‹ Leçons cliniques sur la syphilis [electronic resource]Chapitre 224 sur 252 · AVORTEMENTS MULTIPLES · texte numérisé non relu

AVORTEMENTS MULTIPLES

Aussi, Messieurs, rappelez-vous ceci, comme règle de conduite. S'il vous arrive (et cela vous arrivera plus d'une fois dans votre pratique) dt rencontrer une de ces femmes qui, éprouvées par des fausses couches multiples, semblent incapables de mener une grossesse à terme, ne négligez jamais de suspecter la vérole comme origine possible de cette disposition fâcheuse. Recherchez la vérole, et souvent vous la trouverez comme cause de ces avortemenls réitérés. Je ne vous dis pas, certes, que la vérole sera toujours la clef du mystère en pareil cas; je vous dis simplement qu'elle peut l'être, qu'elle l'est même assez souvent. Et j'ajoute : si vous êtes tombés juste, si vous avez la chance que telle puisse être l'origine des accidents, hâtez-vous de mettre en œuvre la médication spécifique ; car, grâce à elle, il vous sera possible de rendre aune femme la faculté d'être mère.

Quelques mots encore pour compléter ce sujet.

Les femmes syphilitiques sont-elles plus exposées que d'autres aux dangers de la puerpéralité? Je n'aurai que peu de chose à vous dire sur ce point, bien qu'il ait fixé mon attention depuis quelques années*.

Théoriquement, on a supposé que les méirorr/iagfies puerpérales sont particulièrement à redouter dans la syphilis, en raison de l'altération imprimée au sang par la diathèse. Quelques faits recueillis ici par moi dans ces dernières années m'ont semblé con-

degrossesse, notre premier soin devra êtrede la soumettre au traitement spécifique. Et si cette femme, comme c'est d'ailleurs le cas dans l'ordre de situations que nous étudions ici, se trouve affectée d'une syphilis encore jeune, réclamant remploi du mercure, nous n'hésiterons pas à prescrire le mercure. Nous le prescrirons sans doute à doses modérées, appropriées aux forces et à la tolérance gastrique de la mal ide, mais nous le prescrirons d'une façon active, soutenue, prolongée, véritablement efficace, suffisante en un mol pour réaliser le but que nous poursuivons.

« Et ce traitement. Messieurs, — je ne crains pas de le répéter encore en terminant, — nous l'instituerons avec d'autant plus de soin, nous le surveillerons avec d'autant plus de méthode, de sollicitude, de vigilance, qu'il ne s'agit pas ici seulement d'une malade à guérir, mais qu'avec cette malade et de par elle il est une autre existence à sauvegarder, celle de renfant, qui partage intimement à cette époque les destinées de sa mère. »

1. J'ai vu quatre fois r/î)/d7'amjuos compliquer des grossesses survenues chez des femmes syphilitiques, à la période secondaire. N'est-ce là qu'une coïncidence, ou bien rhydraranios est-elle un accident qui puisse dériver do la syphilis? Je ne saurais encore le dire. Je cite le fait néanmoins, pour le signaler à l'attention des accoucheurs. Voy. De l'Ivjdr. amnios, par le Charpentier. Paris, 1880.

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limier cette vue rationnelle. Mais, pour transformer en certitude ce qui me paraît seulement probable, il faudrait un nombre d'observations beaucoup plus imposant que celui dont je dispose encore. Je me borne donc à signaler ce point particulier, pour appeler sur lui l'attention de ceux de mes collègues qui s'occupent plus spécialement d'affections puerpérales.

Quant aux phénomènes consécutifs soit à l'accouchement, soit à l'avortement, je n'ai pas constaté qu'ils diffèrent chez la femme syphilitique de ce qu'ils sont à l'élat normal. Une seule particularité me semble digne de mention. La voici.

Si les suites de couches, chez les femmes syphilitiques, sont quelquefois pénibles, difficiles, compliquées d'accidents divers tenant à l'anémie, à l'alanguissement des fonctions, au nervosisme, etc., souvent aussi, bien plus souvent, elles sont remarquablement heureuses et coïncident avec un véritable réveil de la santé, avec un temps d'arrêtdans l'élan de ladiathèse. — Localement, d'abord, la terminaison de la grossesse a pour effet de permettre aux syphilides vulvaires (s'il en existe à cette époque) de se résoudre et de se cicatriser comme à l'état de vacuité utérine. Je vous ai dit que ces syphilides se montrent singulièrement tenaces et rebelles pendant la gestation; inversement, dès l'instant de la délivrance, elles redeviennent ce qu'elles sont normalement, c'est-à-dire bénignes etfacilemont, rapidement curables. — Puis, et cela surtout est le point essentiel à noter, l'état général se modifie parfois d'une façon des plus hâtives et des plus remarquables dès l'instant de la délivrance. Les forces se relèvent, le teint se ranime, l'appétit se réveille, l'éréthisme nerveux se calme, bref l'ensemble de l'habitus témoigne d'un mieux-être évident. On dirait une convalescence succédant à un état morbide plus ou moins sérieux. En un mot, dégagée de la complication d'une grossesse, la syphilis prend tout aussitôt une allure autre, une forme plus bénigne, et, sans perdre ses droits pour l'avenir, subit du moins pour le présent une sédalion marquée.

Comme exemple de ce retour à la santé, consécutivement à l'évacuation de l'utérus, je vous citerai le fait d'une malade que vous pourrez voir dans nos salles. Celle femme est entrée ici, il y

PHÉNOMÈNES CONSÉCUTIFS A LA DÉLIVRANCE. m

a quelques semaines, pour des accidents assez sérieux de syphilis secondaire, compliqués d'une grossesse de quatre mois. Sans parler de syphilides cutanées et muqueuses assez conflucntes, elle était affectée de troubles nerveux et viscéraux multiples : céphalée, névralgies et douleurs névralgiforraes, algidités périphériques, analgésie, fièvre spécifique de type continu, asthénie fonctionnelle générale, pâleur excessive, anémie profonde, inappétence absolue, intolérance gastrique, vomissements, palpitations, hystéralgie, etc. Dans un tel état, l'avortement était plus que probable; il était presque fatal. Et, en effet, il ne tarda pas plus de trois semaines à se produire. Or, à peine délivrée, cette femme commença à se trouver mieux; elle reprit presque immédiatement un certain air de santé. La fièvre s'apaisa, les troubles gastriques s'amendèrent, les manifestations spécifiques, jusqu'alors rebelles pour la plupart, subirent une atténuation parallèle; si bien qu'en l'espace d'une quinzaine l'état morbide se transforma du tout au tout. Cette malade était sérieusement affectée il y a quelques semaines; vous la trouverez presque bien portante aujourd'hui.

Nous avons achevé, Messieurs, la revue des troubles morbides qui composent la période secondaire de la syphilis.

Comme complément nécessaire à ce qui précède, je dois vous donner quelques notions générales sur le diagnostic, le pronostic et le traitement de la maladie, à la période où nous l'avons envisagée jusqu'alors. Ce sera là le sujet de nos deux dernières réunions.

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