NÉVROSES I) I AT H ÉS 1 Q U ES
cércbro-rachidien? A ce double litre, donc, elle peut être — je dirai plus, elle doit être — une cause des plus actives pour provoquer des phénomènes hystériques chez les femmes qui y sont plus ou moins prédisposées; sans compter encore qu'elle y contribue vraisemblablement par d'autres raisons, telles que l'influence exercée sur le moral, la terreur d'une maladie à renom honteux et sinistre, le changement d'habitudes, la réclusion dans un hôpital, la continence, etc.
Gonséquemment, l'hystérie d'origine syphilitique est, en théorie, très rationnellement admissible. En fait, elle existe d'une façon indéniable et doit être rangée au nombre des manifestations de la période secondaire.
Ce qui est vrai pour l'hystérie ne l'est pas moins pour d'autres névroses. U est incontestable, par exemple, que la syphilis secondaire détermine parfois des crises éjnlepli formes, qui, à les considérer seulement au point de vue des symptômes, sont absolument identiques avec les accès convulsifs de l'épilepsie. Ces crises, une fois produites, se répètent à intervalles variables pendant un certain temps, en affectant toujours les mêmes caractères. Si bien que, n'était l'Age des malsides, on pourrait croire à Vinvasion de Vépilepsie la plus franche. Le plus souvent même l'erreur est commise en pareil cas, comme en témoigne après coup le récit des malades ou des observateurs, soit que les antécédents syphilitiques aient été méconnus, soit qu'une relation possible de tels symptômes avec la syphilis n'ait pas été agréée tout d'abord.
Cette épilepsie secondaire est rare, je dois le dire, et je n'en ai encore observé pour ma part qu'une demi-douzaine de cas*; mais elle est très formelle, très authentique. Je vous en citerai deux exemples, pour mieux fixer en vos souvenirs ce point important.
Une jeune femme, de constitution moyenne, de santé antérieure assez bonne, entre à Lourcine pour des accidents, d'abord légers, de syphilis secondaire. Quelques semaines plus lard, la maladie
1, J'en complc dôme cas dans mes notes, acluellenicnl.
prend chez elle une forme assez sérieuse et se caractérise par une véritable nuée de manifestations de tout genre : syphilides cutanées, syphilides muqueuses, adénopathics, myosalgies, ténosites, périostoses, douleurs nmlliples, et surtout phénomènes nerveux, tels que céphalée, névralgies, anesthésie, analgésie, algidités périphériques, etc. Puis tout à coup, sans cause incidente, sans provocation nouvelle, il s'ajoute à ces derniers phénomènes une série de crises convulsives des plus étranges. Ces crises, dont nous avons été témoins à maintes reprises, consistent en ceci : subitement le visage prend une expression extraordinaire, indescriptible, de stupeur, d'immobilité extatique; — tête se tourne du côté gauche ; — le membre supérieur gauche s'élève brusquement vers la face, l'avant-bras tenu en flexion forcée, le poignet et les doigts fortement infléchis; — le membre inférieur du même côté se convulsé dans une extension forcée; — tout le corps enfin est pris d'un mouvement de rotation sur Taxe vertical et pivote de droite à gauche. Ces divers phénomènes durent quelques secondes, moins de temps assurément que je n'en ai mis à vous les décrire. Puis, de violents spasmes cloniques agitent par saccades précipitées le membre supérieur gauche (toujours le gauche, remarquez bien cela, la moitié droite du corps continuant à rester étrangère à tous ces désordres). Finalement la malade, quelques minutes encore, demeure comme hébétée, abasourdie, inconsciente, et c'est tout; la crise est terminée.
Pendant quelques jours ces attaques se répètent sous la même forme; mais bientôt la scène change. Ce qui se manifeste alors consiste en des accès d'épilepsie convulsive généralisée, d'épilepsie classique rappelant trait pour trait la crise du haut mal. Nombre de ces accès se succèdent dans le premier mois. Déjà, dans le second, nous n'en observons plus que cinq. Deux seulement se produisent dans les deux mois suivants.
