, etc. Or, de là résulte parfois une particularité clinique des plus curieuses, que vous allez facilement saisir et sur laquelle j'appelle toute votre attention. Celte particularité remarquable, c'est que la combinaison, l'association possible de ces divers symptômes suffit, en certaines occasions, pour donner à la maladie les apparences, la physionomie du rhumatisme vulgaire.

Et en effet. Messieurs, représentez-vous bien un malade affecté simultanément de plusieurs des symptômes que nous venons de décrire. Ce malade, je suppose, souffre des jointures, et quelquesunes même de ses jointures offrent un certain degré de fluxion ou d'épanclicment; il souffre également de douleurs tendineuses; il souffre aussi de douleurs musculaires. Déjà, ne reconnaissezvous pas là l'apparence extérieure, objective, du rhumatisme? Ne sont-ce pas là les expi-essions morbides, les localisations habituelles, l'aspect, la physionomie du rhumatisme vulgaire?

Mais ce n'est pas tout. Ce qui complète habituellement la sym- ])tomatologie du rhumatisme, c'est un cortège de difféi'cnts phénomènes, tels que l'état fébrile, l'état sudoral, certains troubles

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