‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 189 sur 252 · INCITATION DES NÉVROSES PRÉEXISTANTES · texte numérisé non relu

INCITATION DES NÉVROSES PRÉEXISTANTES

la syphilis surVépilepsie n'est pas plus conleslable. Elle est môme parlois surprenante, comme sur une malade que nous avons dans nos salles actuellement et dont voici l'histoire.

Cette femme, âgée de vingt-sept ans aujourd'hui, grande, robuste, bien musclée, est épileptique depuis son enfance. Jusqu'à l'âge de la puberté elle a eu des attaques très fréquentes. Plus tard, les crises se sont distancées, à ce point que depuis dix ans jusqu'à janvier dernier il ne s'en est plus produit que six, dont la malade fournit les dates précises de la façon suivante : une à dixsept ans et une autre à vingt, survenues toutes deux sans causes appréciables; — trois à vingt-quatre ans, coup sur coup, « déterminées par un violent chagrin »; — une dernière il y a quinze mois, ayant succédé à une émotion très vive.

Or, il y a quatre à cinq mois, c'est-à-dire vers octobre ou novembre dernier, cette femme prend la syphilis. Elle ne se traite pas, et des accidents secondaires (syphilides cutanées et muqueuses, céphalée, angine, etc.) commencent à se manifester en décembre. — En janvier, crise épileplique, survenue à la suite de violents maux de tête. Pas de traitement. — De janvier à février, les accidents spécifiques ne font que s'accroître; la peau se couvre de boutons, la céphalée augmente ; quatre nouvelles crises épileptiques. — Vers la fin de février, cette malade entre ici, et nous constatons sur elle une syphilidc papulo-squameuse extrêmement confluente, des syphilides muqueuses, des croûtes du cuir chevelu avec alopécie, el divers autres symptômes dont je vous fais grâce; de plus, douleurs multiples et céphalée violente. La médication spécifique est aussitôt instituée. Mais ces divers accidents ne se modifient que d'une façon assez lente, et de février aux premiers jours d'avril six crises épileptiques se produisent encore, se produisent à 1' hôpital, sous nos yeux, en dehors de toute provocation, de toute excitation physique ou morale. Nul doute ne peut être conservé d'ailleurs sur la nature de ces crises, qui sont celles de l'épi Icpsie la plus franche, la plus classique.

Puis l'action thérapeutique se manifeste : la céphalée se calme, les syphilides s'effacent, et parallèlement les crises épileptiques se suspendent.

Résumé : une femme épileplique no présente que six mses eu

HYSTÉRIE SECONnAIKK. 621

dix ans. Elle contracte la vérole; lout^ aussitôt onze crises se 'produisent en moins de quatre mois. Elle se traite; les symptômes spécifiques s'amendent; simultanément l'incitation épileplique s'atténue et s'éteint.

Quoi de plus probant? Serait-il isolé, un tel l'ait aurait par lui seul une signification réelle, incontestable. Mais il trouve sa confirmation pleine et entière dans d'autres faits analogues ou identiques que je pourrais vous citer, et qui tous déposent dans le même sens.

Donc, il n'est pas douteux que la syphilis réagisse parfois sur l'hystérie ou l'épilepsie, de laçon soit à stimuler, soit à réveiller les manifestations de ces deux névroses.

D'après ce que j'ai vu jusqu'à ce jour, la stimulation que la syphilis communique parfois aux névroses n'est jamais que provisoire. Elle s'apaise, elle s'éteint au bout d'un certain temps; elle ne persiste guère au dèlà de quelques mois. Et de mon expérience il résulte aussi, comme pratique, que le meilleur moyen de combattre ces réveils ou ces exacerbations de névroses communes, non spécifiques, consiste non pas dans un retour à la thérapeutique propre de ces maladies, mais dans Fadministration pure et simple des agents spécifiques. En face d'une hystérie ou d'une épilepsie surexcitée par la vérole, c'est faire fausse route, je crois et j'en ai eu la preuve, que de s'adresser aux médications antihystériques ou anti-épileptiques;plus rationnel et plus sûr est de s'attaquer à la vérole, cause indirecte mais efficiente de tels retours d'accidents.

Second point : la syphilis peut provoquer et créer de toutes pièces des névroses qui n'existaient pas avant elle, qui ne s'étaient jamais révélées par aucun indice, et qui sans elle, probablement, ne se seraient jamais produites.