Puis la détente se fait, sous l'influence d'un traitement spécifique énergiquement conduit. Les divers symptômes syphilitiques, cutanés ou autres, s'amendent ou disparaissent. Parallèlement, les crises convulsives se suspendent pour ne plus se reproduire.
Certes, aucun doute ne pouvait s'élever sur la nature franchement épileptique des phénomènes que je viens de vous décrire.
626 NÉVROSES DIATHÉSIQUES.
Mais ces phénomènes, quelle en élaiL l'origine? La malade n'ava jamais éprouvé anlcrieurement de crises semblables ou analogues; elle disait môme d'une façon très catégorique n'avoir jamais été sujette au moindre malaise nerveux. Du côté des ascendants, nul symptôme [épilcptique. D'autre part, aucune cause incidente, aucune affection morbide actuelle, aucune prédisposition, professionnellc'ou autre, ne pouvait être invoquée comme source de tels désordres. Bref, la syphilis seule restait en cause, après examen minutieux delà malade, pour expliquer ces accidents épileptiques; et elle les expliquait d'autant mieux, je pense, qu'ils s'étaient produits avec elle en pleine période secondaire, que leur invasion avait coïncidé avec une violente poussée spécifique, que leur disparition enfin suivit avec un synchronisme parfait la sédation de cette poussée.
Autre exemple. — Une jeune femme, forte et bien constituée, est amenée àLourcine par des accidents spécifiques dont l'origine paraît remonter à trois mois et qui, jusqu'à ce jour, n'ont été soumis à aucun traitement. Nous la trouvons affectée, lors de son entrée dans nos salles, de divers symptômes manifestement syphilitiques, tels que : pléiades inguinales, reste d'induration chancreuse sur une grande lèvre ; — syphilides papulo-érosives de la vulve; — syphilides amygdahennes ; — roséole intense et ardente, couvrant le corps et les membres; — analgésie généralisée de la peau et des muqueuses, etc.
Quelques jours après son admission, cette femme est prise, dans la nuit, d'une crise convulsive violente, qui réveille les malades de la salle. On la trouve sans connaissance, « râlant, écumant, se débattant sur place dans des convulsions qui rappellent le haut mal ». A la suite de cette crise, elle tombe dans un sommeil profond. L'interne de service arrive près d'elle un quart d'heure plus tard et assiste à une seconde crise qui, d'après son dire, « était un type classique d'accès comitial «. Consécutivement, évacuation involontaire d'urine et sommeil « quasi comateux » qui dure jusqu'au matin.
A la visite du lendemain, je trouve la malade somnolente, dans un état de demi-hébétude, incapable de répondre aux questions que je lui adresse. La légère excitation qui paraît résulter de mon
examen suscite une crise nouvelle, dont j'observe soigneusement les moindres détails et qui reproduit méthodiquement toute la scène d'une crise d'épilepsie commune : perte subite de connaissance; — convulsions toniques initiales, de courte durée; — puis convulsions cloniques,sur place,d'une durcede quelques minutes; — distorsion effrayante du visage; grincements de dents; écume sanguinolente sortant -des lèvres; morsure de la langue, etc.; — et, finalement, stertor apoplectiforme. Rien ne manque au tableau, pas même l'émission involontaire de l'urine.
Le lendemain, la malade a repris pleinement connaissance. Nous l'interrogeons alors avec insistance sur ses antécédents, et elle nous répond de la façon la plus péremptoire qu'elle n'a jamais éprouvé de crises semblables, non plus même que la moindre défaillance nerveuse. Ellen'estpas moins affirmative sur les divers membres de sa famille, dont aucun, dit-elle, n'est sujet à des accidents nerveux. D'autre part, une analyse aussi minutieuse que possible des troubles morbides antérieurs ou actuels ne révèle aucune cause étrangère à laquelle puissent être imputés les symptômes qui viennent de se produire.
