‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 168 sur 252 · PAROXYSMES VESPÉRINS OU NOCTURNES · texte numérisé non relu

PAROXYSMES VESPÉRINS OU NOCTURNES

soin minutieux, sont partout indolents à la pression. Bref, une investigation des plus attentives ne nous apprend rien sur l'origine des douleurs en question, et force est bien, dans ce cas comme dans le précédent, de constater le phénomène sans pouvoir en déterminer le siège. Ces douleurs, assurément, occupent bien quelque point, quelque département du système locomoteur; mais quel est ce point? En vérité je ne saurais le dire.

A cet ordre de manifestations à siège vague, indéterminé, appartiennent encore certains phénomènes bizarres que nous observons assez fréquemment ici. Tel est, pour n'en plus citer qu'un exemple, Y engourdissemenl nocturne des membres pendant le sommeil. Nos malades de cet hôpital nous racontent parfois ceci : lorsqu'elles se réveillent la nuit ou le matin, elles peuvent à peine remuer leurs membres, tant ils sont lourds ; leurs jambes, leurs bras, leur semblent comme paralysés, comme « morts ». Le m.atin, elles ont les mains « gourdes », percluses ; elles ne peuvent serrer les objets, les tenir avec sûreté; elles s'habillent maladroitement; à plus forte raison seraient-elles incapables d'un travail exigeant une certaine dextérité, une certaine agilité des doigts. Puis, cet état singulier se dissipe peu à peu, à mesure que les membres s'exercent, et au bout de quelques heures il n'y paraît plus. Que sont de tels symptômes, qui ne sont pas rares ici, je vous le répète, et dont la liaison avec la syphilis ne saurait rester douteuse? Oiî-t-ils leur siège dans les muscles, dans les tendons, dans le système nerveux affecté suivant un mode qui nous échappe? Je l'ignore, et je me borne pour l'instant à enregistrer ces phénomènes, sans en connaître ni le siège ni la j aison anatomiquc.

Et puisque nous en sommes, Messieurs, à parler de choses dont nous ignorons le pourquoi, qu'est-ce donc aussi que cet attribut singulier, propre à la plupart des douleurs syphilitiques précédentes, d'apparaître ou de s'exaspérer le soir ou la nuit, pour s'apaiser, soit relativement, soit absolument, pendant le jour? Qu'est-ce, d'une façon générale, c{ue ce paroxysme vespérin ou nocturne des douleurs syphilitiques? J'accorde qu'on ait exagéré beaucoup le caractère nocturne de la vérole et que surtout

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on en ait surfait la valeur séméiologique. Car, d'une part, il n'est pas que la vérole qui subisse du fait de la nuit une influence exacerbante; cl, d'autre part, certaines douleurs syphilitiques sont aussi bien diurnes que nocturnes; on en voit même parfois (exceptionnellement, je l'avoue) qui sont calmées par le sommeil et le repos de la nuit. Toujours est-il, et cela d'une façon non contestable, que chez la plupart des malades les douleurs syphilitiques apparaissent de préférence soit vers le soir, à cinq ou six heures de l'après-midi, à la tombée du jour, soit dans le cours de la nuit. Les nuits des syphilitiques sont parfois terribles, cela est de notion vulgaire, cela est banal, cela a été remarqué dès les premiers temps du mal français.

Or, quelle raison donner à ce phénomène? On a dit que cette apparition ou cette exaspération de la douleur pendant la nuit était une affaire de calorique, et qu'on en trouvait l'explication toute naturelle dans la chaleur et la moiteur du lit. Cette interprétation est évidemment très défectueuse. Elle n'est applicable qu'à l'ordre de cas où les malades souffrent au lit; elle ne l'est pas aux cas tout aussi nombreux, si ce n'est plus, dans lesquels la douleur commence à se manifester vers le soir, régulièrement, à heure fixe, alors que les malades sont levés. Très certainement il est une autre influence qui préside aux paroxysmes vespérins ou nocturnes de la vérole, qui commande la périodicité presque fatale de quelques-unes de ses douleurs. Très certainement aussi cette influence est d'origine spécifique. Mais quelle est-elle, en somme? Nous ne pouvons qu'en constater les effets, sans en pénétrer la nature. Avouons donc notre ignorance sur ce point, plutôt que de la dissimuler par des raisons insuffisantes.

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