Cela, d'abord, est incontestable pour fhystérie. Assez souvent, en effet, on voit se manifester sur certaines femmes, à la période secondaire, des phénomènes hystériques ou hystériformes qui n'ont été précédés, avant l'infection, d'aucun accident semblable.

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Interrogeant alors avec le plus de soin possible les malades sur lesquelles on observe de tels symptômes, on ne reçoit d'elles ou de leur entourage que des témoignages absolument négatifs sur l'existence antérieure d'un état hystérique, voire parfois d'une simple disposition au nervosisme. Il reste donc matériellement certain que l'hystérie est de fraîche date pour ces femmes, qu'elle ne s'est développée sur elles que d'une façon toute récente, qu'elle est apparue avec la période secondaire, bref qu'elle figure au nombre des accidents nouveaux introduits sur la scène par la syphilis.

Comme pathogénie, il est vraiment impossible, dans de telles conditions, de ne pas rattacher ces symptômes hystériques à une influence de la diathèse. Coïncidant, au moins dans la plupart des cas, avec cles troubles nerveux d'ordre analogue et avec d'autres manifestations d'origine incontestableraentspécifique,nés en même temps que ces divers phénomènes et affectant une évolution parallèle, subissant même du traitement une action identique, ces symptômes hystériques font partie d'un ensemble, d'un tout dont on ne saurait raisonnablement les distraire. Ils sont donc très certainement d'essence syphilitique ; ils composent donc une sorte d'hystérie secondaire, dont la réalité clinique, amplement démontrée par des observations nombreuses, ne saurait plus être contestée de nos jours.

Quels sont les troubles qui caractérisent cette hystérie secondaire?

Assez variés de forme, ils consistent en ceci : soit en une sorte d'éréthisme nerveux, vague et mal défmi (modifications du caractère, énervement, impressionnabilité singulière, malaise moral et physique, mobilité d'humeur, irascibilité, caprices, pleurs sans motifs, colères sans causes, etc.); — soit en des sensations douloureuses fixes ou erratiques, difficilement localisables en général (constriction thoracique, poids à l'épigastre, dyspnée sans raison, pandiculations, vapeurs, pâmoisons, hyperesthésie rachidienne, globe hystérique remontant de l'estomac à la gorge et produisant en ce point une sensation d'étouffement, de strangulation, etc.) ; — soit encore en des spasmes musculaires, en des

convulsions partielles de certains muscles, en des tremblements passagers; — soit en des défaillances, des lipothymies, que n'explique nii'anémie, ni l'état physique des organes circulatoires ; — soit en des phénomènes convulsifs, toniques ou cloniques, en de véritables crises dliystérie convulsive, avec mouvements tumultueux, jactitation, et torsion des membres, projection cynique du bassin, angoisse pharyngée, et tout le cortège habituel des accidents hystériques les mieux caractérisés; — soit enfin en un mélange, sous des combinaisons variées, de ces divers accidents ; accidents tantôt assez nets, assez précis de forme pour qu'on leur donne sans hésitation la qualification d' hystériques, tantôt au contraire assez vagues, assez indécis pour que plus prudemment on se contente de les appeler hystériformes.

Ces divers troubles affectent une durée variable, mais ne sont jamais que passagers. Tantôt ils ne persistent que pendant quelques semaines. Tantôt ils se prolongent plusieurs mois. Finalement, ils arrivent toujours à s'amender et à disparaître. Pour ma part, je ne les ai jamais vus se continuer indéfiniment et dégénérer en une névrose permanente. L'hystérie syphilitique n'est donc, pour moi, que irfmsitoire. Maintes et maintes fois déjà, j'ai eu l'occasion de revoir, à plusieurs années de distance, des femmes sur lesquelles j'avais constaté de semblables troubles dans le cours de la période secondaire; aucune d'elles n'avait conservé trace de la disposition hystérique que lui avait passagèrement conférée la diathèse.

Si peu qu'on y réfléchisse, cette hystérie développée sous l'influence de la syphilis n'a rien qui soit fait pour surprendre. Quelles sont en effet les causes qui président le plus habituellement à l'éclosion de cette névrose? Des surexcitations morales, des émotions, des chagrins, des excès, l'anémie, la chlorose, des maladies très diverses, ayant toutes pour effet commun d'appauvrir l'organisme et de retentir sur le système nerveux. Or la syphilis n'a-t-elle pas pour conséquence très fréquente, chez la femme spécialement, d'anémier féconomie et d'apporter un trouble profond, un désarroi véritable dans les fonctions dévolues à l'axe

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