En conséquence, le traitement spécifique (proto-iodure mercuriel) est continué, à l'exclusion de tout autre remède. Sous l'influence de cette médication, la roséole, les syphilides vulvaires et les autres accidents spécifiques s'amendent et se dissipent rapidement. Les crises convulsives ne se reproduisent plus, et la malade sort en bon état trois mois plus tard. — Depuis lors, nous avons eu l'occasion de la revoir plusieurs fois dans l'espace d'une année, à propos de diverses récidives légères de manifestations syphilitiques, et nous avons obtenu d'elle l'assurance formelle qu'elle n'avait plus été sujette au moindre accident d'ordre épilep tique.
Troisième cas. celui-ci observé sur l'homme. — L'héritier d'une grande famille, jeune homme de vingt-cinq ans, grand, robuste et d'une excellente santé antérieure, contracte la syphilis en 1867. Dans le cours de la période secondaire, du troisième au sixième mois,il est pris trois fois de crises épileptiques, formellement et incontestablement épileptiques (sidération subite % chute, perte de
1. Je dois noter cependant que je n'ai pas encore observé dans l'épilepsie syphili-
628 NÉVROSES DUTIIÉSIQUES.
connaissance, convulsions toniques d'abord, puis cloniques, cyanose et aspect « terrifiant » du visage, écume à la bouche, morsure de la langue, etc., etc.). Inutile de dire si de tels accidents consternent le malade etjettent l'effroi dans sa famille, qui fait appel à divers médecins et accumule consultations sur consultations. Inutile également de dire si les causes de cette épilepsie sont recherchées par tout le monde avec un soin religieux, méticuleux. Or, vainement on interroge soit les prédispositions héréditaires, soit la santé antérieure du jeune homme, ses habitudes, son hygiène, ses moindres tendances morbides; on ne trouve rien. Toutes les hypothèses imaginables sont tour à tour discutées et écartées. On va même jusqu'à soupçonner une affection vermineuse, et l'on administre le kousso qui n'expulse rien. De guerre lasse, force est de revenir à la syphilis, et, d'un commun accord, c'est à la syphilis seule qu'on finit par imputer les crises épileptiques. Et telle était bien, en effet, Messieurs, l'origine des accidents. L'événemeni le démontra. Car, une fois le traitement spécifique mis en œuvre et consciencieusement observé, non-seulement les manifestations extérieures de la dialhèse se dissipèrent comme d'usage, mais l'épilepsie disparut, disparut complètement et sans retour. Treize ans aujourd'hui se sont écoulés depuis lors, et le malade n'a plus jamais rien éprouvé qui de près ou de loin rappelât ces crises épileptiques.
Ces trois faits et d'autres encore que je passe sous silence (parce qu'ils sont mot pour mot la répétition des précédents) établissent donc d'une façon incontestable que la syphilis secondaire peut déterminer parfois de véritables crises d' épilepsie
tique le cri initial de l'accès convulsif, phénomène si liabitucl (non constant toutefois) des crises de l'épilepsie vraie.
1. Pour tout médecin qui, observant sur un grand théâtre de syphilis, rencontre plus ou moins fréqcmment l'occasion d'étudier des cas de ce genre, la relation qui rattache à la sypiiilis ces accidents d'épilepsie ne saurait rester un instant douteuse. La conviction de ce médecin sera rapidement faite et confirmée par l'expérience. Mais je ne me dissimule pas que cette conviction pourra ne pas être partagée, au premier abord du moins, par ceux de nos confrères qui sont en rapports moins fréquents avec un public de vénériens. Je m'attends bien à ce que la nature spécifique de cette épilepsie secondaire éveille quelque défiance, si môme elle n'est pas absolument et résolument contestée. Et cependant la spécificité de tels accidents ressort bien manifestement, ce me semble, de tout un ensemble de considérations des plus probantes Ces considérations, je les ai longuement étudiées dans un travail récent [De l'épilepsie
ÉPILEPSIE SliGONUAIRE. (32'J
Mais, dira-on, est-ce bien là de l'épilepsie, de l'épilepsie vraie? — Distinguons. En tant que phénomènes, en tant que manifestations apparentes, les crises convulsives qui peuvent résulter de la vérole sont ou peuvent être absolument identiques avec celles de la névrose épilepsie. Voilà ce que j'ai vu, voilà ce que j'affirme. Mais, en tant qu'essence de maladie, en tant que nature intime de manifestations, je suis bien loin de vouloir établir une assimilation entre les crises épileptiques de la syphilis et l'épilepsie vraie. Je me garderai certes de considérer comme épileptique le malade qui, de par la syphilis, prend des attaques] analogues à celles de l'épilepsie, pas plus d'ailleurs qu'on ne taxe d'épileptiques les malades qui présentent des crises de ce genre par le fait de la puerpéralité, du saturnisme ou de l'urémie. Je dirai même plus. Si j'avais à risquer ici une hypothèse sur la nature des phénomènes en question, je les rangerais dans la catégorie de ces troubles qu'on désigne communément sous le nom d'épilepsie symptomatique ou de fausse épilepsie. Deux raisons, principalement, me sembleraient légitimer cette manière de voir ; et ces raisons, les voici :
C'est, d'abord, que l'épilepsie secondaire est loin d'être toujours franchement et exclusivement épileptique. Plusieurs fois, chez la femme notamment, je l'ai vue associée à différents troubles de nature incontestablement hystérique, tels que jactitation violente et tumultueuse des membres, oppression épigastrique, strangulation, crises de sanglots, mobilité d'attitudes, excrétion abondante
syphil'uique secondaire, in Annales de dermatologie et de sijphillgraphie, 2» série, t. I) auquel je me bornerai à renvoyer le lecteur. Qu'il me soit permis du moins, sans les reproduire ici, de les formuler d'une façon toute sommaire. Ce sont les suivantes :
1" Impossibilité, tout d'abord, de rattacher ces accidents d'épilepsie incidente et jiassagère <à une cause autre que la syphilis;
2' Identité des conditions générales dans lesquelles se manifestent ces accidents d'épilepsie secondaire;
3" Coïncidence chronologique de ces accidents d'épilepsie avec d'autres accidents de nature incontestablement spécifique;
4° Évolution parallèle des accidents d'épilepsie secondaire et des autres manifestations syphilitiques contemporaines.
5° Enfin, inHuence curative du traitement spécifique.
De cet ensemble de considérations il ressort bien manifestement, à mon sens, que les accidents d'épilepsie qui s'observent parfois dans le cours, voire au début de la période secondaire, constituent des symptômes Ctordre syphilitique, des symptômes développés sons l'influence delà dialhèse etserelianl à ladiathèsecomme un effet se relie à sa cause.
630 NÉVROSES DIATHÉSIQUES.
d'urine comme terminaison de l'accès, elc, etc. Si bien qu'en diverses circonstances les crises de nos malades ressemblaient mipartie à celles de l'épilepsie vraie et mi-partie à celles de l'hystérie pure; on ne pouvait alors les qualifier autrement que du nom à'hysléro-épilepsie. Or, comme chacun le sait, l'épilepsie vraie a pour habitude d'être franche d'allure ; elle n'accepte que rarement les mélanges. C'est surtout, c'est presque uniquement fépilepsie symptomatiquc, la fausse épilepsie, qui se complique de phénomènes étrangers et se présente sous l'aspect bâtard de névroses indécises et complexes.
En second lieu, l'épilepsie secondaire n'est jamais que transitoire. Elle ne dure pas ce que durerait une épilepsie vraie. J'ignore, je l'avoue, ce qu'elle deviendrait si elle était méconnue et abandonnée à son évolution propre, sans traitement. Persisteraitelle alors? Aboutirait-elle à créer dans l'organisme une disposition permanente? Je n'ai pas de faits par devers moi qui me permettent de juger la question. Néanmoins, une induction très rationnelle et très légitime, je crois, conduit à penser qu'il en serait de cette épilepsie comme de la plupart des phénomènes secondaires, lesquels finissent presque toujours par disparaître sponte suâ après un temps plus ou moins long, en dehors même de toute intervention thérapeutique. Ce que je sais en revanche et ce que j'ai le droit d'affirmer, c'est que toujours, soumise au traitement antisyphilitique, l'épilepsie secondaire s'apaise rapidement, à brève échéance, et que toujours elle s'évanouit pour ne plus reparaître. 11 n'est même pas rare que la médication spécifique coupe court aux premiers accès etn'en laisse pas se produire d'ultérieurs. En serait-il ainsi, s'il s'agissait d'une épilepsie vraie ? Personne ne voudrait le croire K
Trêve du reste à ces questions théoriques. Le fait essentiel, le seul fait important à conserver en vos souvenirs, Messieurs, est celui-ci :
De parla syphilis, il peut se produire des crises convulsives plus ou moins analogues, quelquefois même complètement identiques
1. J'ai établi ailleurs le parallèle de cette épilepsie secondaire et de Tépilepsie qui se manifeste, dans la période tertiaire, coraind symptôme de syphilis cérébrale. (Voy. Mémoire cité, Annales de dermatologie et de sypliiligraphie, II" série, t. i, 1880.)
TROUBLES DE CALORICITÉ. 631
à celles de l'épilepsie ^; — el, de par le traitement anlisypliilitique, ces crises s'amendent, cette épilepsie guérit.
Jugez donc s'il se rattache à ce lait un intérêt pratique d'une importance considérable. Jugez s'il est utile cliniqucment de démasquer la vérole sous les allures d'une affection aussi grave, aussi terrifiante, aussi peu curable que l'est la véritable épilepsie.
Il n'est pas, Messieurs, que le système cérébro-spinal sur lequel réagisse la syphilis pour y déterminer divers désordres. Le système nerveux sympathique ou ganglionnaire peut être aussi affecté par elle; il l'est même assez fréquemment, chez la femme du moins, dans le cours de la période secondaire.
Ce sont les troubles apportés par la syphilis dans ce dernier système qu'il nous reste à étudier actuellement.
I. — Parmi les manifestations de ce genre, je vous signalerai en première ligne un ordre de phénomènes des plus curieux, se reliant à l'influence encore obscure de la syphilis sur les fonctions les plus intimes de l'organisme; je veux parler des troubles de caloricité. '
Ces troubles secondaires de la caloricité consistent en ceci :
1° Des refroidissements partiels, des algidités locales, circonscrites surtout aux extrémités des membres;
2° Des sensations plus générales de refroidissement, de froid intérieur, paraissant intéresser tout l'organisme.
Le simple énoncé de ces phénomènes vous dit assez. Messieurs, que nous allons aborder un champ d'études inexploré. Et cepen-
1. L'épilepsie secondaire semble ne reconnaître comme modes d'expression que des phénomènes d'ordre convulsif. Les symptômes du petit mai (vertiges, absences, spasmes subits, accès de tremblement, impulsions soudaines et irrésistibles), sont-ils donc exclus de cette épilepsie secondaire? Je ne saurais le prétendre. Peut-être les observera-t-on quelque jour, alors que les ûiits relatifs à ce genre d'accidents se seront multipliés et seront mieux connus dans leurs détails cliniques. Toujours cst-iL que je ne les ai pas encore rencontrés jusqu'à présent.
("32 TROUBLES DE CALORICITÉ.
dant, chose bizarre, ces troubles de caloricité ne sont pas de découverte récente. On les trouve signalés çà et là dans quelques observations déjà anciennes. Seulement, on ne s'y est jamais arrêté — je ne sais pourquoi — ; on n'a jamais tenté de les rattacher à une influence syphililique.
Gomme symptomaLologie, ces accidents sont des plus simples, ainsi que vous allez en juger.
1° Le premier n'est rien autre qu'un abaissement de la température normale des extrémités.
Cet abaissement de température a ses degrés. Il peut être léger, moyen, excessif. Dans le premier cas, les extrémités sont fraîches, simplement; — dans le second, elles sont froides; — dans le troisième, elles sont véritablement glacées.
Je vous ai déjà montré plus d'une dizaine de nos malades affectées de ces singulières algidités périphériques. Permettez que je vous en présente encore deux autres aujourd'hui.
La première est une jeune femme qui a contracté la syphilis il y a cinq ou six mois. Elle s'est négligemment traitée, comme la plupart des malades que nous recevons ici,etdepuis trois semaines elle subit une poussée assez intense d'accidents divers : syphilides cutanées, syphilides muqueuses, adénopathies, céphalée, troubles nerveux multiples. Depuis le même temps environ elle a été prise, à son grand étonnement, d'un froid continu des extrémités; ses mains et ses pieds sont « toujours glacés », dit-elle, et « elle ne peut parvenir à les réchauffer ». Veuillez d'ailleurs vous rendre compte par vous-mêmes du phénomène. En touchant les mains ou les pieds de cette femme, vous serez surpris de la sensation de froid que vous éprouverez. Cet état algide des extrémités est, je vous le répète, continu chez cette malade. Il persiste même au lit.
Voyez maintenant cette seconde malade. Elle est syphilitique depuis un an, et nous l'avons déjà traitée ici même, il y a quelques mois, pour de légers accidents secondaires. A peine guérie, elle nous a quittés, bien entendu, et ces jours derniers elle a été ramenée vers nous par de nouvelles manifestations (syphilide papulcuse, syphilides vulvaires et buccales, céphalée, fièvre à accès
ALCIDITÉS LOCALES. 633
intermittents, insomnie, alopécie, etc.)- Oi',coïncidemment avec ces derniers symptômes, il s'est produit un refroidissement notable des extrémités, lequel peu à peu a dégénéré en une algidité véritable. Les mains de cette femme sont absolument froides, froides comme un marbre, comme la peau d'un cholérique ou d'un cadavre. Les pieds également sont refroidis au même degré. L'avantbras et la jambe donnent aussi à la main une sensation de fraîcheur insolite. La chaleur normale ne reparaît guère que vers la racine des membres.
Ces algi'dités périphériques ne sont pas très rares ici. Nous en observons en moyenne une vingtaine de cas par année, si ce n'est plus.
Elles sont généralement circonscrites aux mains et aux pieds. Parfois elles se continuent, ens'atténuant, sur le segment inférieur de l'avant-bras et de la jambe. Quand elles sont très intenses, elles peuvent se prolonger un peu plus haut vers la racine des membres, s'affaiblissant toujours de plus en plus comme intensité de phénomènes à mesure qu'elles s'éloignent des extrémités.
Légères ou moyennes, elles ne constituent qu'une singularité sans la moindre importance. Mais s'exagérant , atteignant un haut degré, elles créent une incommodité réelle, pénible même, et s'accompagnent alors de certains troubles. Les mains deviennent gourdes et comme percluses par le froid; elles perdent leur agilité habituelle et ne sont plus capables d'un travail délicat. C'est ce dont se plaignent nos malades, en nous disant « qu'elles ne peuvent plus ni coudre, ni enfiler leurs aiguilles, que leurs mains sont comme mortes, qu'elles sentent à peine ce qu'elles ont entre les doigts, etc.. » .
D'ailleurs l'exploration thermométrique in situ démontre la réalité de cet abaissement de la température périphérique et confirme en cela l'impression perçue par le simple toucher ^ Elle
I. On sait que la dctcrminalion des températures périphériques est une recherche des plus délicates, qui exige l'emploi d'instruments spéciaux d'un maniement difficile et peu pratique. Pour obvier à cet inconvénient, j'ai dû me salisfan-e d'un procédé moins exact, mais suffisant en l'espèce. J'ai fait construire dans ce but un thorniomètre à mercure, dont la boule est remplacée par une large cuvette aplatie en forme